Homélie de Monseigneur Jaeger - Ordinations d'Endry Chirinos et Florentin Dequidt

Cathédrale d'Arras

Ordinations Endry Chirinos et Florentin Dequidt Ordinations Endry Chirinos et Florentin Dequidt  Ordination presbytérale

d’Endry Chirinos et de Florentin Dequidt

 

Isaïe 49, 1-6

Actes 13, 22-26

Luc 1, 57.66-80

 

 

Endry et Florentin nous ont invités, mais c’est Jésus qui nous accueille. C’est Lui qui nous fait entrer dans son mystère d’amour pour que nous en recevions et partagions, tous et toutes, les richesses. Nous croyons avec Saint Paul que « c’est à nous que la parole du salut a été envoyée.»

            Cette parole, fondement de notre espérance ne s’enferme pas dans les mots d’un livre, elle est le Christ lui-même, mort et ressuscité, vivant et agissant aujourd’hui encore par son Eglise qui est comme son corps. Le déploiement de la liturgie de l’Eucharistie et de l’ordination ne vient pas simplement enchanter nos sens, il nous entraine dans l’œuvre de Dieu qui dépasse ce que nous percevons.

            Le projet de Dieu bouleverse les habitudes, les raisonnements les pratiques d’une humanité qui oublie ou ignore trop souvent son identité et sa filiation. Enfant gâtée, elle s’imagine si volontiers qu’elle n’est redevable d’elle-même qu’à elle-même. Ce que, par son génie, elle est capable de découvrir et d’entreprendre, elle en fait sa norme au point d’engendrer des individus qui se constituent à leur tour référence unique d’eux-mêmes et de l’humanité.

            Cet égarement ne date pas d’aujourd’hui, même s’il prend des formes toujours nouvelles, complexes et subtiles. La Sainte Ecriture nous révèle qu’il a accompagné, dès l’origine, l’être humain. Le prophète Isaïe le déplorait en reconnaissant son impuissance à dénoncer et conjurer cet égarement : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces.»

            Mais Dieu ne se lasse pas d’aimer et de patienter. Il choisit, façonne et modèle de toute éternité celles et ceux qui contre vents et marées occuperont une place de choix dans le déploiement de son projet : « J’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom », dit Isaïe. Dieu lui répond: « Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne aux extrémités de la terre.» Cette lumière des nations, c’est Jésus que le vieillard Siméon chantera en le tenant dans ses bras au jour de la présentation au temple.

            C’est déjà Jésus qui se profile dans la naissance plus qu’improbable de Jean. L’Evangile insiste sur la nécessité de s’en remettre totalement à Dieu pour saisir la portée de l’événement. Les critères humains et naturels sont dépassés : Elisabeth ne doit logiquement plus enfanter. Zacharie est condamné au silence. L’attribution du nom échappe à la tradition. L’aventure débute par un point d’interrogation : « Que sera donc cet enfant ? »Il semble déjà échapper à toute emprise. L’Evangéliste précise simplement : « En effet, la main du Seigneur était avec lui. »

Tout dans l’histoire de Jean le Baptiste annonce la venue et la mission de Jésus. Dans l’Evangile, on retrouve appliqués au Fils de Dieu, les mots et les situations qui caractérisent l’histoire et la mission de son précurseur. Avec une ampleur et un caractère plus inouï encore, il nous est dit que Jésus est bien l’enfant bien-aimé du Père, envoyé pour annoncer la proximité du règne de Dieu. Il se fait l’un de nous pour notre salut. Il sauve, guérit et délivre. Il s’abaisse jusqu’à la mort de la croix et reçoit la vie nouvelle, saisissant en lui la multitude dont il est le chemin, la vérité et la vie. 

