Karla Molina, du Nicaragua, à Molinghem

Soirée à l'initiative du CCFD

 
Soiree Karla CCFD - Soiree Karla CCFD -  Chaque année, le CCFD invite un partenaire, témoin des conditions de vie d'un pays ou d'un peuple. Cette année, le thème choisi est le Nicaragua. Le CCFD a invité Karla Molina, une jeune jociste nicaraguayenne qui connaît parfaitement la condition ouvrière de son pays. Elle a terminé son périple dans le Pas-de-Calais par Molinghem, à l’invitation des paroissiens du Pays-de-la-Lys.
 

Un pays peu connu : le Nicaragua

Le Nicaragua a une population très jeune. 70 % des Nicaraguayens ont moins de 30 ans.

C'est aussi un pays très pauvre. Son produit national brut se situe au 120ème rang mondial, sur 177. La pauvreté se concentre surtout dans le milieu rural. Les paysans sont en moyenne cinq fois plus pauvres que les citadins.
Le salaire moyen est d'environ 1900 cordobas, soit 90 $. Ce salaire ne permet pas de couvrir les besoins d'une famille. 60 % des jeunes sont sans travail. La majorité d'entre eux souhaite s'expatrier vers le Costa Rica, le Salvador ou les États-Unis. Il faut sans doute rapprocher cette situation au problème de violence qui gangrène le quotidien du Nicaraguayen. La drogue et l'alcool assombrissent encore plus le tableau. Pour ne rien arranger, les médias renforcent l'ambiance d'insécurité. Cette violence touche surtout les femmes. Les jeunes filles se retrouvent souvent mères isolées dès l'âge de 14 ans. Les femmes sont également victimes d'un machisme qui les isole de nombreux emplois et services.
En milieu urbain, les femmes ont entre trois et six enfants. En milieu rural, elles peuvent avoir jusque quinze enfants.
 

L'intérêt et le poids des maquilas

Pour palier le problème de l'emploi, le Nicaragua a introduit la notion de zone franche, appelée maquila. Il s'agit en fait d'une zone de non-droit où le droit du travail et la dignité de l'homme sont totalement ignorés. La maquila est un complexe industriel entouré de barbelés qui laisse l'impression de ghetto. Outre les installations industrielles, on y trouve banque, casino, commerces… Pour l'image de marque, il y a une garderie mais elle est symbolique et les mamans ne peuvent en général pas trouver de place pour leurs enfants. Elles sont pourtant les bienvenues dans les maquilas, mais a des salaires minimisés.

 

Il y a environ quatre-vingt maquilas au Nicaragua. Ils ont créé 85000 emplois. Ils accueillent des entreprises étrangères (chinoises, américaines, Coréennes…) qui ne payent ni impôt, ni taxes sur les services. Elles échappent même aux taxes douanières. Elles ne subissent ni contraintes environnementales, ni contraintes sociales. Les syndicats, bien que reconnus par la loi nicraguayenne, y sont proscrits, sauf les syndicats dits blancs, mis en place par les patrons. Un syndicat ne peut être constitué que s'il est composé de 30 membres. Si un syndicat parasite apparaît, les patrons tentent d'acheter suffisamment de travailleurs pour faire baisser le quota légal. Les syndiqués sont inscrits sur une liste noire qui circule entre les maquilas et qui interdit toute embauche après licenciement.
Les enfants y sont exploités bien que la loi nicaraguayenne interdit le travail des moins de 18 ans. Seulement 14 % des travailleurs ont plus de 36 ans. Les ouvriers sont constamment contrôlés. Même la fréquence d'utilisation des toilettes est limitée à une visite par jour ! Le travail est répétitif. L'aération des bâtiments n'est pas jugée utile. La pause repas est de 20 minutes, ce qui fait l'affaire des sandwicheries installés à l'extérieur dans des conditions d’hygiène parfois douteuses.
 

Les ouvriers nicaraguayens disposent de peu d'armes pour dénoncer leurs conditions de vie. La Joc nicaraguayenne s'est introduite parmi les jeunes travailleurs. Elle leur apprend à s'exprimer sur leurs expériences de travail en maquila, en travail domestique ou travail au noir. L'objectif des jeunes jocistes n'est pas de faire disparaître les maquilas et les emplois qu'ils apportent, mais de faire respecter le droit des travailleurs. Ils ont ainsi accompagné des syndicalistes licenciés et obtenu des accords avec certaines entreprises.

 

Ici et là-bas, au-delà de l'émotion

 
L’intervention de Karla a laissé une forte impression. Elle a décrit une réalité nicaraguayenne méconnue de ce côté-ci de l'Atlantique. Elle a ému, étonné, voire révolté son auditoire. Pourtant, elle n'employait ni ton révolté, ni phrase assassine. Au contraire. Elle a toujours montré un large sourire. Plusieurs participants lui ont fait la remarque. Elle répondait par un sourire…
 
À la fin de l’intervention de Karla, Lily Boillet a été invitée à présenter Terre d’Errance. C’est une association qui a été créée après la destruction du camp de réfugiés installé sur le territoire de Norrent-Fontes en décembre dernier.
 
Jean Capelain

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 4443 visites