Verbum Domini la Parole du Seigneur

Exhortation apostolique de Benoit XVI, suite au synode d'octobre 2008

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L’exhortation apostolique post-synodale est un exercice du pape, qui rédige ce document où il exprime les conclusions qu’il tire après un synode d’évêques sur un sujet précis. Le 30 septembre 2010 Benoit XVI a signé le document Verbum Domini (la Parole du Seigneur). L’exhortation est mise sous le patronage de saint Jérôme, grand exégète et initiateur de la Vulgate (traduction latine de la Bible, toujours en vigueur dans l’Eglise latine).


L’exhortation Verbum Domini a reçu un accueil très favorable auprès d’innombrables commentateurs. Les interventions des évêques du synode en octobre 2008, furent d’une haute tenue. Le document n’est pas une apologie de l’exégèse, mais une invitation à replacer la Parole de Dieu au centre de l’existence croyante, comme source de la prière, de l’enseignement et de l’agir des chrétiens. A de nombreuses reprises nous avions pu entendre les premières ligne de la Constitution Dei Verbum de Vatican II : “Dans cette révélation le Dieu invisible s'adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu’à des amis ; il s'entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie » §2.

 

La parole de Dieu, parole de vie La parole de Dieu, parole de vie  Présentation succincte

 

Dans ce document, « Benoît XVI invite les "évêques", le "clergé", les "personnes consacrées" et les "laïcs" à "redécouvrir le caractère central de la Parole divine dans la vie chrétienne". Parmi les thèmes abordés dans ce document de 200 pages : la liturgie de la Parole, l'élaboration des homélies, le chant, le rôle des laïcs, l'héritage commun avec le judaïsme, le dialogue interreligieux ou encore le rapport avec la culture.

 

Le document souligne la dimension trinitaire de la Révélation et explique le lien entre Ecriture et Tradition mais aussi la question de l'inspiration et de la vérité biblique. La réponse de l'homme à ce Dieu qui parle, occupe le second chapitre : "L'homme est appelé à l'alliance avec son Dieu, qui l'écoute et répond à ses questions. Dieu parle et l'homme lui répond par la foi". Le troisième chapitre est consacré à la lecture, l'explication et l'interprétation des textes de l'Ecriture Sainte dans l'Eglise : "le lien vital entre l'Ecriture Sainte et les sacrements, en particulier, l'Eucharistie" y est réaffirmé. "La Parole de Dieu dans la vie ecclésiale" est traitée sous ses différents aspects dans le dernier chapitre.


En conclusion, le Saint-Père réitère l'exhortation à tous les chrétiens de s'engager à se familiariser davantage avec l'Ecriture. C'est ce que pour sa part le diocèse propose de diverses manières: "Graines de Parole", "Dimanche : Parole en fête" ou "les maisons d'Evangile".

 

Commentaire paru dans "La Vie":

 

Verbum Domini Verbum Domini   Deux ans après le synode sur la parole de Dieu, le pape publie une exhortation fidèle à son credo sur l'enrichissement mutuel entre foi et raison. Benoît XVI exalte et recadre la lecture de la bible.

 

C'est un monument d'équilibre. Les 200 pages du dernier document du pape, intitulées Verbum Domini et publiées le 11 novembre 2010, sont davantage qu'une « exhortation post-synodale » rebondissant sur les travaux de la réunion des évêques d'octobre 2008, consacrée a la parole de Dieu. Elles composent une grande fresque des défis à relever par le catholicisme contemporain.
Le leitmotiv majeur est un plaidoyer pour que le travail sur la Bible ne soit jamais déconnecté ni de la prière, ni de la longue tradition de l'Eglise. Sont ici vises les exégètes tentés de travailler en roue libre par rapport au magistère ou de se réfugier dans le tout intellectuel. Nous ne pouvons jamais lire seuls l'Écriture. Nous trouvons trop de portes fermées et nous glissons facilement dans l'erreur », avertit le pape au passage. Mais pas question que le spirituel envahisse tout, en particulier dans les séminaires où l'attention à la lecture priante de l'Écriture ne doit en aucun cas alimenter une dichotomie par rapport à l'étude exégétique». Fidèle à son credo sur l'enrichissement mutuel entre foi et raison, Benoit XVI insiste sur la nécessité du travail historico-critique. À cet égard, il loue Pie XII, qui, par son encyclique de 1943 (Divino afflante spiritu), a répondu « aux attaques des partisans d'une exégèse soi-disant mystique qui refusait toute approche scientifique ». Cette dernière doit cependant se nourrir de contemplation. "L'homme, après avoir écouté et reconnu la parole de Dieu, doit aussi se mesurer à son silence"


Conséquence de cette posture, Benoît XVI n’épargne pas son pire ennemi, le fondamentalisme. Il fustige « la prolifération des sectes qui répandent une lecture déformée et instrumentalisée de la Bible » et pourfend ceux qui favorisent « des interprétations subjectives et arbitraires », dont le « littéralisme représente une trahison aussi bien du sens littéral que du sens spirituel» des Écritures... « Le fondamentalisme n'arrive pas à reconnaitre que la parole de Dieu a été formulée dans un langage et une phraséologie conditionnés par telle ou telle époque. » Une charge contre les néoprotestants évangéliques qui n'empêche pas Benoit XVI, une page plus loin de louer les traductions œcuméniques de ma Bible.


