Ordination diaconale de Bernard Grémont

Bapaume

Bernard Grémont a 57 ans. Il était cultivateur avec son frère Xavier dans la région de Montreuil, à Écuires. Après 14 ans de mariage, il perd Brigitte, son épouse. Il part alors se ressourcer auprès de sa s?ur qui est moniale au Canada. C'est sans doute là qu'il entend l'appel du Seigneur. Il entre au séminaire de Lille et il est envoyé en insertion à Bapaume. C'est là qu'il a été ordonné diacre le 20 mai dernier.

 

Témoignage de l'équipe d'accompagnement


Il est naturellement discret. Les événement douloureux l'ont rapproché de Dieu et semblent l'avoir branché définitivement sur le Seigneur.
Fort de son expérience de vie, il s'est fait proche des détresses humaines. Il a manifesté son désir de se mettre au service de l'Eglise et du monde.

 

Homélie de Mgr Jaeger


Je ne vais certainement pas choquer Bernard en rappelant que dans une célébration d'ordination, le personnage principal n'est pas celui ou ceux que l'on ordonne. Nul ne saurait prendre la place, ne serait-ce que pour un instant du Christ Jésus, mort et ressuscité. C'est bien autour du Christ que nous sommes rassemblés cet après-midi. C'est lui qui nous a fait venir de loin pour que nous écoutions sa Parole et que nous entrions davantage dans son mystère d'amour. Une ordination n'est compréhensible qu'à la lumière de cette vérité première. Alors, contemplons le Christ.


Mais, me direz-vous, nous sommes mal placés pour le faire. Ne sommes-nous pas entre le jeudi de l'Ascension et le dimanche de la Pentecôte ? En ces quelques jours où notre méditation se concentre sur une absence. Jésus est retourné vers son père, en son lieu naturel, si nous pouvons nous exprimer de la sorte, là où dans le plan de Dieu, le projet d'amour de Dieu, il n'aurait jamais dû s'en aller. S'il est venu chez les hommes, c'est par amour de son père, par amour pour l'humanité. Parce qu'il est venu tout près de nous, chez nous, nous révéler l'amour de ce père que nous avons si souvent perdu et égaré, et nous redonner la beauté, la splendeur de la création au sommet de laquelle se trouve l'homme que Dieu a fait à son image. Accomplissant le mystère de la rédemption, mourant sur la croix, ressuscité au matin de Pâques, le Seigneur en quelque sorte à achevé sa mission. Et il est retourné vers son père.


Alors, comme les apôtres qui regardent vers le ciel, devons-nous à nouveau douter, nous étonner, nous sentir oubliés et abandonnés ? Cette absence nous révèle une étrange et forte présence. Jésus ne nous a jamais abandonnés et il ne nous abandonnera jamais. Il a choisi et appelé des apôtres qui constituent les deuxièmes personnages qu'il nous faut regarder cet après midi. Pourquoi ? Parce que depuis le baptême de Jésus, il l'ont suivi, ils l'ont écouté, ils se sont interrogés, ils sont douté, ils ont posé des questions maladroites, tellement humaines. Ils ont eu peur, ils ont fui au moment de la Passion.

 

Certes, ils ont été soutenus, interrogés, réconfortés par des manifestations après la résurrection, mais ils ont encore la peur au ventre et ils sont enfermés lorsqu'ils reçoivent l'Esprit de Pentecôte. Et pourtant, ils pressentent que ce que leur a promis Jésus, ce qu'ils leur a annoncé, ne sera pas déçu et qu'il leur faut solidement rester unis les uns aux autres, tels que Jésus les a appelés et les a formés. Et c'est tellement vrai que pour pallier la défection de l'un d'entre eux, ils vont compléter le corps des apôtres. Ce sera l'élection de Mathias dont nous avons entendu le récit. À nouveau, le corps des apôtres sera au complet et pourra accomplir la mission que cet absent leur a confiée. Ils sont prêts pour accueillir la force que Jésus leur avait annoncée. Ils sont prêts à accueillir l'Esprit de Dieu, à se laisser façonner, travailler, bouleverser par Lui et à apporter la Bonne Nouvelle du Royaume, annoncer que celui qui croit au nom du Seigneur sera sauvé, annoncer le bonheur, la paix, la joie, l'amour… Oui, nous sommes, dans ce temps, avec Jésus, invisible à nos yeux, mais présent. Tellement présent par ce qu'il a promis à ses apôtres et ce qu'il leur a fait vivre, leur rappelant avant sa mort de demeurer dans son amour et de s'aimer les uns les autres. C'est

ainsi que s'accomplira en eux et par eux ce qu'il est venu réaliser au nom de Dieu.
Cet amour permettra aux apôtres d'être configurés au Christ, modelés sur lui et d'accomplir ce que lui-même est venu accomplir pour l'humanité et pour rendre présent et vivant jusque la fin des temps grâce à ceux qu'il a choisis, la mission de rédemption et de salut que Dieu avait confiée à son propre fils.
Alors, toute notre vie chrétienne va-t-elle s'épuiser dans ce dialogue amoureux avec le Christ… Faut-il abandonner l'humanité ? Faut-il déserter le chantier du monde pour se consacre uniquement à un

 

Les apôtres ne sont pas de ce monde, mais ils sont dans le monde. Ils sont bien au coeur de l'humanité, de tous les lieux, de tous les temps, de tous les moments, quel que soient ses forces et ses richesses, ses pauvretés et ses faiblesses, ses angoisses et ses bonheurs… C'est cette humanité-là qui est invitée à accueillir la Parole de la vie. Cette humanité qui est appelée à être consacrée dans la vérité, Parole du Père. Nous sommes consacrés. Les apôtres sont eux-même consacrés dans la vérité. Et la vérité, c'est le Christ lui-même en recevant l'Esprit saint au jour de la Pentecôte.
 

