Ordination diaconale

David, Jacques et Wilfrid ordonnés diacres.

Ordination diaconale octobre 2016 37 Ordination diaconale octobre 2016 37  Dimanche 9 octobre, Mgr Jaeger a ordonné trois nouveaux diacres : David Engrand de Hinges, Wilfrid Raimond de Marquise et Jacques Senellart de Bailleul-sire-Berthoult). Ils sont tous trois laïcs, mariés avec enfants.
Les trois nouveaux diacres avaient choisi un extrait de l’Évangile de saint Luc qui raconte la guérison de dix lépreux et dont seul celui qui est étranger, est revenu sur ses pas pour remercier Jésus.

Jean Capelain

 

Homélie de Monseigneur Jean-Paul Jaeger

Cathédrale d’Arras                                                                                                               Dimanche 9 octobre 2016

 

 

ORDINATION DIACONALE

de David ENGRAND, Wilfrid RAIMOND

et Jacques SENELLART

 

 

2ème livre des Rois 5, 14-17

2ème Timothée 2, 8-13

Luc 17, 11-17

 

 

L’Evangile qui vient d’être proclamé nous conduit aux rites de l’ordination que nous allons célébrer dans quelques instants. Quand Jésus parle et agit, la lèpre une affection peu guérissable est extrêmement contagieuse. Elle abîme le corps et elle exclut de toute vie sociale. Le pestiféré est relégué dans un autre monde. Nos livres d’histoire relatent les ravages que cette maladie a opérés au cours des siècles.

Il n’est pas anodin de constater qu’à plusieurs reprises, la route de Jésus croise celle de personnes atteintes de la lèpre. Brisant les tabous et bravant le principe de sécurité, il ira jusqu’à toucher un lépreux.

Ici, les prescriptions sont, à première vue, respectées. Les lépreux se tiennent à distance et pour se faire entendre, ils ne peuvent que crier. Ils sont dix. C’est beaucoup pour bénéficier d’une faveur extraordinaire. Leur détresse est immense. Implorer la pitié de quelqu’un, c’est exprimer l’anéantissement le plus complet, un désespoir total quand l’intéressé estime lui-même n’être plus rien et avoir perdu toute valeur. La lèpre conduit, à cette époque, à la négation même de l’humanité.

Face à une telle situation, quel interlocuteur ne serait tenté d’abuser de sa supériorité surtout s’il a la renommée d’exercer un pouvoir qu’il est le seul à détenir ? Curieusement, Jésus ne répond pas à l’attente et ne fait rien.

Les préceptes juifs demandent aux rares individus guéris de la lèpre de faire constater cette extraordinaire évolution par les prêtres. Les dix personnages font confiance à Jésus et ils se mettent en route.

La guérison intervient à distance de Jésus, comme s’il était étranger et extérieur à ce prodige. Il ne capte pas l’attention et ne recherche aucun bénéfice personnel. Il s’agit bien de « rendre gloire à Dieu. » Jésus est au service de la relation entre son Père et l’humanité.

La suite du récit sort du cadre de la loi juive et de ses codes. Il ne se trouve parmi les lépreux guéris qu’un étranger pour se tourner vers Dieu. Il n’est pas difficile d’imaginer que ce constat doit faire l’effet d’une gifle pour les témoins et les auditeurs de Jésus. Il doit faire grincer quelques dents. Jésus fait l’éloge de la foi d’un étranger, d’un Samaritain. Même dans la bouche de Jésus ces mots pourraient avoir un accent péjoratif. Celui qu’on n’attendait pas forcément adopte et apprécie à sa juste valeur le bienfait dont il est le sujet. Sa foi l’a sauvé ! 

 

Tout est dit. La joie de se laisser accueillir par Dieu ne constitue jamais un privilège, un monopole. A longueur de prédication, par de multiples gestes, Jésus rappelle que l’appartenance au Peuple de Dieu n’octroie pas automatiquement et comme une forme de droit le label de la foi juste et droite. Il se montre plutôt sévère à l’égard de ceux qui se croient intouchables et surtout meilleurs parce qu’ils connaissent et pratiquent la loi. Seul Dieu et son Fils peuvent dire : « Ta foi t’a sauvé ! » Et cette parole étonnera toujours celui ou celle qui l’entendra et l’accueillera dans la joie, même s’il apparaît à nos yeux comme un étranger.