            Ainsi, nous mettant aux côtés de Jean, nous voyons se dévoiler le mystère du Christ.  Celui dont Jean le Baptiste dit qu’il n’est pas « digne de retirer les sandales de ses pieds », se fera bien plus petit que Jean sous les crachats des soldats, le couronnement d’épines, la flagellation, l’agonie et la mort sur la croix. Devant l’insistance de Pilate qui a le pouvoir de mettre à fin à l’injustice flagrante dont il était l’objet, il se tait sachant que là est le passage incompréhensible par lequel Dieu glorifiera son fils. 

            Endry et Florentin, au jour de votre ordination, vous passez en quelque sorte par Jean-Baptiste pour mieux comprendre ce que signifie pour vous d’être configurés au Christ. Il ne manque pas autour de vous de bons apôtres qui savent déjà tout ce qu’ils pourront vous demander aujourd’hui, demain et après-demain. Il se pourrait même que votre évêque ait quelques idées à ce sujet ! 

Au moment où vous allez être ordonnés prêtres, je ne demande pas à notre assemblée de savoir et d’élaborer pour vous un programme, je l’invite à s’étonner comme les habitants de Judée : « Que seront donc Endry et Florentin ? » La fécondité du ministère ne se mesure pas en termes de fonctionnement et de tâches. Il porte les fruits du projet de Dieu, comme le veut l’Esprit-Saint qui est venu reposer sur Jésus.

            De grâce, mes amis, ne décidez pas ce que Endry et Florentin doivent faire pour le Christ et son Eglise. Laissez le Christ vous dire par le ministère d’Endry et de Florentin ce qu’Il souhaite pour vous, ce qu’Il attend de vous !

            Une caricature qui n’est pas toujours dénuée de fondement dépeint les prêtres comme des hommes de pouvoir. L’Eglise leur reconnaît, certes, une part d’autorité qui a sa source en celle que Dieu accorde à son Fils. Elle ne vient pas d’une volonté de dominer ou d’assujettir. Elle conduit à imiter Jean qui se reconnaît indigne de retirer les sandales des pieds de Jésus, à suivre Jésus qui, tel l’agneau que l’on mène à l’abattoir, donne toute sa vie pour son Père et ses frères. Les presbytères et les salles paroissiales ne sont pas des palais de gouverneur, mais des Golgotha où la vie s’offre et se donne.

            

 

 

 

Aucun homme, fût-il bardé de qualité humaines et spirituelles ne peut revendiquer le droit de prononcer les paroles du Christ, d’accomplir les gestes du Christ, de baptiser, de pardonner, de consacrer en la personne du Christ. Seules la volonté divine et la puissance de l’Esprit-Saint peuvent, au-delà de toutes les logiques, de toutes les appartenances, de tous les savoirs, pétrir l’être nouveau à qui sont confiées ces missions. La tradition, la règle veulent que l’enfant s’appelle Zacharie comme son Père. Choisi par Dieu, il s’appellera d’un nom nouveau : Jean.

            Endry et Florentin, vous n’abdiquez rien de votre identité et de votre caractère, ce serait d’ailleurs bien dommage de les perdre. Mais par le don de l’Esprit-Saint vous êtes marqués du nom et du sceau de Dieu et de son Fils pour annoncer l’Evangile, sanctifier et gouverner en qualité de ministres du Christ. La main du Christ sera avec vous. Vous susciterez toujours l’étonnement !

            Florentin, tu t’es souvent recueilli, devant la chasse déposée dans la chapelle dédiée à Notre-Dame de Vie, à Venasque. Elle contient les restes mortels du Bienheureux Marie-Eugène. Sur l’une des parois est gravée une parole du Bienheureux : « Je demande pour vous l’Esprit-Saint. »Tu sauras dans quelques minutes que sa prière est exaucée. Tu mesureras tout ce que représente pour toi cette requête. Tu n’oublieras pas que pour désirer voir Dieu et le faire voir, il ne faut pas de l’ambition, mais des longues heures de désert qui te feront connaître et faire connaître Celui que tu serviras en servant tes frères.

