Vie consacrée

Belval

Moines et moniales, religieux et religieuses fêtent d'une manière particulière le 2 février, fête de la Présentation de Jésus au Temple. Jean-Paul II a en effet institué cette journée comme " Journée de la Vie consacrée" jusqu’alors fêtée le 23 septembre pour la plupart des ordres religieux. Cette journée invite à rendre grâce à Dieu pour l'œuvre de son amour, comme l'a fait la Vierge Marie. Invitation pour toutes celles et ceux qui ont consacré leur vie au Seigneur à revenir à la source de leur vocation, de faire le bilan d'une vie consacrée au Seigneur et à renouveler et confirmer l'engagement de leur consécration.

 

Trappistines de Belval

Moniale de la communauté cistercienne-trappiste de Belval, sœur Claire y est hôtelière. Elle accueille les personnes qui viennent passer un temps de retraite, se ressourcer, se reposer à l’hôtellerie de l’abbaye. « Des gens qui cherchent le silence pour se retrouver eux-mêmes », exprime-t-elle. Elle a bien voulu témoigner des racines de sa vocation et de sa vie consacrée.

 

E d’Arras : Comment et pourquoi avez-vous envisagé de vivre cette vie consacrée ?

belval (3) belval (3)  J’ai eu la chance d’être élevée dans une famille chrétienne, en Bretagne, dans le Morbihan. Très jeune, vers 8-9 ans, une des premières fois où j’ai vu le prêtre célébrer l’Eucharistie, j’ai eu le désir de ‘donner ma vie à Jésus’. Je n’en ai  rien dit à ce prêtre que j’ai pourtant soigné plus tard lors de mes études d’infirmière mais c’est sa façon d’être, de célébrer –sans discours- qui m’a donné le goût de Dieu.

Dès ce jour-là, j’ai commencé à me rendre à la messe chaque matin, avant d’aller à l’école. »

Et sœur Claire de revoir les trois kilomètres qu’elle franchissait à pied, de la petite ferme de ses parents à l’église du village : « En faisant ces kilomètres à pied, en silence, j’ai eu le goût de l’intériorité. Avec le recul je vois à quel point le ‘chemin’, le fait de cheminer nous

conduit à Dieu.

Une phrase de l’Evangile m’a aussi beaucoup marquée, étant enfant,  au caté : « A quoi sert-il de gagner le monde entier si on vient à perdre son âme ». Dans mon cœur de 10-11 ans, j’en ai conclu que même si j’avais, plus tard, toutes les richesses du monde (nous étions en réalité très pauvres, surtout après la maladie de mon père de retour de captivité),  si je n’avais pas Jésus en lui donnant ma vie, je n’aurais rien ».

Après le décès de son père, à 13 ans, et le certif’ en poche, sœur Claire travaille quelques mois chez les sœurs de son village : « Elles sentaient que j’avais la vocation mais, moi, je voulais rester libre. Ma vocation était mon secret ».

Elle monte travailler à Paris. Séparée de sa famille, notamment de sa sœur jumelle, c’est en continuant à aller tous les jours à la messe  qu’elle prend conscience que, où qu’elle aille, aussi déracinée fût-elle, elle aurait toujours la  « famille Eglise » pour la soutenir.

 

E. d’Arras : A quel moment avez-vous franchi le pas ?

A 16 ans, je me suis confiée à un prêtre à Paris. Je lui ai parlé de mon projet. La Providence m’a guidée, peu après. Je travaillais dans un pensionnat de filles riches, près de Poissy où il y avait un noviciat. La maîtresse des novices m’aida. Mais je  ne suis pas entrée dans leur congrégation. »

 

E d’Arras : Pourquoi Belval, pourquoi une vie contemplative ?

Pour moi, toute vie chrétienne est apostolique, toute vie chrétienne est contemplative. Seuls les moyens de le vivre changent. Je voulais vivre une certaine intériorité.

 

La vie en communauté, qu’est-ce que cela représente de joies et d’exigences ?

