Visite du pape au Sri Lanka et en Indonésie

 

pape francois pape francois  Le Pape a souhaité visiter le Sri Lanka, (autrefois Ceylan), pays d’environ 21 millions d’habitants. Le pays est divisé ethniquement entre 75% de Cinghalais, 25% de Tamouls dans le nord. Division ethnique, culturelle et linguistique, religieuse aussi : les Cinghalais sont bouddhistes, les Tamouls hindous. Les musulmans (7% de la population) se perçoivent de plus en plus comme une troisième ethnie et non pas seulement comme une religion. Les chrétiens, surtout des catholiques, soit 6% de la population, se trouvent aussi bien chez les Cinghalais que chez les Tamouls. Les évêques du pays ont tenté jadis de faire quelques efforts de médiation, mais pas assez aux yeux des défenseurs des droits de l’Homme, parmi lesquels on trouve de nombreux catholiques.

 

Le pays a connu une guerre civile d’une trentaine d’années entre le gouvernement central dominé par les Cinghalais et les « Tigres Tamouls » au nord. Cela s’est terminé par une victoire militaire du gouvernement en 2009. La guerre a provoqué sans doute 100 000 morts, la plupart dans les derniers mois du conflit. La commission réconciliation mise en place après la victoire militaire est source de grande frustration, le pays se caractérise plutôt par un régime d’impunité des crimes commis durant les années noires du pays.

 

Alors que le principe et les dates de la visite papale avaient déjà été fixés, le président Rajapaksa a convoqué des élections anticipées, sous l’influence dit-on de ses astrologues qui estimaient que début janvier était une période propice. C’était surtout quelques jours avant la visite du Pape qui pouvait être présentée comme une reconnaissance internationale du Président Rajapaksa, considéré souvent comme un criminel de guerre, à cause des atrocités commises par son gouvernement et son armée lors de la victoire militaire finale contre les Tamils en 2007-2009.

 

Le Pape François en pèlerinage à Madhu, terre tamoule

Un certain nombre de catholiques influents dans le pays avaient « conseillé » au pape de reporter sa visite au Sri Lanka pays pour ne pas être instrumentalisé lors de la campagne électorale. La tradition veut d’ailleurs qu’un pape ne fasse pas de visite dans un pays immédiatement avant ou après une échéance électorale. Les évêques du pays ont dit avoir confiance dans la régularité du processus électoral et ne demander le report de la visite papale qu’en cas de violence. La campagne électorale a été marquée en fait par un certain nombre d’incidents violents et d’actes d’intimidation. Quelques-uns, mais pas un nombre important, comparé aux élections précédentes.

 

Innovation de la visite papale de 2015, comparée à celle que le pape Jean-Paul II avait faite dans le pays : le Pape François se rend dans le nord du pays, en terre tamoule, au sanctuaire du pèlerinage Madhu. Aura-t-il le temps et l’occasion de manifester sa sollicitude envers les victimes de la guerre civile ? Les prêtres « disparus » ont sans doute été assassinés ; les familles des disparus, des prisonniers politiques et des femmes torturées ; les villageois expulsés et dont les terres ont été confisquées, etc.

 

La visite du pape est l’occasion de canoniser le Père Joseph Vaz (1651-1711), premier saint srilankais. Ce nouveau saint a été, en son temps courageux face à l’adversité, novateur et humble pour surmonter les obstacles. Trois qualités qui seront bien utiles à l’Eglise du Sri Lanka dans la période actuelle de sa longue histoire.

P. Antoine Sondag, Directeur du Service national de la Mission Universelle de l’Eglise

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