Le carême 2016 avec le CCFD

Réflexion; tenture;

 

Careme-2016-CCFD Careme-2016-CCFD  Un récent éditorial d’une revue chrétienne titrait : “Inégalités : toujours plus !”. L’auteur, Jean-Pierre Denis, relevait que les écarts ne cessent de se creuser, entre riches et pauvres dans bien des pays, mais aussi entre pays riches et pays pauvres. Il citait un rapport d’Oxfam, ONG britannique : “Les 62 individus les plus riches de la Planète possèdent autant que les trois milliards et demi les plus pauvres”.

Les structures économiques et politiques qui gèrent l’organisation du monde ont déjà été épinglées par Jean-Paul II (sollicitudo rei socialis n°36) et par le pape François, qui détaille les points sur lesquels l’humanité doit changer son credo économique (cf. La joie de l’Evangile ; Laudato si !). Il n’est pas vrai, affirme-t-il, que l’augmentation des richesses redescende en pluie bienfaisante sur toute l’humanité. Les analystes économiques pointent la carence d’un réel pouvoir politique mondialisé, ce qui laisse chacun libre se ses choix en toute a-moralité et pour son propre bénéfice. On ne peut vivre ensemble que dans un état de droit qui définit les règles du jeu. Sans ce ‘tiers sans visage’, que constituent les règles définies, il n’y a pas de liberté.  La publication de la fondation abbé Pierre révélait l’augmentation du nombre de personnes sans toit ou vivant ou des conditions de logement déplorables. L’aide aux migrants reconnait être sans nouvelles de près de 10.000 mineurs réfugiés. On pourrait remplir cette page de faits regrettables. Est-ce les traces de la postmodernité ? Pourtant des hommes et des femmes de bonne volonté œuvrent pour que vienne un monde autre, où tout le monde soit rassemblé sur la montagne du Seigneur, comblé de bienfaits du Seigneur (le festin pour tous les peuples, Isaïe 25,). Actions individuelles et actions collectives sont convoquées au chevet de l’humanité souffrante.

 

Avec la collégialité du CCFD

Logo CCFD-2 Logo CCFD-2  Depuis de nombreuses années, les évêques ont confié au CCFD-Terre solidaire de provoquer le regard des chrétiens, leur réflexion et leur action sur “Ici et là-bas”. Ce sont vingt neuf mouvements et services d’Eglise qui participent aux orientations et à l’animation du CCFD-Terre Solidaire, qui soutiennent l’espérance. Le temps du carême est perçu comme un temps favorable où, dans la durée, il est possible pour les communautés de s’assembler dans la prière et dans l’action. Une conception de la solidarité internationale est proposée, où se développe une mondialisation de la fraternité et des actions en partenariat. Un livret est proposé pour l’animation communautaire ou personnelle. Le support visuel est constitué par une tenture artistique où contemplation et réflexion spirituelle peuvent aider au discernement et à l’action.

 

La tenture qui est proposée à la méditation cette année est d’une facture toute différente des années précédentes. L’artiste qui l’a réalisée, Jean-Robert de Paquale, dit Jr di Casa est né en 1961 à Casablanca. La commande qui lui était proposée en grand format, était de peindre “la rencontre de soi, de l’autre et de Dieu”. Le rythme des cinq semaines ou étapes  de carême ouvrait la méditation sur différentes thématiques : “partir, s’ouvrir à l’étranger, partager ses doutes, repartir changé, se reconnaître aimé”. Cette thématique est relayée à chaque page du livret personnel : “Chemin de vie, chemin de foi, chemin vers l’essentiel”.

 

La tenture

La tenture, tout à la fois abstraite et semi-figurative, laisse à chacun la liberté de nommer, de désigner telle particularité de l’œuvre. Ainsi, pour le personnage qui se profile au bas de l’image, compte tenu du thème “partir”, nous l’identifierions sans doute à Abraham ! Mais la figure ne pourrait-elle pas aussi inviter à méditer sur le Christ au désert après le baptême ? Ou se remémorer telle personne en recherche d’un groupe d’accueil ? Peut-être aussi est-ce chacun de nous, invité à rejoindre une foule immense qui chemine entre lumière et obscurité, entre forêt, rocaille et avancée vers le col par un chemin de montagne.

 

La dimension communautaire

Sans doute le mot communauté est-il trop utilisé de nos jours pour qu’on en saisisse l’importance, la dimension indispensable à tout individu croyant. Le groupe des Douze apparait bien comme une communauté qui se constitue peu à peu à l’initiative de Jésus, au long de l’Evangile. Cette communauté n’est pas un espace clos : on y entre, on en sort en toute liberté, au point qu’on ne sait pas toujours comment différencier la foule, les douze et les soixante douze. Les baptisés de la Pentecôte ne sont-ils pas la communauté des croyants qui grandit au souffle de l’Esprit ? Parmi les caractéristiques de l’œuvre de Jésus on retiendra son souci de restaurer les liens, de réintégrer les exclus, de poser des gestes de guérison-réintégration. A la suite du Christ il nous revient de continuer cette attitude, d’aller aux périphéries, de rejoindre les pauvres et les exclus. C’est une des relectures possibles de la tenture : un homme seul, au loin une foule. La tentation, c’est celle du repli, de l’enfermement, tentation que l’on retrouve au soir de Pâques quand les disciples vivent repliés sur eux-mêmes dans un espace clos, alors que le Christ attend d’eux qu’ils avancent au large, en eau profonde (Duc in altum, Luc 5,4). Ce peut être une tentation pour les chrétiens du XXIème siècle, minoritaires dans une marée d’indifférence, alors qu’ils sont appelés à développer, à faire croître la (les) communauté (s).