C’est une grande joie dans ce sens qu’on est stimulé pour vivre sa vocation . On ne peut vivre sa vocation seul. Vivre en communion enrichit. Mais, paradoxalement, je pense qu’il faut d’abord pouvoir vivre seul pour bien vivre en communauté. Il faut être « clair avec soi-même », bien dans sa peau, bien dans ses baskets, bref être à même d’assumer une solitude que, en réalité, tout le monde - célibataire ou marié – dans sa vie, dans les responsabilités qu’on lui a confiées, doit être à même de gérer. Etre en communauté c’est être quand même soi-même, être ‘libre et libérant’. »

Sœur Claire ne cache pas les difficultés issues des différences de tempérament, de culture, d’origine.

 

E d’Arras : Comment les sœurs cloîtrées portent-elles témoignage ?

Nous portons témoignage d’abord parce que nous existons. On évangélise parce qu’on est. Moi-même je m’étonne encore quelquefois quand je vois notre communauté en prière.

De plus, c’est le Seigneur qui nous a rassemblées ici et, au jour le jour, il passe par chacune d’entre nous.

La fidélité quotidienne à la prière est, pour sœur Claire, un autre témoignage : « C’est facile de vivre des fêtes exceptionnelles comme Noël, des temps forts. Il est plus difficile de vivre l’Austère quotidien, la réalité de la vie  avec son lot de joies et de souffrances et d’y voir les signes banals de la Vie, de Dieu ».

Infirmière responsable des sœurs âgées de la communauté, sœur Agnès ajoute : « Ce sont peut-être elles qui sont les plus fécondes, elles les moins ‘efficaces’ au regard des hommes. Elles me font faire tout un chemin spirituel. »

Quant à son travail de sœur hôtelière, elle en connaît les richesses et les exigences : « Saint Benoît dit que pour la sœur hôtelière chaque arrivant doit être  reçu comme le Christ ». La prière, la lecture des psaumes, les offices sont, pour elle, un moyen fort de cheminer avec les autres chrétiens. « Les psaumes que nous prions sept fois par jour relatent la joie, la louange mais aussi la violence, l’angoisse. Quand je prie, dans un psaume : « toute la nuit j’étais dans l’angoisse » je rejoins les gens qui, au téléphone ou pendant leur séjour, me disent leur angoisse, leur souffrance. »

Propos recueillis par Jean-Paul Chavaudra

 

Belval, une histoire d'amour

belval (3) belval (3)  Le monastère de Belval, je l’ai découvert un peu par hasard. Il y a vingt ans, j'entamais une formation pour entrer dans la famille du Prado. Je cherchais un lieu de paix, de recueillement et de prière. Pendant deux ans, j'ai fréquenté assidument le monastère de Belval ( 48h tous les I5 jours) j'ai vite ressenti combien la communauté des moniales vivait en fidélité à la règle de Saint Benoit, la prière, la vie communautaire et de travail , l’accueil.

Avec l'accord de la Mère Abbesse , j'ai fait mon engagement au Prado, à l'Eglise du monastère. Je conserve précieusement ce moment dans mon cœur. Les membres du secteur pastoral d'Isbergues, dont j'étais le responsable, mes parents, amis, des  membres de la mission ouvrière, des prêtres du Prado  tous ont été touché par l'accueil chaleureux des moniales. Le jeudi précédent j'ai partagé avec les sœurs, ma vie d’homme, de prêtre et les raisons de mon engagement dans la famille du Prado.

Belval continue à être pour moi un lieu de ressourcement indispensable Dans ma vie de prêtre où le travail ne manque pas je sais que je suis accompagné par l'amitié et la prière des sœurs. Tous les mois, avec mon équipe du Prado, nous venons faire une halte à Belval, moment de partage, de prière avec une étude de l'Evangile. Les sœurs n'ayant plus d'aumônier, je viens avec beaucoup de joie célébrer de temps en temps l'Eucharistie avec elles. Les rencontres à l'hôtellerie sont aussi pour moi très importantes. Les sœurs ne sont nullement coupées de la vie des hommes et des femmes de notre monde. Ces personnes se disent toutes touchées par l'accueil qui leur est réservé. Elles viennent au monastère déposer "le poids des jours", croyantes ou incroyantes, elles disent toutes apprécier ce lieu de paix, de silence de sérénité, et pour les croyantes ce lieu de prière fraternelle. Chacun, chacune se sent respecté dans sa démarche quand on vient à Belval, on y revient.

JM Loxhay

Article publié par Alicia Lieven - Gestionnaire technique du site internet du Diocèse • Publié • 8129 visites