Joseph Ratzinger réserve aussi quelques banderilles aux catholiques. Dans le collimateur, les « révélations privées » des fidèles revendiquant des expériences mystiques, auxquelles les croyants sont « autorisés à adhérer de manière prudente », et seulement si elles sont approuvées par l'Eglise. Le pape regrette aussi les « homélies vagues et abstraites, qui occultent la simplicité de la Parole de Dieu, et aussi les divagations inutiles qui risquent d 'attirer l'attention plus sur le prédicateur que sur la substance du message évangélique »


Plus loin. il secoue ses pasteurs : Là où les fidèles ne se forment pas à une connaissance de la Bible selon la foi de l'Eglise dons le creuset de la tradition vivante, on laisse de fait un vide pastoral dans lequel les sectes peuvent trouver un terrain pour prendre pied. » En finale, le document insiste fermement sur la dimension missionnaire de l'annonce « explicite » de la Parole, y compris dans des contextes on l'on risque la persécution... «Aucun croyant dans le Christ ne peut se sentir étranger à cette responsabilité. En aucune façon, l'Eglise ne peut se limiter à une pastorale de "l'entretien” en faveur de ceux qui connaissent déjà l'Evangile. Jean Mercier. La Vie, 18.11.2010.
 

Commentaire de Mgr Giraud

 

Ci-dessous, le fichier .pdf  sans les références. Lire le texte de Mgr Giraud avec références). On lira avec intérêt la lettre de Mgr Jaeger pour le N°20 d’Eglise d’Arras du 3 décembre 2010

 

Une histoire sinueuse des rapport de l'Eglise catholique à la Bible.

 

Une profonde déchirure s'était produite dans la chrétienté, concernant la lecture et l'interprétation des Ecritures, après l'invention de l'imprimerie et la publication d'une première Bible en langue allemande. Devant l'utilisation qu'en avaient fait les courants issus de Luther et de Calvin, une réaction d'opposition a grandi dans l'Eglise catholique. La contre-Réforme et le concile de Trente avaient confié exclusivement aux clercs la lecture et l'interprétation de la Bible. 

 

Puis, aux XVIII et XIXème siècles, l'essor de la philosophie, l'émergence des sciences humaines (histoire, archéologie, histoire comparée des religions, egyptologie, etc...) avait amplifié un courant de défiance de l'Eglise catholique devant tout ce qui contestait la doctrine communément admise alors. Au début du XXème siècle, le 3 juillet 1907, Pie X publiait un second syllabus, le décret Lamentabili.

 

Dans le décret Lamentabili, Pie X condamne les principales erreurs du modernisme, L’Eglise réprouve et proscrit telle et telle proposition… Suivent alors 65 propositions, présentées de formulation négative et condamnées. Parmi elles, les articles 9 à 26 condamnent plusieurs affirmations concernant l’inspiration divine, la rédaction des textes, la lecture et l’étude des saintes Ecritures. Dans les articles suivants, le refus d’enseigner l’histoire (histoire des Ecritures, histoire des dogmes) peut apparaitre comme refus de l'Eglise contre les sciences naissantes concernant l’histoire de l’humanité et des civilisations. Ce décret Lameentabili se situe dans la ligne des documents anti-protestants du XVIIème siècle inaugurée au Concile de Trente avec la contre-Réforme.

Ce second Syllabus a favorisé chez les chrétiens un certain fondamentalisme (refus des sciences et de l'interprétation nécessaire) contre lequel Benoit XVI réagit vigoureusement (§ 36-38; 44). Le décret de Pie X avait été reçu comme un coup de frein à l’étude de la Bible, au dialogue, parfois violent et douloureux, avec les sciences humaines alors en plein essor. Il faudra attendre Divino afflante de Pie XII pour voir une certaine ouverture. Une plus grande liberté dans la communication des recherches existe depuis Vatican II, mais de nombreux rappels à l’ordre ou méfiances ont montré que c’était une liberté très surveillée (On peut relire l’interview de l’abbé Michel Delval dans la page http://arras.catholique.fr/page_ln-16486.html
 Page associée: la lecture fondamentaliste de l'Ecriture

 

Cent ans après le décret Lamentabili, voici donc un document d’ouverture au sujet de la lecture et de l’interprétation de l’Ecriture par et pour l’ensemble du Peuple de Dieu, prêtres et laïcs.
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 6859 visites