 

Notre bien commun

50510_bien-commun_440x260 50510_bien-commun_440x260  Dans la plaquette intitulée “Notre bien commun”**, les évêques de France ouvrent quelques chapitres autour de la politique, du travail, de la propriété, des styles de vie, des familles, des migrations. Leur objectif est de mieux faire connaître la pensée sociale de l’Eglise pour la mettre en pratique. Ils rappellent notre vocation à la fraternité universelle. Ce n’est pas un parcours individuel, mais une invitation aux communautés (aux groupes chrétiens) à vivre leur présence au monde comme un lieu où se joue quelque chose du “oui” qu’ils peuvent adresser au Christ. La dimension sociale de l’existence croyante, parfois mise sous le boisseau à la fin du XXème siècle, est redevenue une insistance évidente dans la pensée du pape François : “Non à une économie de l’exclusion” Evangelii Gaudium n° 53. En utilisant l’expression ‘notre terre à tous’, dans Laudato si, il insiste sur les liens qui doivent unir chacun à toute l’humanité. Même l’écologie est ne question sociale. “L’homme et la femme du monde post-moderne courent le risque permanent de devenir profondément individualistes, et beaucoup de problèmes sociaux sont liés à la vision égoïste actuelle axée sur l’immédiateté…” Laudato Si n°162 Le bien commun, c’est le bien de nous tous écrivait déjà Benoît XVI (Caritas in Veritate n°3). On ne fait pas communauté aux dépens des autres, ou contre les autres.

Faire communauté oblige à se sentir responsable de l’autre. Faire communauté, c’est apprendre à articuler le singulier, le particulier et l’universel. La pensée sociale de l’Eglise développe les principes qui peuvent favoriser la croissance, et de l’individu et de la communauté. En ce sens, nous pouvons relire les paraboles du Royaume et de la croissance.

 

Un carême en chemin

En contemplant la tenture, nous découvrirons des zones d’ombre, d’autres de lumière. Ne sommes-nous pas appelés à nous mettre en route, à choisir d’aller à la rencontre du Seigneur et de nos frères et sœurs en humanité ? Ne sommes-nous pas invités à partager notre foi et nos doutes : chemin de montagne, fait d’ombres et de lumière, que la lecture où l’écoute des textes d’Ecriture peuvent nous aider pour discerner le passage du Seigneur au milieu de nous.

 

Dans le livret “chemin vers l’essentiel”, disponible gratuitement auprès de la délégation du CCFD, les cinq étapes sont illustrées par un zoom sur une parcelle de la tenture. Chaque étape se décline autour de cinq titres : partir, s’ouvrir à l’étranger, partager ses doutes, repartir changé, se reconnaître aimé. A chaque fois, en vis-à-vis, est proposé un texte de l’Ecriture, accompagné d’une parole d’aujourd’hui (cardinal Sarr, frère Roger Schutz, frère Christophe de Tibhirine, ou Luther King). A chaque fois aussi, quelques questions sont proposées pour aider à l’intériorisation. Enfin, quelques phrases nous sollicitent pour un “Agir” ; c’est l’invitation à poser un acte concret.

 

Diverses propositions d’animation sont encore proposées dans le dossier d’animation “Vivre le carême 2016”, par exemple : “un midi de prière et de jeûne”, un temps pour “contempler la tenture” et méditer sur un fond musical. Ou encore : “méditer sur les évangiles des 4 et 5èmes dimanches de carême”, ou encore nous éveiller “à partir de nos cinq sens” : l’ouïe, la vue, le goût, le toucher, l’odorat. Une autre méditation est proposée à partir du jubilé de la miséricorde autour de “se reconnaître aimé”.

 

Individu et société, est-ce un dilemme ? On ne peut vivre ensemble que dans un état de droit qui définit les règles du jeu. Sans ce tiers sans visage, il n’y a pas de liberté. Or c’est cela même que rejettent les économies de type anglo-saxonnes. Ce que d’aucuns appellent crise de société n’est-ce pas la conséquence d’un choix de société où l’autre n’est rien ? Il nous appartient, avec d’autre de faire qu’il soit quelqu’un debout et qui se reconnaisse aimé de nous et de Dieu

 

** Un deuxième fascicule “Notre bien commun 2 + DVD paraitra le 17 mars  aux éditions de l’Atelier

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