Lettre d'une missionnaire

Courrier reçu de Soeur Marie Agnès, en mission en Côte d'Ivoire

La semaine missionnaire vient de se terminer.

 

Ci-dessous vous trouverez le courrier reçu de Sœur Marie Agnès que bon nombre d’entre vous ont connu sur Arras et Bapaume dans ses différentes activités de religieuse Servante de Marie, œuvrant pour l’ADMR, le catéchuménat, les visites au Centre de détention de Bapaume, etc…

Sa congrégation l’a envoyée en mission, en Côte d’Ivoire, où elle se trouve depuis quelques semaines.

 

 

Chers parents et amis,

 

Jeudi 30/09…ciel clair…l’avion décolle…même si je ressens un pincement au cœur en m’éloignant de ma terre, le trajet me réserve des merveilles à contempler : la plage de Perpignan, l’île Palma de Majorque, la côte algérienne, les monts de l’Atlas, le Hoggar, le grand désert du Sahara, la savane du Burkina et la forêt de la Côte d’Ivoire entrecoupées de cours d’eau et de pistes. 6 heures de vol à 10000m d’altitude. Arrivée à 18 heures pour la Côte d’Ivoire, 20 heures pour la France ; c’est la nuit. Nos sœurs nous accueillent (Françoise, notre 1ére sœur ivoirienne et moi-même) à l’aéroport et nous dormons au Plateau Dokui d’Abidjan, notre 3éme lieu communautaire. Très vite, je me sens dans un monde différent. Les gens grouillent au bord des trottoirs offrant toutes sortes de commerce : chaussures, canapés, portables, boissons. La circulation nous réserve quelque frayeur : ici pas de panneau de signalisation, pas de stop. Chaque taxi (ou bagka bondée )double à droite, à gauche, laissant retentir de vifs coups de klaxon pour nous avertir de leur passage. Ainsi commence l’aventure ivoirienne.

Toupah ! 3000hts est la sous préfecture de la région des lagunes, à 75 kms d’Abidjan, capitale administrative, ville de contrastes : buildings sur le plateau, le quartier des affaires ; bidonvilles à la périphérie où chacun se débrouille pour vivre ou survivre : laveurs de linge, ramasseurs de papiers, mécaniciens, agents de sécurité. Même les enfants vous proposent des sachets d’eau glacée pour gagner quelques sous.

Pour y accéder, vous prenez la route de Grand Lahou en traversant Yopougon, Songon, Dabou, des villes rurales vivantes par leurs petits commerces-la personne ivoirienne a le commerce dans la peau- ici , tout se vend et se marchande. L’état des routes est déplorable : de nombreux nids de poule vous obligent à rouler en zigzags ; des camions sont souvent en panne signalés par des touffes d’herbe sur la chaussée ; des inondations en saison de pluie ; les accidents sont assez fréquents. Vous croisez des plantations d’hévéas qui donnent le latex, des palmiers à huile, des cocotiers, des bananeraies. A l’approche de Toupah, la savane où le villageois va travailler la terre et récolter des ignames, du manioc. Celui qui n’a rien essaie de défricher le bord de la route et tente de semer ou de planter.

Je ne m’attendais pas à trouver une telle pluralité:

 

 

dans l’habitation : un espace en latérite jaune pour dormir tous ensemble sur une natte avec un pagne, quelques bambous abritent le feu où chauffe une marmite. Çà et là, quelques poules, des poussins repérés par le milan et parfois des chèvres. Ici la famille élargie vit dehors et partage sa cour avec d’autres personnes de la même ethnie. Les plus aisés ont des logements en parpaing avec ciment ou carrelage. Les habitations sont regroupées par ethnies : adjoukrou, baoulé, attié, burkinabé, peul, dioula( les plus pauvres), musulman…60 ethnies dans le pays.

 

dans les religions ici présentes au village : protestant, méthodiste, catholique, assemblée de Dieu et autres groupes. La paroisse catholique de Toupah est assurée par 2 prêtres jeunes.

 

des conditions de vie difficiles : peu de vêtement et absence de jouets pour l’enfant ; lourds travaux pour la femme qui parfois est maman dés l’âge de 14, 15 ans.

 

La mission catholique des Servantes de Marie offre à tous :

 un centre féminin, tenu par 3 monitrices sous la responsabilité de Sr Maïté, où la jeune fille peut apprendre la couture sur 3 ans et gagner sa vie.                                                              

des cours d’alphabétisation pour apprendre ou perfectionner le français parlé et écrit.

un service social pour des enfants dénutris accompagnés par 3 éducatrices et dirigé par une sœur

et l’accompagnement en pastorale d’adultes( cellules ecclésiales de base, CEB), de jeunes(les sacrements), le groupe vocationnel à Toupah et dans les villages

présence d’une bibliothèque.

En 1966, la mission a débuté avec un dispensaire et une petite maternité qui sont assurés aujourd’hui par du personnel autochtone.

Notre communauté compte 4 sœurs et Marie Ange : Burkinabée de 24 ans. Notre Cté est la cté du noviciat. Françoise, notre 1ére sœur ivoirienne , professe temporaire de 6 ans est à Adzopé. Marie Thèrèse commence son postulat à Adzopé. Marie Noëlle, notre 2éme sœur ivoirienne, professe temporaire, fait de la théologie religieuse sur Abidjan. Merci de les soutenir dans leur formation par votre prière.

