Histoire de l'art et première annonce

Louvre-Lens

À Lens, une équipe essaye de donner jour à un projet de « lieu-source » : implanter au coeur du bassin minier une visibilité d'Église au service des communautés enracinées dans les quartiers et communes du doyenné. Pour notre secteur, l'ouverture du Louvre-Lens est un événement majeur. Comment nous donner les moyens d'y être présents ? Comment, à notre manière, participer à ce renouveau de la région ? Une équipe de la Maison Nicodème (nom choisi pour le lieu-source) s'est donc attelée à la tâche.
 
louvre7889-jpg-135298_9 louvre7889-jpg-135298_9   Le directoire général pour la catéchèse, au n°38, explique : « Pour se révéler à la personne humaine, Dieu, dans son immensité, a recours à une pédagogie : il se sert d'événements et de paroles humaines pour communiquer son dessein ; il le fait progressivement et par étapes pour mieux se rapprocher des hommes. Dieu agit en effet en sorte que les hommes parviennent à la connaissance de son dessein de salut à travers les événements de l'histoire du salut et les paroles inspirées qui les accompagnent et les expliquent. » Au coeur de l'histoire humaine dont les oeuvres d'art sont un reflet, il y a une autre histoire, celle de la foi. Quand, en avril 2012, l'équipe du Louvre-Lens publie la liste des oeuvres qui seront exposées dans la grande Galerie du temps, nous nous interrogeons : comment permettre, aux visiteurs qui vont traverser cette évocation de plus de 5000 ans d'histoire, d'accéder à ce deuxième niveau de lecture de notre histoire, celui de l'histoire du salut ? Et plus encore, comment cette rencontre des oeuvres, témoins de la recherche spirituelle de l'humanité, peut-elle être l'occasion de prendre conscience de notre propre histoire de foi Bref, comment faire de la visite de la Galerie du temps une expérience spirituelle, éclairée par l'Évangile ?
La tentation serait grande de nous cantonner aux seules oeuvres d'inspiration chrétienne. Mais de même que la foi biblique s'est forgée dans la rencontre des cultures et religions qui entouraient, et parfois occupaient le peuple d'Israël, nous pouvons tenter de retrouver autour des oeuvres antiques des éléments de ce « dialogue » des origines. Certaines oeuvres réalisées dans le monde de l'Islam permettent un dialogue entre la recherche spirituelle authentique qu'elles expriment et l'originalité de la révélation en Jésus-Christ. Enfin, la production artistique du Siècle des Lumières et qui continue au XIXe s. nous permet d'entrer dans les fondements de notre culture contemporaine, et d'y proposer de façon nouvelle la pertinence de la réflexion chrétienne. Autrement dit, la caractéristique de l'annonce de l'Évangile, c'est sa capacité de dialoguer avec toutes les formes d'art et de culture. À chaque époque, pour chaque peuple et chaque personne, Dieu nous rejoint et nous propose d'ouvrir un chemin avec Lui, de franchir une étape nouvelle de la foi.
 
