dernières tentatives de dialogue...

Correspondance, destination : espoir

lettres sans réponses de demandeurs d'emploi lettres sans réponses de demandeurs d'emploi  

 

 

Dernières tentatives de dialogue avant émeutes est une plasquette de 80 pages, coproduite par Pascale Verbèke et Plantu. Publiée aux éditions de l'Atelier de livre est issu de la campagne de la JOC : Emploi Atout Jeunes qui a permis en 2006 à 30 000 jeunes de s’exprimer sur la question de l’emploi et de construire une charte et des propositions pour l'emploi des jeunesse

 

Auteurs : Pascal Verbèke et Plantu

80 pages  Prix 4,90 € - Editions de l’Atelier

 

 

 Surveillant de hauts fourneaux, étudiant en philo, manutentionnaire dans une usine de saucisses, distributeur de pub dans les gares, demandeur d’emploi…A 24 ans, mon CV est plein de pointillés. Lorsque la nausée m'est venue face au lassant recopiage de mes lettres de motivation, j’ai eu envie de lâcher par correspondance toutes mes colères et tous mes rêves à ceux qui devaient les entendre : Youssef, un pote, Ernest, patron d’une très grande entreprise, Royal et Sarkozy, le directeur de l’ANPE, Lilian Thuram, Paul, le maire de ma ville… et puis Karima, une copine. Elle m'a envoyé balader. Complètement isolée, elle ne jurait plus que par elle-même

.Je crois qu’on ne s'en sortira pas comme ça ! Dernières tentatives de dialogue avant émeutes...                                                                      Pascal Verbèke

 

Ci-dessous, une des nombreuses lettre reproduites dans le livre.

Elle est adressée à Christian Charpy, directeur général de l'ANPE.

En espérant que quelqu'un la lui transmette...

 

À Christian Charpy (directeur général de l’ANPE),

Je vais chez vous, trop souvent à mon goût. Il n’y a pas de fouilles à l’entrée, pas de barreaux aux fenêtres, pas de coups de bâtons, mais il y a bien là des détenus. Des chaînes invisibles les mettent à l’écart. On les appelle par des numéros. On consulte leur dossier avant même qu’ils ne se soient présentés. Comme s’il y avait plus à savoir dans ces quelques pages ! Il doit bien y avoir une raison pour qu’ils soient incarcérés et éloignés de l’emploi...On les accuse d’ailleurs. L’économie va bien, donc ce sont eux les coupables…

On entend d’une voix enjouée, presque chantée : «Accusé, levez-vous ! Vous pouvez me dire merci, j’ai un emploi pour vous ! C’est un métier dans la restauration, vous n’y connaissez rien mais vous allez apprendre… » Le gars en face prend l’annonce… Pas le choix, plus d’allocations. Le maton ajoute : « Habillez-vous chaudement, vous serez en chambre froide. » Ça y est, on cryogénise les chômeurs ! On les réveillera quand le temps des cerises et de l’embauche sera revenu.

Fin de la pièce. Ça s’appelait « Projet d’action personnalisé ». L’objectif est simple : baisser le taux de chômage. L’action, encore plus : sanctionner et radier ceux qui ne font pas suffisamment d’efforts pour baisser le taux.Mais personnalisé ? Avec des objectifs comme ceux-là c’était difficilement conciliable. Être le conseiller du mois, c’est caser à toute allure. Donner des conseils ? Quand on est conseiller, les Assedic, la Caf, on ne sait pas trop bien comment ça marche. « Allez voir sur place et si vous n’avez pas l’adresse regardez sur Internet… » Nos vies sous forme de jeu de piste, ça ne nous a jamais amusés. Des guichets uniques, rassemblant ces services et des associations pouvant nous aider, offriraient une plus grande cohérence. Une maison de l’emploi pourrait alors tout simplifier. Encore faut-il qu’elle ne serve pas à augmenter la pression exercée sur les chômeurs et qu’elle soit disponible en nombre. C’est mal parti ! Ça se fait déjà sans les associations et loin des quartiers... Essayez de mettre une affiche pour une association de chômeurs dans ces maisons de l’emploi, vous aurez de leurs nouvelles !

Accusés, levons-nous ! N’avons-nous pas besoin d’un soutien ? Ceux qui s’en sortent sont toujours ceux qui disposent du meilleur réseau. Et si on nous aidait à le bâtir et à l’enrichir ? On serait déjà plus égaux dans nos recherches d’emploi. Avec des formalités administratives moins contraignantes et un vrai service à la personne, on aurait plus de chances d’avancer. L’assistanat ? Non pas du tout. Nous ne voulons pas que ce soit les autres qui fassent à notre place, mais qu’ils nous guident en nous donnant les informations nécessaires, en nous mettant en confiance, en nous apprenant à constituer un réseau. Pour ma part, je ne fais pas la guerre aux conseillers, mais on ne peut pas dire qu’ils soient les rois de l’écoute active. Il y a des besoins de formation évidents dans ta boutique, Christian, et pas seulement pour les chômeurs. Si les conseillers étaient plus nombreux, on pourrait déjà réunirles conditions nécessaires à un véritable accompagnement. Je te laisse méditer sur tout cela ! Passe le bonjour au gouvernement de ma part !

Bien à toi mais plus pour longtemps,

Pascal

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