Secours Catholique-Famille en difficulté

101010-Accompagnement d’une famille en difficultés par une équipe du Secours Catholique

Secours Catholique Secours Catholique   Témoignage présenté par  Marie-Françoise Louchet, du doyenné Hénin-Carvin, paroisse Saint Joseph en Haute Deule, bénévole dans une équipe du Secours Catholique à Harnes.

 

Dans une démarche personnelle de foi.

Le Dieu de Jésus-Christ, par l’action de l’Esprit Saint a toujours l’initiative de sa rencontre avec l’homme. Nous ne sommes que les serviteurs du « Témoignage de Jésus ». Il nous est transmis. Nous l’accueillons. La Nouvelle est tellement Bonne qu’Elle nous fait vivre et que, comme toute bonne nouvelle nous brûlons de l’annoncer.


Il en a été ainsi pour moi. En novembre 1990, j’entends mon époux Yves, membre d’une équipe de funérailles, lire avec conviction la Parole de Dieu en St Paul aux Romains : « Rien, pas même la mort ne peut nous séparer de l’Amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ Notre Seigneur. » Quelques minutes après, je le reçois dans mes bras. Je croise son regard. Aussitôt, mon cœur me dit que la mort est là toute proche. Alors, par un ultime cri d’amour, je supplie le Seigneur de le prendre. Rupture d’anévrisme méningé, il meurt dans l’après-midi. Mais l’Amour de Dieu est là avec une parole d’oraison un jour inscrite en mon cœur. A ce moment là, elle revient sans cesse : « N’aie pas peur, je suis ton Dieu pour toujours et je t’aime. »


L’Amour de Dieu remplit peu à peu l’immense vide qui se creuse en moi. Il y fait naître cette intuition de foi : Oui, en Lui, Yves est vivant. En Lui, notre amour conjugal ne peut pas mourir, il est éternel. Cet Amour de Dieu est si fort que naît en moi le désir de lui donner ma vie de veuve tout en restant en plein monde. Dans l’obscurité je cherche où et comment ? Je ne trouve rien. Mais le prêtre qui m’accompagne me dit, si votre appel est vrai, l’Eglise a une famille à vous offrir pour le vivre. Le Seigneur me la donne de façon totalement imprévue : les veuves de la Fraternité Notre Dame de la Résurrection. A la veille d’un premier engagement pour un an, le doute me prend, comment tenir toute une vie ? Alors, dans la contemplation de sa croix, le Christ Crucifié- Ressuscité me rencontre en plein cœur. Je prends conscience que c’est de Lui que je reçois grâce pour grâce : il me sauve, sa force se déploie dans ma faiblesse. Il me fait tenir debout, il me rend mon époux vivant, il épanouit notre mariage aux dimensions du Royaume où, dans la communion des saints, Yves s’efface pour que Christ devienne le premier dans ma vie. Yves a été et il est toujours la passerelle pour que je livre ma vie, totalement et définitivement, au Christ Crucifié-Ressuscité dans la vocation de veuves consacrée de la FNDR pour vivre la mission que l’Eglise lui a confiée, une mission, combien urgente et exigeante pour le monde d’aujourd’hui, offrir toutes les composantes de nos vies de veuves pour plus d’amour au cœur de ce monde et surtout au cœur des couples et des foyers.

 

Récit d'un bout de chemin avec les personnes en difficulté

 

Aussi, avec cette expérience de foi, je peux aujourd’hui, vous témoigner d’une autre rencontre du Seigneur avec les membres d’une famille en difficultés accompagnée par l’équipe du Secours catholique de Harnes. Dans cette équipe, nous sommes douze : cinq accueillies sont devenues des bénévoles. Comment le Seigneur a rencontré personnellement chaque membre de cette famille ? C’est leur secret.


Je ne peux vous rapporter que l’accompagnement de la vie de cette famille dans la durée, un accompagnement dans la simplicité de la proximité où des passerelles sont jetées et des liens tissés.
Nous essayons de vivre les orientations de ce service d’Eglise : Accueillir, Ecouter, accompagner en proposant une double parole :
Une parole d’humanité : réconfort, conseils, aides
Une Parole de Bonne Nouvelle selon le Royaume de Dieu.

