Actes des Apôtres chapitres 10-11

Pierre chez le centurion Corneille

Actes 10-0082 Actes 10-0082  Le chapitre 10 commence par deux visions, l'une à Corneille, l'autre à Pierre. C’est encore une manière d’affirmer que l’Esprit-saint agit pour que grandisse l’Eglise. L’importance de l’évènement est confirmée par le doublement du récit, au ch. 11. La vision d’une toile remplie d’animaux nous oblige à un exercice d’interprétation. Tous les détails ont leur importance, mais il n’est pas possible de tout reprendre. Raconter deux ou trois fois un évènement en souligne l’importance. Le récit fait exploser les catégories du pur et de l’impur (liste des animaux impurs en Lévitique 11 ou Dt 14, à l’origine des interdits de la Kashrout). Jésus avait dénoncé les règles de purification (Luc 11, 38-40). Pierre rencontre un officier païen, tout comme Jésus a rencontré un centurion à Capharnaüm en Lc 7 1. L’un et l’autre sont ‘craignant-Dieu’, c’est-à-dire sympathisant du judaïsme.

 

En un instant, Pierre est invité à réviser ses habitudes de penser. Pierre avait-il conscience d’habiter chez un homme impur, un corroyeur qui touche la chair morte du cuir. A-t-il conscience que se joue ici l’ouverture aux païens ? Plus tard, au concile de Jérusalem, en 15,7 il rappellera cet épisode : “Dieu m'a choisi parmi vous pour que les païens entendent de ma bouche la parole de la Bonne Nouvelle”. Saint Paul dira des choses semblables quand il se tournera de façon définitive vers les païens à Antioche de Pisidie Ac 13, 46-47, reprenant une citation universaliste d’Isaïe 49,6. Nous ici sommes au carrefour où judaïsme strict et christianisme ouvert se séparent. L’extase est une manière de faire comprendre que Pierre “sort de lui-même” qu’il change ses repères religieux habituels.  Bien plus tard, le pape François nous envoie aux périphéries, quitte à être imprégnés de l’odeur des brebis !

 

Le récit 10-11 se déroule en quatre lieux : à Césarée chez le centurion ; à Joppé, chez Simon ; à Césarée où cela ressemble à une nouvelle Pentecôte puis à Jérusalem, où il faudra convaincre (convertir) une communauté réticente. En quittant Joppé, Pierre était accompagné de plusieurs frères : c’est l’affaire d’une communauté et non d’un individu. La rencontre d’un juif avec un officier païen n’étant pas dans l’ordre des choses, il faut huit versets pour justifier l’évènement (v.25-33). De retour à Jérusalem, Pierre doit rendre des comptes à la communauté.

 

Le paragraphe sur Antioche (11, 19-26) n’est pas placé de manière innocente : le rédacteur Luc pose des jalons pour la suite de son histoire au chapitre 13 avec Saul qui baptise des païens, ce qui entrainera l’assemblée de Jérusalem (ch.15). L’histoire est programmée par Dieu. Les prières sont action de grâce pour l’action de Dieu par l’intermédiaire des hommes. L’insistance sur l’Esprit et l’œuvre de Dieu manifeste que ce n’est pas une stratégie d’hommes qui amène l’accroissement de l’Eglise, mais bien l’œuvre de Dieu. Petit détail : “c’est à Antioche que pour la première fois le nom de ‘chrétiens’ fut donné aux disciples.” Les derniers versets signalent l’aide apportée par l'Eglise d'Antioche à celle de Jérusalem.

Article publié par Emile Hennart - Maison d'Evangile • Publié • 188 visites