Dialoguer avec l'art peut devenir chemin de révélation
Tout naturellement, nous nous tournons vers la pédagogie des Seuils de la foi* développée à la suite du P. Jacques Bernard par l'Institut international Foi Art et Catéchèse (IiFac). Elle nous fournit une grille qui sera le cadre de notre dialogue avec les ?uvres de cette Galerie du temps. En effet, la rencontre d'une ?uvre signifie la rencontre d'une question spirituelle. Nous tentons alors de traiter cette question comme une étape de l'histoire de la révélation, qu?elle soit collective ou personnelle. Progressivement, nous sélectionnons deux ensembles de 15 oeuvres. Le premier est intitulé « Un Dieu qui se révèle » et le deuxième « Un homme qui se découvre ».
Pour illustrer la dimension de dialogue, nous commençons par rapprocher l'oeuvre que le visiteur découvre avec une citation de la Bible inspirée par elle. Une entrée en matière situe brièvement le contexte de l'oeuvre, sans doubler, dans la mesure du possible, les informations fournies par le musée lui-même. Puis nous proposons une lecture de l'oeuvre. Ce terme de « lecture » peut surprendre : il y a forcément dans l'accueil d'une ?uvre d'art une dimension d'interprétation. Nous essayons de respecter l'oeuvre, sans lui faire dire autre chose que ce que son auteur a voulu dire, mais en même temps, nous décrivons ce que cet accueil de l'oeuvre réveille en nous, et peut-être chez le visiteur. Cette opération est subtile. Elle est le coeur du dialogue où il s'agit d'écouter l'autre et de s'écouter soi-même. Enfin, nous terminons chaque étape par l'émergence d'une question spirituelle sous-jacente, et son actualité dans notre vie concrète.
Le premier itinéraire est achevé. Un livret permet d'ajouter aux visites thématiques de la Galerie du temps proposées par le musée lui-même, une autre visite de découverte de la révélation du Dieu de Jésus-Christ. Elle est téléchargeable gratuitement sur le site www.lens-art-et-foi.fr. Sur ce même site, on peut trouver la visite en audioguide (utile quand on a un iPhone ou smartphone), réalisée avec l'appui technique de RCF radio TO. Nous sommes en train de la traduire en anglais, en allemand, en néerlandais, en italien et en espagnol.
Nous espérons terminer rapidement la deuxième visite thématique, puis de les adapter toutes les deux à un public d'enfants ou de jeunes. N'hésitons pas à diffuser largement cette proposition de première annonce.
 
Abbé Vincent Blin
 
 
Extrait du parcours Un Dieu qui se révèle Saint François d?Assise (1182-1226). Rome. Auteur anonyme.
 
Lens-Art et Foi a rédigé deux parcours spirituels parmi les ?uvres de la Galerie du Temps. Voici une fiche du premier parcours disponible, Un Dieu qui se révèle.
 
Entrée
François d'Assise représente le retour au message de l'Évangile. Suite à l'échec de ses projets de gloire guerrière, ce riche et jeune bourgeois découvre une paix inattendue dans la proximité des plus exclus de son époque : les lépreux. Il choisit alors la pauvreté radicale, renonçant à tous ses privilèges familiaux.
Sa conversion commence devant un crucifix dans la petite église Saint-Damien. François choisit de rejoindre les souffrances du monde à la façon du Christ pauvre pour y faire advenir la conversion et la paix. À la fin de sa vie, à partir de 1224, sa communion à l'Évangile et au Christ s'exprimera par l'apparition sur son corps des stigmates, les plaies de Jésus sur la croix. Il meurt aveugle en 1226.
 
Lecture de l'oeuvre
Saint François est immédiatement identifiable : il porte la bure simple de son ordre et, au lieu d'une ceinture en cuir, une corde à 3 noeuds (pour les 3 voeux religieux de pauvreté, chasteté et obéissance). Il est totalement libre pour sa mission, selon les consignes de Jésus lui-même : « N'emportez rien pour la route » (Lc 9,3). Marqué des stigmates, il sort du cadre du tableau, comme d'un tombeau, baigné dans la lumière divine. Dans la main gauche, il tient un livre portant en abrégé un extrait de l'Évangile selon saint Luc : « L'Esprit du Seigneur est sur moi pour annoncer la Bonne Nouvelle aux aveugles de la vue » (Lc 4,18). Jésus prononce ces paroles au moment d'inaugurer sa mission. Celle-ci se prolonge de façon exemplaire en saint François. Sa main droite est ouverte pour accepter l'appel du Christ. Les stigmates montrent qu'il en a été profondément transformé, jusqu'à être uni totalement au Christ.
 
Écho spirituel
François est séduit et attiré par la perspective de l?Évangile et la personne de Jésus. C'est un vrai « coup de foudre » qui le conduit à se donner totalement et à ne plus rien laisser entraver sa réponse d'amour.
Et moi-même, est-ce que l'Évangile rejoint un idéal pour ma vie?? Comment suis-je appelé à y répondre ?
Est-ce qu'aujourd'hui encore, je suis touché par la liberté de ceux qui osent répondre de toute leur vie à l'amour du Christ et à son appel au service de l'Évangile ?
 
