Homélie de Monseigneur Jaeger lors de l'ordination diaconale d'Endry Chirinos et Florentin Dequidt

Eglise Saint Nicolas en Cité                                             Dimanche 24 septembre 2017.

 

 

 

 

Ordination diaconale

d’Endry CHIRINOS

et de Florentin DEQUIDT

 

Isaïe, 55, 6-9.

Philippiens 1, 20c-24.27a

Matthieu 20, 1-16

 

 

Ordination diaconale 24092017 Ordination diaconale 24092017  Dans le langage biblique, la vigne occupe une place de choix. L’image est présente dans de nombreux textes de l’Ancien testament. Il n’est pas étonnant que, dans son enseignement, Jésus y ait recours. Mais que cache cette image ?

 

Dans l’exhortation apostolique sur les fidèles laïcs, le Saint Pape Jean-Paul Ii écrit : "La vigne, c'est le monde entier qui doit être transformé selon le dessein de Dieu en vue de l'avènement définitif du Royaume de Dieu... »

 

Le monde devient  Royaume de Dieu. La préface de la fête du Christ-Roi  chante ce royaume en ces termes : « règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix.» N’est-ce pas précisément  ce à quoi aspirent indéfiniment l’humanité et son histoire ?

 

Ce projet universel de l’Amour du Père se réalise en Jésus, le Fils bien-aimé venu annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume, sa proximité, son accomplissement. Cette annonce devient réalité dans la mort et la résurrection du Christ en qui sont guéries toutes les blessures d’un monde inachevé qui souffre encore dans les douleurs de l’enfantement.

 

En Jésus tout est accompli. La vigne peut donner son meilleur fruit et faire honneur à Dieu maître du domaine, reconnu, à nouveau, par toute l’humanité comme le Père qu’il n’a jamais cessé d’être.

 

Ce mystère de foi et de joie demeure encore voilé à nos yeux. Sa splendeur doit être manifestée, révélée et proposée aux hommes et aux femmes de tous les temps. Libérés de toutes les formes de servitude ils vivent en eux-mêmes la transformation évoquée par le Pape Jean-Paul II.

 

 

L’étendue de cette mission ne peut que mobiliser, aujourd’hui encore, une foule d’ouvriers. Jésus et son épouse l’Eglise les recherchent, les appellent et les envoient. Dieu embauche. Mes amis, je sais, vous allez me dire : pas de problème ! Les ouvriers sont là. Ils s’appellent Endry et Florentin. Nous les remercions, nous les félicitons, nous les encourageons. Ils feront bien le travail.

 

Au risque de vous décevoir et de vous secouer un peu, je laisse, une fois de plus la Parole à Jean-Paul II.  Il dit : « les fidèles laïcs, eux aussi sont appelés personnellement par le Seigneur, de qui ils reçoivent une mission pour l’Eglise et pour le monde. »

 

Chers amis, vous n’êtes pas ici et maintenant des spectateurs, des invités, des curieux ou les membres d’un fan-club. Vous êtes des ouvriers, de la première, de la troisième, de la sixième, de la neuvième ou de la onzième heure. Il n’est jamais trop tard pour vous relever les manches, même si à de multiples reprises les employeurs de ce monde et de l’Eglise n’ont pas pu, su ou voulu vous mettre travail.

 

Vos capacités sont-elles insuffisantes, méconnues, inadaptées ? Qu’importe, même pour une heure, vous êtes attendus, désirés, accueillis. Tous et toutes peuvent apporter avec la grâce de l’Esprit-Saint leur contribution à la manifestation du monde transformé selon le dessein de Dieu, en être les signes et les instruments. L’appel est tellement pressant qu’au risque de heurter la justice sociale, les salaires seront égaux. Ceux qui estiment détenir la légitimité d’être premiers auront juste le droit de s’accepter d’être derniers.

 

Avouez qu’il n’est pas simple d’entrer dans les perspectives de Dieu. Elles bousculent tellement nos principes, nos règles, nos habitudes, nos comportements, nos hiérarchies. Le prophète Isaïe en avertissait déjà le peuple : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. » Il en rajoute en quelque sorte en poursuivant : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » Une telle distance nous rend bien incapables de prétendre œuvrer dans la vigne du Seigneur. Aucun effort personnel ne pourra nous permettre de combler ce vertigineux écart.

 

Et pourtant, l’apôtre Paul ne perd pas l’espérance d’arriver à faire un travail utile en vivant en ce monde. Il est plus nécessaire pour lui de demeurer en ce monde à cause des Philippiens plutôt que d’être avec le Christ. Curieux retournement de situation. Notre petite contribution, comme celle de l’apôtre, peut être féconde pour la transformation du monde en Royaume de Dieu. Oui, c’est possible, mais écoutons bien. L’audace de Paul et presque sa prétention tiennent dans cette certitude : « Pour moi, vivre c’est le Christ ! » La vie du converti de Damas ne se résume pas en quelque sorte en une formule, un programme, mais une personne : Le Christ !