Nous vivons dans un cadre de vie verdoyant, au milieu des orchidées, des flamboyants, des strélysias. Nous savourons de bons fruits : la papaye, l’avocat, la goyave, la mangue, l’ananas, le pamplemousse, l’orange douce. La proximité de la lagune et de la forêt rendent l’air moins sec mais nous attire des bestioles indésirables : les serpents, les margouillats, les colonies de magnans(fourmis carnivores). Je me sens proche du livre de la Genèse qui décrit le bonheur de vivre, que Dieu offre à l’humanité, si elle consent à s’unir à Lui.

En Eglise diocésaine

Le thème de l’année pastorale 2010-2011 : approfondissons notre foi catholique face aux exigences de notre baptême. Ce thème sera développé par temps forts de l’année liturgique.

La CEB est un groupe de chrétiens qui, au niveau familial, se réunissent pour la priére, la lecture de l’Ecriture, la catéchèse ainsi que le partage de problèmes humains et ecclésiaux, en vue d’un engagement commun.

Sur un plan personnel

L’Africain est accueillant, très poli. La gentillesse et l’accueil de la population m’ont touchée avec la « bonne arrivée » ou « akpao ! » auquel vous répondez « yo,o,oooo ! ». Des enfants sont venus spontanément à la porte pour voir la nouvelle sœur…et m’ont fait découvrir la bonne manière de les accueillir : « je suis fatiguée, je veux m’asseoir …j’ai soif ! »

Dimanche après midi avec Sr Maïté, je suis allée au cœur du village et des ruelles visiter le chef du village et d’autres vieux, vieilles, parents de religieuses ou de prêtres. Les enfants accourent vers vous »bonjour la sœur », vous serrent la main ou se blottissent contre vous. Ils sont tous beaux, souriants et attachants.

L’Africain est religieux. La liturgie dominicale manifeste une joie de vivre et de prier le Seigneur par des danses accompagnées du tam- tam et des chants rythmés.

J’ai quelques difficultés pour communiquer avec les mamans. Mon français est compliqué. Heureusement l’éducatrice est là pour traduire ! J’ouvre grand mes yeux blancs d’étrangère pour découvrir et entendre ce qui est exprimé.

Je m’inculture peu à peu. Jusqu’à présent, je supporte bien le climat. Nous sommes en saison de pluie. Février, mars, avril nous donneront les températures les plus élevées : 37°. Actuellement, il fait 30°.

Le rythme de vie est tout autre ici : lever tôt :5h30(messe à 6h15)-la nuit tombe à 18h. Il n’est pas recommandé de circuler le soir.

Ici, on apprend la patience car prendre le temps est important. Çà entre dans la qualité de l’accueil.

 

Ma mission

Je suis appelée à prendre la responsabilité du service social dont l’objectif est

           → de secourir en détresse

           → d’aider toute mère à retrouver confiance en elle-même

          → de rendre « présent et responsable »le père.

8 bébés peuvent être accueillis avec leurs mamans pour des problèmes de malnutrition ou des conseils diététiques. Ces enfants sont suivis par un médecin et un infirmier avec qui nous collaborons. Ces bébés reçoivent une alimentation enrichie et de la spiruline après 6 mois, pour se développer.

Moïse 5 mois ne pèse que 4kg 800 ; Florence 17 mois 6 kg 800 ; Fabrice 8mois 1/2

6kg 100 ; Maurece 2 mois ½ 3 kg 300 ; Romaric 1 an 7 kg .Ce matin, nous avons reçu une maman avec des jumeaux de 2kg100et 1kg 600 !!

La journée est organisée de manière à ce que la maman prenne en charge son enfant, veille sur lui, acquiert des règles d’hygiène et des activités éducatives.

C’est une œuvre qui s’inscrit dans le charisme de notre congrégation, qui se veut proche de la femme et de l’enfant blessés.

A partir de 10h, nous recevons les petits enfants des villages qui sont suivis par le service.

Je vais m’engager dans l’alphabétisation des mamans 2fois/semaine de 15hà 17h. Nous aidons 4 groupes de niveaux différents.

Je vais prendre contact avec la CEB ST Paul et accompagner Sr Maïté dans les assemblées de prière dans les villages, le dimanche matin.

En catéchèse, je voudrais soutenir un grand jeune pour m’apprivoiser avec le programme et la méthode.

Je voudrais terminer ces nouvelles en vous livrant 4 petites perles :

« L’enfant est la parole du couple. »

« Ton bébé chauffe ? »( a-t-il de la fièvre ?)

« Ma sœur, prenez soin de ma femme comme d’un œuf. Ma femme, je l’aime ! Ne soyez pas dure avec elle, elle n’a jamais été à l’école. »

« Sr Marie-Agnés, c’est une pure française. Çà se voit. Elle a la peau très blanche. Elle a de quoi faire pour nous ressembler ! »

 

Nous sommes en période électorale. Le 31 octobre sera un grand jour pour les Ivoiriens. Les cartes d’électeur et d’identité sont distribuées. Prions pour l’avenir de ce pays qui a besoin de paix et de stabilité.

Je vous assure de ma prière et vous embrasse fraternellement.

 

Mes coordonnées :

Sr Marie Agnés Corroyer

Mission catholique de Toupah             maci62@hotmail.fr       tél : (0025)23 57 28 59

BP306                                                                                         

DABOU

RCI                                                                      Toupah, le vendredi 15 octobre 2010                Marie-Agnés

 

Article publié par Pierre Morelle - Notre Dame de Pitié du Pays de Bapaume • Publié • 3581 visites