Cette parole de Jésus constitue bien plus qu’une conclusion logique. Ces mots reviennent souvent dans l’Evangile et ils s’adressent indistinctement à des membres du Peuple Juif ou à des hommes et des femmes appelés de façon bien méprisante les païens. C’est dire finalement qu’il n’y a plus, à ses yeux,  d’étranger. Il se peut bien aussi que le fils ou la famille de la famille, sûr de son enracinement et de sa légitimité devienne par son comportement, ses jugements, ses rejets, ses refus, plus étranger que l’étranger.

La Miséricorde de Dieu, la profusion de son Amour dont nous faisons davantage l’expérience en cette année jubilaire bouleverse les hiérarchies qui n’ont jamais été celles de Dieu, mais que nous lui prêtons par confort et intérêt. Nul ne peut décider à l’avance et en fonction de quels principes,  Dieu dit à un être humain « Ta foi t’a sauvé. ». C’est dans la rencontre, l’appel et la réponse, dans les creux et les vagues de la vie que se forge cette affirmation qui n’appartient qu’à Dieu ou à son Fils.

Les maîtres, les sages et les prêtres du Temple seront peut-être déçus, mais jamais ils ne brideront la capacité d’aimer qui est le propre de Dieu. Jamais, ils n’enfermeront dans des textes, par ailleurs précieux et utiles, la capacité de réponse d’un être humain, de tout être humain quelle que soit son histoire, ses origines, sa langue, sa race et sa culture.

Quand l’Eglise a rétabli le diaconat permanent, elle a osé dire qu’elle n’avait plus peur de la lèpre. Il y avait, bien sûr, belle lurette que les progrès scientifiques maîtrisaient et guérissaient ce fléau redouté dans des temps antérieurs. Les souffrances, les exclusions, la mise en l’écart, l’isolement sanitaire, le mépris trouvent toujours au fil du temps de nouveaux terrains de propagation et prolifèrent dans les réalités que le pape François appelle les périphéries existentielles. Nous savons avec quelle rapidité, il nous arrive de nous méfier et de nous protéger de nos semblables.

Dans certaines circonstances, la prudence est de règle, mais l’avenir de l’humanité ne se forgera jamais à coup de murs, de barrières, de discrimination qui rappellent étrangement les mesures prises naguère à l’égard de la propagation de la lèpre ! Il serait affreux de bâtir un monde où ceux-ci se serrent les uns contre les autres parce qu’ils imaginent être en bonne santé dans leur société ou leur Eglise et rejettent ceux-là sous prétexte qu’ils sont malades et contagieux.

Le ministère diaconal se situe dans cette distance que des êtres humains instaurent ou laissent s’instaurer entre eux. David, Wilfrid, Jacques, il vous appartiendra de travailler à combler cet écart. Nous ne pouvons que vous dire avec Saint Paul : « Souviens-toi de Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts, le descendant de David. » Vous serez avec Jésus qui entend les cris, s’arrête, guérit, rétablit dans la dignité, purifie sans chercher à savoir si l’être qui souffre fait partie des siens ou s’il est étranger.

Il vous faudra certainement servir comme Jésus, vous donner comme Jésus, vous abaisser comme Jésus pour laisser celui que l’on n’attendait pas « rendre gloire à Dieu. » Nos communautés ont besoin de votre ministère pour apprendre à reconnaître l’œuvre de Dieu et ce qu’elle produit librement dans le cœur des hommes.

Elles garderont toujours le légitime désir de partager pleinement la joie d’accueillir des frères et des sœurs. Elles leur feront le cadeau de la Parole de Dieu, des trésors des sacrements et de la liturgie, de la force d’un authentique amour fraternel. Elles ne pourront le faire réellement que s’ils elles acceptent, à la suite du Christ serviteur,  de s’en remettre à la tendresse infinie de Dieu, cette Miséricorde qui ouvre toutes les portes qu’il est si commode et faussement sécurisant de fermer.

La mise en œuvre du Synode Provincial, l’accueil du Projet diocésain d’Evangélisation et de catéchèse embarquent nos communautés dans cette aventure. En accueillant trois nouveaux diacres, notre diocèse ne se réjouit pas seulement de recevoir trois nouveaux ministres dont il faut remercier les épouses et les enfants. Il s’engage à se laisser nourrir par leur ministère. Trois hommes, après d’autres et avec eux, sont donnés par l’ordination comme signes visibles du Christ qui affronte toutes les lèpres du monde, les guérit, redonne courage, humanité et dignité, s’émerveille de la foi. Nous ne pouvons qu’emboîter le pas au Christ et partir là où la foi de celui qui nous est étranger émerveille le Fils de Dieu lui-même !

+ Jean-Paul Jaeger

 

Article publié par A. Lieven - Gestion Technique Internet du Diocèse • Publié • 1062 visites