 

 

 

 

 

 

Endry, Florentin, vous l’avez compris : vous ne porterez pas tout le labeur du monde, de la vie, du Royaume. Ouf ! Par l’ordination, vous serez burinés, modelés  à la ressemblance  du Christ. Votre identité sera liée à la sienne. Il vous habitera. Il sera votre vie. Cette union profonde et intime est la source et la raison d’être de votre état de vie et des engagements que vous avez déjà pris et que vous prendrez dans quelques instants. N’y voyons pas des obligations qui n’auraient plus de sens dans la société où chaque être et chaque désir mettent à genoux devant eux le monde entier. N’y voyons pas les derniers soubresauts d’une institution dont la date de péremption est dépassée. Regardons le Christ qui devient toute votre vie.

 

C’est le Christ lui-même qui, par votre ministère, répond au désir de son Père, descend dans la vigne. Oui par vous, il va sortir une fois, deux fois, trois, quatre fois, cinq fois pour inviter ceux qui ne sont pas ou plus embauchés ; et il ne s’agit pas ici de n’importe quel ouvrage, mais de la tâche merveilleuse de l’Amour de Dieu.

 

Le ministère diaconal vous mènera sur les rivages merveilleux des plus belles réalisations humaines. Sachez les reconnaître, les admirer dans la simplicité de tant d’existences simples et humbles. Ce même ministère vous conduira  là où le cœur et le regard de Dieu ouvrent l’accès au Royaume aux personnes que nos sociétés,  relèguent, de fait, dans les catégories de la pauvreté, du mépris, du rejet, de l’exclusion.

 

L’homme fou déclare qu’il n’y a pas de Dieu. Il peut ainsi se faire Dieu, pire encore annexer Dieu.  A ce titre, il justifie le fanatisme, les crimes, la mort de l’innocent, du plus fragile. Il affirme sa domination, l’absolu de son vouloir, la souveraineté de ses désirs, l’impérialisme de ses choix.  Il n’hésite pas à dresser des barrières, des murs pour ne plus voir ne plus entendre. Il est maître chez lui et il saura bien sélectionner les ouvriers de sa propre vigne.

 

Vous ne condamnerez pas. L’homme est à l’image de Dieu.  Vous aimerez avec persévérance et douceur. Vous préparerez les cœurs à accueillir en Jésus et par lui, le pardon, la réconciliation, la dignité de fils et de filles, de frères et de sœurs. Vous leur en donnerez les moyens de la Parole de Dieu, des sacrements, de la charité.

 

Vous irez embaucher et aider l’Eglise et ses communautés à embaucher nos frères que l’on trouve bien sympathiques à condition qu’ils habitent hors de la vigne. Vous n’oublierez jamais qu’une seule heure de travail vaut pour Dieu autant que la sueur de toute une journée et que le bon à rien qui traine oisivement les rues et révulse plus qu’il n’attire peut devenir le premier. Le méprisé, le dernier  du Vendredi-Saint est entré le premier dans la vie nouvelle. Dieu nous le dit en cet instant par votre ordination. Vous vivrez de la vie de ce dernier devenu premier.

 

Par votre bouche, par vos mains, par votre cœur, par votre vie l’Eglise sera invitée à la suite de son Seigneur à devenir servante du Christ et de l’humanité appelée à entrer dans le Royaume. Votre expérience dans le chemin néo-catéchuménal ou sous le patronage du bienheureux Marie-Eugène vous aideront à savoir tout quitter pour le service de la vigne bien-aimée du Seigneur.

 

Endry, l’Eglise qui est au Venezuela te donne à l’Eglise qui est Arras. Nous l’en remercions. Florentin tu es allé très loin découvrir l’Institut Notre Dame de Vie pourtant si proche de l’adorable village d’Œuf-en-Ternois. Non, décidément, les chemins de Dieu ne sont pas les nôtres.

 

Pourtant, toute ordination nous dit que la distance entre le ciel est la terre est comblée. Le ciel vient sur la terre et la terre devient ciel. Le Christ joint le ciel et la terre. Dans quelques instants, Endry et Florentin, vous serez ses ministres.

 

Après vous avoir imposé les mains et imploré sur vous la venue de l’Esprit-Saint qui fera de vous des diacres, je vous remettrai l’Evangéliaire. Il recueille la  Parole de Jésus, Lui-même Parole, toujours vivante et actuelle de son Père. Je ne peux qu’avec Saint Paul vous donner cette dernière recommandation : « Ayez un comportement digne de l’Evangile du Christ. » Ainsi, vous n’embaucherez pas pour rien. Vous verrez que les fruits de la vigne sont pour l’humanité sont beaux, bons et savoureux.

 

                                                                                  + Jean-Paul JAEGER

 

 

 

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