 

Premier contact avec une famille

 

Tout commence en novembre 2008. Bernadette, avec ses enfants, Ariana, Thomas, Adrien, frappe à la porte de la permanence. Nous les accueillons autour d’une table conviviale : gâteaux, cafés et surtout circulation de la parole entre les personnes accueillies et les bénévoles. Chacun a des recettes et des talents à se partager. C’est aussi une mise en confiance.
Puis, dans une pièce appropriée, autour d’une table ronde, Bernadette est accueillie personnellement par deux bénévoles. Rassurée, réconfortée, écoutée avec patience, elle se dit peu à peu et confie ses difficultés. Divorcée, son ex-époux ne paye plus la pension alimentaire. Elle ne s’en sort plus. Nous conseillons, donnons adresses, n° de téléphone et la liste des papiers nécessaires pour qu’elle s’adresse aux services sociaux et aux associations de solidarité de la commune qui peuvent l’aider.

 

Naturellement nous répondons à l’urgence. Le soir même, le Secours Populaire la dépanne au niveau alimentaire. Mais surtout nous l’invitons à revenir pour qu’elle ne reste pas seule, pour que nous l’aidions dans le suivi de ses démarches. La famille revient plusieurs samedi de suite. Bernadette aime servir le café. Alors, spontanément nous lui proposons : « Bernadette, tu n’aimerais pas être bénévole avec la responsabilité du café ? » « Les enfants, pendant que tu es ici, ils pourraient aller à l’ACE en face et à qui nous préparons le goûter. » Les propositions sont acceptées.

 

Donner place aux aidés pour des responsabilités partagées... à plusieurs


Toujours dans le souci de tisser des liens, de jeter des passerelles, deux formes de propositions sont faîtes aux bénévoles. Bernadette y participe avec joie.

 

Propositions d’actes de solidarité. Nous avons la chance d’avoir sur la commune un collectif solidarité où les associations mènent ensemble des actions. Ainsi, ensemble, tous partenaires, nous avons vécu la demande et le tri des vêtements et produits d’hygiène pour les réfugiés de Calais, nous assurons la quête de la banque alimentaire, l’animation du Noël du cœur, des fêtes avec barbecue pour financer l’atelier cuisine au Secours Catholique, les colis bébé sur la commune…


Propositions d’Eglise : célébrer le dimanche du Secours Catholique à la messe des jeunes, visite de notre pasteur l’Abbé Xavier Lemblé, Bernadette ne vient pas encore aux relectures à la lumière de l’Evangile, mais elle est là pour la relecture de notre accueil, notre écoute, notre vivre ensemble. Visite de notre nouvelle équipe du territoire : le diacre propose une prière : le Notre Père. Bernadette n’en dit pas un mot, mais elle a les bras grands ouverts et son visage rayonne. Journée diocésaine du Secours Catholique, fête paroissiale des feux de la Saint Jean, messe du départ de l’Abbé Xavier….. de l’arrivée du père Adam Sympczak.

 

Du trou noir au relèvement, en réseau, en Eglise.

 

Juillet 2009 : « Tout va mal » : Bernadette m’appelle en urgence. Je la rejoins au bas de l’immeuble Copernic où son ex-époux a son appartement. Sans nouvelles de lui alors qu’il devait prendre les enfants, elle a appelé la police. Deux heures d’attente, main dans la main. Un policier arrive. La nouvelle tombe : « Monsieur s’est donné la mort, il s’est pendu. » A peine le temps d’encaisser, il faut répondre aux besoins de renseignements. Le policier est plein de délicatesse. Bernadette répond avec courage. Nous sommes toujours main dans la main. Les enfants sont gardés par une amie du Secours catholique. Bernadette doit annoncer la nouvelle sans rien cacher. Cris, pleurs. Nous serrons dans nos bras, réconfortons jusque tard dans la nuit. Son amie va dormir chez elle. Les voisines aussi sont là et surtout l’amour familial est fort. Ils se portent les uns les autres.


