Messe de la santé

UN TEMOIGNAGE

Sois sans crainte

Dimanche de la sante. Dimanche de la sante.  

            Il s’agit du thème du dimanche de la santé

 

Cette journée est instituée au niveau national par les évêques de France, et organisée par la Pastorale de la Santé.

 

Ce dimanche, à la messe, on prie pour et avec le personnel soignant, pour et avec les personnes malades, handicapées ou très âgées, leurs familles et leurs aidants, pour et avec les bénévoles et les citoyens concernés par la santé dans notre pays et dans le monde.

 

 

 

 

 

 

TEMOIGNAGE

 

Je m’appelle  Jérôme Vangermeersch . Je suis actuellement médecin dans une association qui accueille à Lille des personnes sans domicile fixe , dont beaucoup de migrants J’exerce aussi en tant que pédiatre dans plusieurs Instituts Médico-Educatifs , qui prennent en charge des enfants parfois lourdement handicapés , autistes, porteurs de maladies dégénératives, qui s’aggravent progressivement . Je travaille aussi dans une maison  d’Accueil Spécialisée , auprès des personnes polyhandicapés parfois très sévèrement Certains ont des maladies  inconnues ou très rares. On ne sait pas les soigner

La souffrance est omniprésente, elle prend des visages très variés. C’est d’abord la douleur physique que nous devons soulager, elle est parfois difficile à déceler chez des personnes sans langage , sans cesse en mouvement, qui se font elle mêmes du mal (ce sont des automutilations fréquentes chez les autistes) Il y a la souffrance morale, l’angoisse permanente que l’on peut lire sur les visages, dans les regards et dans les mots ou les silences. Ce sont aussi les traumatismes liés à des parcours de vie cahoteux, avec beaucoup de trous noirs , de peurs, à cause des violences subies. C’est le lot des sans abris, de réfugiés. Certaines personnes sont en fin de vie, elles s’y accrochent  désespérément . D’autres souhaiteraient ardemment mourir

L’important est de ne pas rester seul devant tant de misères, et la plus grande  souffrance est souvent pour ces personnes , la solitude, ou le sentiment d’être seuls, abandonnés

Dans tous ces lieux ce sont donc des équipes qui travaillent , chacun joue un rôle bien précis, social, psychologique, éducatif , médical

L’important aussi de bien tenir la barre, comme lorsqu’on est sur un voilier dans la tempête. Maintenir le cap éviter de sombrer. Il est impératif de ne pas déprimer avec ceux qui dépriment, car c’est une vraie tentation. S’en tenir avec force , à un détail qui peut rassurer ou soulager, s’y cramponner pour ne pas vaciller. Je vois cet homme souvent en train de crier, ne pouvant s’exprimer , sauf par son regard angoissé. Il a mal , il appelle au secours, sans pouvoir le faire. Nous essayons de le soulager, d’une douleur physique, nous lui prenons la main, s’il l’accepte. Nous le changeons de position, c’est peut être cela qu’il voulait . Parfois nous n’arrivons pas à comprendre. Peut être qu’il n’y a rien à comprendre. Et je suis frappé quelques temps plus tard , de le voir calmé. Son regard devient paisible, il pourrait presque communiquer. Nous ne saurons jamais ce qui s’est vraiment passé. Mais nous devons absolument nous attacher avec violence, à cette période de paix qui s’est installée, provisoirement. Mais tout est provisoire

« Comme les yeux de la servante vers la main de sa maîtresse, ainsi  nos yeux vers Yavhé , tant qu’il nous prenne en pitié « 

Je pense souvent à se Psaume 123 . Je me mets à la place de cette servante , nous sommes parfois des esclaves, serviteurs inutiles, entre les mains de Dieu

Parfois c’est notre regard à nous, vers la personne souffrante qui va l’aider momentanément, sans que nous sachions comment . C’est un vrai mystère

Parfois c’est notre façon d’aller la prendre , la toucher, l’envelopper, si elle l’accepte, si elle en a envie.. Il peut alors se passer des miracles au quotidien, dans l’éclair. En général , cela ne dure pas , mais le souvenir qu’on en garde reste tenace et aide à garder le moral

Bien sûr la médecine et tout ce qui tourne autour , aide à soulager , à comprendre, les maladies ‘physiques, psychiques, sensorielles. Les médicaments qui apaisent les douleurs , surtout à base  de morphine sont largement  utilisés maintenant et c’est heureux. Les recherches sur les cancers, sur les maladies génétiques , etc, font de grands progrès . Mais tour ceci parait si provisoire lorsqu’on est face à un enfant dont on sait que sa maladie va progresser , dont la vie sera très courte. On  est démuni devant une personne qui vous dit « Je sais que je ne guérirai pas , je n’aime pas ma vie, je veux en finir » Nous sommes réduits parfois à accepter notre propre  impuissance , et notre incapacité à consoler

Beaucoup de soignants se protègent  comme on dit, et on ne peut pas le leur reprocher . Ils ont tendance à s’enfermer dans une carapace, à devenir moins sensibles , à s’habituer . S’ils prenaient en charge toutes les souffrances , ils plongeraient avec les souffrants, alourdis par leur poids

Et certains malades même très gravement semblent ne pas se plaindre , accepter leur sort . Peut être que pour eux aussi ce serait une douleur encore pire que de se révolter ensachant que cette révolte serait vouée à l’échec . D’autres sont vraiment dans l’impossibilité d’exprimer leurs souffrances . Je connais cette petite fille atteinte d’une maladie métabolique, à la fois sourde et aveugle ,sans langage . Elle sait dire qu’elle est heureuse au travers d’un magnifique sourire  singulier, qui n’appartient qu’à elle. Et l’on sait quelle est malheureuse dès que des petites larmes commencent à couler

Bien sûr il n’y a pas de réponse et surtout pas générale . Chaque situation est unique et très différente des autres .Pour ma part, je me réfugie souvent dans le silence , la contemplation, nos pas pour rester beat devant un magnifique  spectacle. Il s’agit plutôt comme l’écrit Saint Jean  de la Croix, de cette »contemplation obscure et aride pour les sens cachée et secrète pour celui-là même qui la possède » Grâce à cette prière incessante , il est possible je crois de rejoindre ne serait-ce qu’un instant l’enfant ou l’adulte  qui paraissent enfermés ou inconsolables . S’effacer devant celui qui nous attend depuis le début du monde. Et un sentiment m’obsède tout le temps , c’est l’humilité, voire l’humiliation «  c’est souvent proche en fait) devant l’échec ou l’impuissance. La personne en grande détresse en sait plus que moi , beaucoup à ce sujet. C’est elle qui me guide, elle m’invite à ne plus parler , ne plus penser . Ne plus vraiment s’appartenir , ne plus être soi même. Etre simplement avec elle , à côté sans la toucher , ou au contraire à l’envelopper vraiment  la contenir , la serrer, c’e

 

 

 

 

 

"Alors que tu te crois seul avec tes soucis ou ta maladie,

beaucoup sont avec toi au service de la vie.

Des mains ouvertes te sont offertes :

mains qui s’élèvent, mains qui élèvent,

mains des médecins et des voisins qui prennent soin,

mains du cœur, mains de frères et sœurs,

et aussi mains du Seigneur.

Écoute, il te dit :

malgré ton corps ou ton cœur endolori

affronte le monde ou la haute mer,

sois sans crainte et va vers tes frères,

car eux aussi, dans le tourbillon de la vie,

ont besoin de tendresse et d’amis."

Hubert Renard