Pour 2017 : la pauvreté qui enrichit.

Editos Eglise d'Arras n°1

À la sortie d’un office religieux, une dame m’interpelle : « Il y avait vraiment peu de monde dans la chorale. » Ma réponse est toute simple : « Mais, Madame, si vous en faisiez partie, il y aurait un membre de plus. » S’ensuit une rapide conversation dans laquelle il apparaît que finalement l’Église doit demeurer, contre vents et marées, un prestataire du service spirituel, mis en demeure de répondre aux attentes des requérants, suivant leurs besoins et leurs exigences.
Il ne faut pas chercher bien loin pour illustrer d’une autre manière cette situation. Chacun veut rencontrer un prêtre et bénéficier de son ministère lorsqu’il le décide. Ne dites surtout pas qu’aucun d’entre eux ne sera disponible au jour et à l’heure imposés. Des prêtres ? Il suffit de les faire venir d’Afrique, d’Amérique latine. Il serait si simple de vider les monastères ou de solliciter les communautés nouvelles. Tous savent où trouver des prêtres, mais il est absolument impensable qu’un jeune de la famille entre au séminaire !
Une telle conception de l’Église se trouve largement en état de coma dépassé. Il n’est plus possible de se tourner vers l’Église comme si elle était une entreprise ou une organisation. Elle n’a plus les moyens de se laisser comprendre et approcher de cette manière. Il faut d’ailleurs reconnaître qu’une telle déformation historique n’a jamais représenté qu’une caricature de la théologie de l’Église.
En ce début d’année 2017, nous entendons à nouveau l’invitation du Pape François. L’Église est pauvre par nature et par mission. Avec la fête de l’Epiphanie, nous contemplons encore le Christ dans la crèche. Déjà, nous nous apprêtons à le suivre sur le chemin de la croix. Comment pourrions-nous rester sourds à ce rappel ? Nous ne pouvons plus discuter sur la pauvreté et en prêcher les vertus. Nous sommes appelés à vivre la pauvreté.
En rapprochant l’Église des instances sociales, économiques et politiques, nous sommes toujours tentés de la gérer comme nos institutions humaines. Pour ne pas perdre une forme d’insertion dans le monde, nous cherchons à compenser la diminution du nombre des prêtres, religieux et religieuses par le recours à des fidèles laïcs. Fort bien, mais ils n’ont pas charge de colmater les brèches d’un édifice qui se fragilise de plus en plus ! Sommes-nous sûrs de servir alors l’Église, selon l’enseignement du concile Vatican II ?
Une Église plus faible qui n’aurait plus pignon sur rue, qui n’aurait plus de personnel salarié, ne pourrait plus entretenir un parc immobilier bien fourni, ne pourrait plus organiser des déplacements constants, cesserait-elle d’être l’Église ? Certainement pas ! Fort heureusement, nous n’en sommes pas encore là, mais nous savons dans quelle direction nous marchons !
La richesse de l’Église, son unique trésor, tient dans ce que Dieu, en son Fils, Jésus-Christ, par la puissance de l’Esprit-Saint accomplit dans le cœur des hommes et des femmes de tous âges, de toutes conditions, de toutes cultures. Ils sont choisis, appelés, baptisés, formés et envoyés. Ceux-ci sont la substance de l’Église, aucun d’eux n’est exempté de la mission.
L’Église doit accueillir. Nous ne le dirons jamais assez. Nous reconnaissons cependant que nous accueillons souvent des personnes qui sont, en fait, chez elles dans l’Eglise. Dans bien des cas, nous ne recevons pas des personnes qui viennent d’ailleurs, mais des enfants de la famille qui ont oublié qu’ils en font partie. Ils restent pleinement des enfants.
Les démarches habituelles conduisent souvent à nous ouvrir aux demandes formulées à l’égard de l’Église. Que peut-elle faire à tel moment pour moi, pour nous, pour eux ? Il est urgent de réapprendre à retourner la question : que puis-je faire, que pouvons-nous faire, que peuvent-ils faire pour collaborer à  mission de l’Église ? Ensemble, il faut aller à la rencontre de la famille humaine, pour annoncer et partager la Bonne Nouvelle.
Ce grand mouvement ne répond pas à une exigence de main d’œuvre. Il conditionne notre capacité commune à être, pour notre part, l’Église de Jésus-Christ. Celle-ci a besoin de multiples concours. Elle ne fera jamais l’économie du ministère ordonné, de la vie religieuse et consacrée. Elle ne fera pas davantage l’impasse sur l’engagement de tous ses membres qui, à la mesure des dons qu’ils ont reçu contribuent sous l’impulsion de l’Esprit-Saint à la mission divine de l’Église.
L’année qui s’ouvre sera fertile en événements dont quelques-uns sont programmés, la plupart nous sont encore inconnus. Je souhaite que l’Église dans notre diocèse, pauvre à bien des égards, mais forte de son Dieu soit au fil des jours sel et lumière pour une humanité en perpétuel enfantement. Que cette Église porte la joie de la naissance !
Bonne année 2017 !

+ Jean-Paul Jaeger

 

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