Mes chers amis, quand nous sommes dans une église comme aujourd'hui, nous sommes un jour de Pentecôte. C'est le Christ qui nous rassemble. C'est l'Esprit saint qui va faire que nous vivions de cet amour, de cette intimité du Christ. Nous recevons la Parole quand nous partageons le corps et le sang du Christ, quand nous faisons mémoire de sa mort et de sa résurrection.


Et voilà qu'à notre tour, nous sommes envoyés comme les apôtres pour porter au monde de ce temps la Bonne Nouvelle qui bouleversera sa vie, son coeur, son histoire. Une Bonne Nouvelle qui décimera les doutes, les souffrances, la mort elle-même pour que nous vivions de l'amour du Père et du Fils. Voilà notre belle mission.

 

Mais, me direz-vous, est-ce que vous allez enfin parler de l'ordination ?


L'ordination n'a de sens que si tout cela est enraciné dans notre coeur. Pourquoi les apôtres ont-ils été envoyés comme les « premiers hommes venus » si je puis utiliser cette formule. Pour toute l'Église qui serait envoyée mettre ??? sur la prédication des apôtres, les premiers témoins, les premiers messagers, les premiers à consacrer par la force de l'Esprit et de façon contiguë dans l'histoire tant que le Seigneur le voudra. Cette Église remplira sa mission d'amour au c?ur de l'humanité. Cette Église ne pourra accomplir sa mission que si elle est soutenue, aidée, portée, accompagnée par le ministère ordonné.
 

Formule un peu technique, mais qu'est-ce que le ministère ordonné, sinon être accompagné et soutenu par le Christ lui-même ? Les ministres ordonnés ont en eux la figure-même du Christ qui parle à son Église, qui nourrit son Église, qui donne sa vie à son Église pour qu'elle accomplisse sa mission au c?ur de l'humanité. Tout ministre ordonné est façonné sur le Christ lui-même. C'est le Christ lui-même qui s'exprime par lui, qui vient par lui, qui donne sa vie par lui, afin que l'Église vive de les dons de Dieu…
 

Par le don de l'Esprit saint, comme les apôtres l'ont reçu, Bernard sera tout à l'heure ordonné. Il est envoyé dans ce vaste monde, même si, par l'ordination, comme déjà par le baptême, il n'est plus du monde, mais il est donné au monde pour que le Christ soit accueilli, pour que sa Parole touche la vie et les coeurs, et transforme l'existence toutes les relations que nous vivons au coeur de cette humanité. Les diacres vont au loin, partout où les êtres humains attendent d'être libérés, attendent la paix, attendent la joie, attendent la vérité. Là où des hommes souffrent, peinent, parce qu'ils ne trouvent pas le bonheur qui habite déjà dans le plus profond de leur c?ur et qu'ils voudraient mettre à la surface de leur propre vie. Les diacres vont annoncer dans toutes les réalités de notre humanité ce que Dieu fait quand il envoie son fils pour nous aimer, pour nous donner sa Parole par amour. Les diacres sont serviteurs comme le Christ s'est fait le serviteur qui s'est agenouillé devant ses apôtres dans l'attitude d'un esclave. Lui qui n'a pas revendiqué d'être l'égal de Dieu et qui a tout perdu, y compris sa dignité d'homme sur la croix parce qu'il a tout donné pour manifester qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. Voilà ce que le Christ serviteur a accompli pour nous et que le diacre réalise au nom du Christ et par le Christ dans sa propre personne. Non pas grâce à une dignité particulière réservée à quelques uns, mais pour être celui qui veut servir comme le Christ a servi. Et nous savons que c'est ce service qui a été la source de la vie nouvelle.


Voilà pourquoi Bernard est ordonné diacre. Il a été appelé, lui qui, comme Élisée a quitté non pas ses boeufs, mais sans doute ses tracteurs, et qui a marché à l'appel du Seigneur pour proclamer sa Parole et pour faire en sorte qu'elle vienne rejoindre dans notre humanité tout ceux qui ont soif d'entendre dans la vie, une Bonne Nouvelle. Voilà ce qu'ensemble nous accueillons comme un appel que le Seigneur adresse à chacun et à chacune d'entre nous. Servir comme le Christ a servi, permettre que tout être humain soit consacré par le Christ, Parole du père, et qu'il trouve là le salut, la liberté, la vérité de son maître et la joie d'être membre de la famille humaine et de la famille de Dieu. Voilà ce que l'Église veut dire cet après midi par la volonté de son Seigneur et par l'ordination de Bernard.
 

Repris par Jean Capelain

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 7427 visites