Homélie de Mgr Jaeger pour Benoît XVI

Messe d'action de grâce pour le pontificat de Benoît XVI

 Éphésiens 4, 7.11-16; Jean 17, 11b.17-23.

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  Notre rencontre de ce soir veut faire monter vers le Seigneur un mouvement d’action de grâce pour la personne et le pontificat de celui qui est, pour quelques minutes encore, le Pape Benoît XVI. Pour la première fois depuis des siècles, cette prière ne se confond pas avec l’intercession en faveur d’un pape défunt.


L’Eucharistie que nous concélébrons constitue le lieu naturel et spirituel de cette louange. À l’abri des tapages médiatiques, elle nous délivre le sens d’un événement dont nous croyons, sur la parole de Benoît XVI lui-même, qu’il n’a pas d’autre signification que le plus grand service du Seigneur et de son Église. Nous voulons laisser à d’autres interlocuteurs et à d’autres lieux le soin d’interpréter selon des critères variés un choix qui est, au minimum, novateur puisqu’il ne s’est pas imposé depuis près de sept siècles.


benoit-xvi-mgr-jaeger-131955_6 benoit-xvi-mgr-jaeger-131955_6  Avec la sérénité que nous lui connaissons, le Saint Père a dû mesurer l’impact que produirait sa décision sur une opinion friande de sensations et de commentaires. Il nous a surtout aidés à revenir, une fois encore au cœur de la foi. L’humilité et la disponibilité de Benoît XVI nous orientent vers le Christ.


Un jour, Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu, a disparu aux regards des hommes. Il était bien jeune encore, mais Il avait accompli sa mission sur la terre. Ressuscité et retourné au Père après la passion et sa mort, Il resterait avec ses disciples, mais cette présence s’affirmait dans un départ. Jésus n’a pas abandonné les siens et l’humanité qu’il est venu sauver. Il a voulu que son Église, sous la mouvance de l’Esprit Saint soit, jusqu’à son retour dans la gloire, le signe et l’instrument du Salut qu’Il est venu apporter au monde. Ne dit-Il pas Lui-même à ses apôtres qu’il vaut mieux qu’Il s’en aille, que cette forme d’éloignement est même nécessaire pour qu’ils reçoivent la force d’En Haut.

 

 

Nos repères humains ne suffisent pas pour analyser et comprendre le geste de Benoît XVI, même si son extrême fatigue physique le justifierait amplement. Se retirer pour que l’œuvre de Dieu s’accomplisse fait partie intégrante de la foi, de la vie et de la mission dans l’Église, comme elle fait partie de l’expérience du Christ Lui-même. Non, Benoît XVI ne déserte pas. Il ne fuit pas sa responsabilité. Il nous ramène, par son départ, au consentement, à la volonté et au projet de Dieu, volonté qui dépasse largement les personnes particulières - fussent-elles papes - et leur succession.


Le Pape a choisi de se retirer dans une structure monastique, endroit par excellence pour vivre le dépouillement de tout. Libéré des contraintes du gouvernement qui écarte si souvent de l’essentiel, il pourra plus librement couler sa prière dans celle du Christ.


Saint-Paul rappelle que les baptisés ont reçu des dons divers, tous utiles et nécessaires à l’édification de l’Église qui est le Corps du Christ. Cette Eglise est l’une des formes de sa présence au cœur du monde. La variété des appels et des charges trouve son unité dans le Christ Lui-même. Il est la tête de l’Église et l’unique artisan, par l’Esprit Saint, de sa construction. Nous ne devrions jamais perdre de vue cet enseignement de Paul. Il nous explique comment dans la foi, dans la vérité, dans l’amour, tous les membres de l’Église peuvent grandir dans le Christ pour le service du monde et de la Bonne Nouvelle qui lui est annoncée.


Benoît XVI peut se mettre à l’écart. Il sait que le Christ est toujours là. Quoi qu’il en soit des personnes et de leurs responsabilités, de leurs faiblesses et de leurs forces, de leurs échecs et de leurs réussites, Il fait grandir son Église !
La renonciation du Pape réoriente nos propres investissements dans l’Église. Elle est trop souvent le champ clos de nos querelles, de nos revendications de reconnaissance ou de pouvoir. Elle sert tellement de thêatre à nos joutes idéologiques, à notre manipulation de Dieu Lui-même, à notre confort intellectuel et spirituel. Elle est si vite appelée au secours de nos opinions, de nos intransigeances, de notre conception de l’ordre du monde ! Et nous nous plaignons de la voir désertée par tant de nos contemporains.


Quand Jésus s’éloigne, quand un pape s’efface que nous est-il dit ? Que demandent-ils l’un et l’autre dans leur prière ? Ils supplient le Père de garder les disciples dans l’unité, de leur épargner les assauts du mal, de les consacrer par la Parole du Père qui est vérité. Sans cette unité, il est impossible au monde de reconnaître que Dieu a envoyé son propre Fils.
 

Dans quelques minutes et pour un moment que nous souhaitons le plus bref possible, l’Église n’aura plus de pape. Le Seigneur nous en donnera un. Ce n’est pour nous ni le moment des regrets, ni celui des pronostics. Il nous faut méditer la prière du départ de Jésus et sans doute, celle de Benoît XVI. Nul doute qu’elle montera souvent vers Dieu derrière les murs du petit monastère enserré dans l’espace fermé du Vatican.
 

Notre propre mission se poursuivra pour un temps. Il nous faudra un jour la remettre entre les mains du Seigneur. L’attente du futur pape nous invite à une sorte de retraite qui s’accommode bien du temps du carême.


Bien des oracles ont prédit ce que serait ou devrait être le programme du prochain pape. Ils oublient d’ailleurs que, pas plus que ses prédécesseurs, le futur pape ne sera exclusivement pape pour la France ou l’Europe occidentale ! Pendant ce temps aurons-nous l’audace, le courage et l’humilité de demander à Dieu le don de l’unité, de la vérité ? Accueillerons-nous la force de la Parole de Dieu ? Nous ne sommes pas seuls. Nous serons soutenus et portés par le premier pape émérite de l’histoire contemporaine.
 

Mgr Jean-Paul Jaeger

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 4439 visites