            Endry, c’est le même Esprit qui t’a transporté du Venezuela jusqu’en terre d’Artois. Ton incardination dans le diocèse d’Arras nous interroge. De nombreux missionnaires sont naguère partis de chez nous pour porter l’Evangile en diverses parties du monde. Aujourd’hui, les diocèses de France, dont le nôtre, bénéficient du concours de prêtres et de laïcs extérieurs à notre pays pour que les habitants de nos villes et de nos villages entendent la Bonne Nouvelle, ravivent la foi de leur baptême, et en témoignent. Par toi-même, le chemin néo-catéchuménal, par les familles qui ont quitté leurs sécurités au nom de l’Evangile, nous sommes confortés dans la certitude qu’une vraie joie est accordée au disciple qui quitte tout pour suivre le Christ.

            Amis ici présents, j’ai longuement parlé des prêtres et de leur ministère. Quoi de plus normal au jour d’une ordination presbytérale ? En fait, je n’ai parlé que de vous et pour vous. Un curieux courant de pensée propage trop l’idée que le temps des prêtres est passé et qu’est venu celui de l’investissement des fidèles laïcs. Dans le meilleur des cas, des prêtres devenus rares ne seraient plus que les formateurs et les accompagnateurs qui prépareraient les fidèles laïcs à faire vivre une Eglise sans prêtres. Soyez-en sûrs, même s’ils formeront et accompagneront, Endry et Florentin n’ont nullement l’intention d’être les fossoyeurs de leur propre ministère.

            Le Christ, Jean-Baptiste son précurseur,  n’ont pas été envoyés uniquement pour les prêtres, les diacres, les religieux et les religieuses, les consacrés. Leur mission est remise à toute l’Eglise. Tous les membres du Corps du Christ reçoivent la responsabilité de l’annonce, du partage de la Bonne Nouvelle dans toutes les réalités de la vie. Tous sont préoccupés de l’ouverture du cœur de nos contemporains à l’Amour de Dieu manifesté en son Fils Jésus-Christ. Les familles, les groupes, les paroisses, les communautés, les mouvements, les fidèles pris individuellement ne sont pas de simples assistants ou exécutants, mais d’authentiques missionnaires et collaborateurs. Ils sont reconnus comme tels. Aucun d’entre eux ne pourrait, cependant, discerner authentiquement cet appel et y répondre adéquatement sans l’aide, le soutien et la nourriture des ministres ordonnés.

            

 

L’ordination ne place pas les prêtres dans une situation de supériorité. Ils transmettent tout ce que le Christ, tête de son Corps qui est l’Eglise lui donne pour qu’elle soit « le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain. » Ils sont au service de la sainteté de l’Eglise, de la sainteté de chacun de ses membres, de leur propre sainteté.

            Dans l’exhortation apostolique « La joie et l’allégresse »,le pape François s’adresse à chacun d’entre nous : « Puisses-tu reconnaître quelle est cette parole, ce message de Jésus que Dieu veut délivrer au monde par ta vie ! Laisse-toi transformer, laisse-toi renouveler par l’Esprit pour que cela soit possible, et qu’ainsi ta belle mission ne soit pas compromise ; Le Seigneur l’accomplira même au milieu de tes erreurs et de tes mauvaises passes, pourvu que tu n’abandonnes pas le chemin de l’amour et que tu sois toujours ouvert à son action surnaturelle qui purifie et illumine. »

            Endry et Florentin, vous serez les ministres de cette action surnaturelle qui purifie et illumine. Les baptisés en ont besoin. Le monde en a besoin pour savourer la joie et l’allégresse qui viennent de Dieu.

 

Purifier, illuminer, joie, allégresse. Jeunes présents dans cette assemblée,  si ces mots et la réalité qu’ils expriment résonnent dans votre cœur comme un appel, demandez-vous, si quand vous étiez encore dans le sein de votre mère, le Seigneur n’a pas prononcé votre nom … s’il ne vous a pas façonné pour que vous soyez son serviteur » et sa servante.  C’est alors qu’a débuté la mission particulière de Jean, d’Endry et de Florentin. Et si elle devenait la vôtre ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                       + Jean-Paul JAEGER

 

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