Les jours, semaines suivantes, les autres membres de l’équipe assurent le relais Bernadette désire un enterrement à l’église. Avec elle, rencontre de l’équipe funérailles et préparation.
Mais les familles ne peuvent pas financer les obsèques et le défunt était surendetté. Avec Bernadette, nous allons demander aide au CCAS. Reçue seule, elle obtient le financement d’obsèques civiles à la fosse commune et devant elle, les heures de levée de corps et d’arrivée au cimetière sont prévues en préfecture. Nous ne pouvons plus rien faire. La colère gronde dans l’équipe. Avec l’Abbé Xavier et l’équipe funérailles, décision de célébrer religieusement au cimetière et d’inviter toutes les personnes présentes à venir boire un café au Secours catholique. L’Abbé Xavier écrit sa lettre «Egalité devant la mort. » Tout l’été, présence de l’équipe auprès de cette famille.

Le Seigneur passe ( silence).

 

 

Cheminer dans la foi, dans la durée, dans une communauté diversifiée

 

Début septembre le Secours catholique rouvre ses portes. A peine avons-nous le temps de nous embrasser, Bernadette me demande : « Marie- Françoise, j’aimerai faire baptiser les enfants et moi préparer ma première communion. »
La paroisse vient d’être choisie pour se former et expérimenter la catéchèse par modules. Notre nouveau pasteur père Adam Symczak, la responsable catéchèse, les membres de l’EAP, les chrétiens de notre équipe sont d’accord pour créer au sein du Secours catholique une premièr initiation chrétienne de cette famille. Il m’est donné de l’accompagner. Je suis catéchiste, accompagnatrice en catéchuménat. J’ai un peu d’expérience de l’accompagnement du deuil ayant eu des responsabilités dans le mouvement, Espérance et Vie.


Après l’ACE (Action catholique des enfants), et la permanence, le 3ème samedi du mois, tous les quatre nous partons à la découverte de Jésus, une heure de partage. Les enfants font des liens : « Ainsi avec le témoin Jean Vanier, il relie à la campagne d’année de l’ACE : « T’es pas comme moi et alors. » Ils font également des liens avec des éléments de culture religieuse reçus à l’école. Dans la prière, nous sommes liés à leur papa, Bernadette à son ex-époux.


Le temps de souffler, nous rejoignons l’assemblée de la messe des jeunes : enfants parents catéchistes et les musiciens du groupe de Marc et Catherine que vous avez entendus ce matin. Le père Adam initie tous les enfants à la prière universelle Il leur demande pour qui ou pour quoi ils veulent prier. Au début, Ariana, Thomas, Adrien disent : « pour papa. » Un soir Thomas dit : « prions pour l’Eglise. ». A la sortie, je lui demande : « pourquoi as-tu voulu prier pour l’Eglise ? » Il me répond : « Si l’Eglise n’avait pas été là, où serions-nous maintenant ? »

 

Un nouveau pas dans le cheminement

Après avoir partagé autour de 4 modules, je leur dis en juin : « Maintenant, Ariana, Thomas et Adrien, ce serait bien que vous rejoignez une équipe d’enfants de votre âge. » Thomas répond : « oui, mais on ira toujours à l’ACE » je réponds : « oui ». Je propose à Bernadette de rentrer en catéchuménat.
Nous sommes en Octobre 2010 : Ariana est avec un groupe d’enfants du primaire, Thomas et Adrien avec une équipe de collégiens. L’ACE n’a pas repris car plus de responsable. Il faut appeler.


J’accompagnerai Bernadette personnellement. Mais elle a accepté de donner un coup de main pour la catéchèse des enfants. Elle a répondu « oui » sur appel urgent de notre part et de l’Abbé Adam, car nous n’étions en primaire que 3 accompagnateurs pour 38 enfants. Sur les 3 autres clochers, des parents ont aussi répondu « oui ». Un module, c’est 4 ou 5 rencontres alors !


Les parents s’organisent, suivant leurs disponibilités. Par deux ils accompagneront 1, 2 voir 3 modules. Ils se relaieront. Des témoins seront aussi appelés. Oui, l’initiation chrétienne est l’affaire de tous et elle concerne tous les âges de la vie. Découvrir le Dieu de Jésus-Christ, le vivre ensemble est une aventure sans limites et sans fin, alors un peu d’ardeur, allons par le monde entier, de tous les hommes faisons des disciples, dans la simplicité de la proximité.
 

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