Les fiches sont rédigées par
Marie-Thérèse Vanlerenberghe, le père Michel Becquart, le père Vincent Blin et Michel Rossi
 
 
 
Une catéchèse pour tous
imgp7891-jpg-135293_8 imgp7891-jpg-135293_8  Jusque fin 2013, la Galerie du temps du Louvre-Lens est gratuite. Cela donne l'occasion d'y rencontrer des familles dont le profil n'est pas celui des visiteurs habituels des musées. Il est réjouissant de voir l'étonnement des enfants devant un sarcophage, un vrai. Il est amusant de voir la satisfaction des parents qui reconnaissent la Liberté guidant le peuple de Delacroix qu'ils voyaient dans leur livre d'histoire de la communale. Le plus étonnant est d'observer les réactions devant les oeuvres religieuses.
 
On n'entre pas dans un musée comme dans une église. Bien qu'une église soit ouverte à tous, elle ne se trouve pas sur le chemin naturel de beaucoup de citoyens. Ceux qui y entrent sont parfois rattrapés par une forme d'émotion ou de respect qui les empêche de s'exprimer normalement. Ils ne disent rien ou ils chuchotent.
Un musée attire le curieux de culture, quelles que soient ses convictions. Un musée n'est pas un sanctuaire dans l'acception religieuse du mot. Pourtant, Dieu y est présent. Mieux : il interpelle. La Galerie du temps est architecturée de telle façon que les visiteurs sont invités à passer d'une ?uvre à l'autre, non pas en suivant le sens de l'accrochage, mais selon son inspiration. Peintures, sculptures et objets sacrés sont disposés sur des îlots. Rien a voir avec les longues salles où les tableaux sont alignés sur les murs. Rien à voir avec le brouhaha que l'on entend devant la Joconde à Paris. Parce que l'architecture du Louvre-Lens a aussi cette qualité : une acoustique formidable qui donne une impression de calme. Ce sont sans doute ces particularités du Louvre-Lens qui autorisent les réactions librement exprimées devant les ?uvres d'art sacré. « Mamie, pourquoi ils ont une assiette au dessus de la tête ? » a-t-on entendu devant La Vierge et l'Enfant de Fiesole. La réponse de la mamie était peut-être une première initiation chrétienne. Devant La Déploration du Christ, un extrait de retable qui montre le Christ mort, des jeunes ont remarqué que cette sculpture montrait ce que l'on voit rarement : la lamentation des proches devant une mort injuste. À la question d'une fille du groupe : « Mais pourquoi a-t-on tué Jésus ? », le musée ne donne pas de réponse, mais la question est posée. Par contre, le musée explique ce qu'est un reliquaire ou un bâton pastoral. Il explique aussi qui était Madeleine ou saint Sébastien. Devant l'icône romaine de saint François, un jeune homme, de type maghrébin, a montré à sa copine, de type européen, le vêtement caractéristique des moines et les stigmates. L'échange semblait irréel et pourtant, le message de saint François et celui de Jésus ont alimenté un dialogue très riche.
À entendre ces réactions, il ne fait aucun doute que l'art sacré a sa place dans l'évangélisation. Jésus vient à la rencontre des visiteurs qui ne s'y attendaient peut-être pas. Il reste a expliquer que ces oeuvres ont été conçues non pas pour les musées, mais pour les chapelles et les églises.
 
Jean Capelain

 

Le musée du Louvre-Lens propose une exposition originale de ses oeuvres: une présentation chronologique dans sa grande Galerie du temps, depuis 3500 ans avant Jésus-Christ jusqu'au milieu du XIXe siècle.

Voir le site internet : www.lens-art-et-foi.fr

Article publié par Alicia Lieven - Gestionnaire technique du site internet du Diocèse • Publié • 1817 visites