Réflexion théologique de Guy Aurenche

J’ai eu faim et vous m'avez donné à manger

Introduction à la contribution théologique du CCFD, par Guy Aurenche, pour Document épiscopat (1-2012)Donnez-leur voous-même à manger Donnez-leur voous-même à manger  

 

« J’ai eu faim et vous m'avez donné à manger [...]» (Mt 25,35-42). Tout au long de la Bible la question de la faim éprouvée par des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, est présente.

 

Comme s'il y avait là un souci pour les humains et un souci pour Dieu. Jésus va même jusqu'à s'identifier aux affamés. Aujourd'hui près d'un milliard d'êtres humains souffrent gravement de malnutrition. Au cœur de son action et plus spécialement à l'issue du 50ème anniversaire de sa création par les responsables de l'Église de France, le CCFD-Terre solidaire est légitime à vouloir relire un peu de son histoire, dans une perspective théologique. Nous proposons un document invitant à la réflexion et à la discussion.

 

Cette initiative prend d'autant plus de sens à l'heure où l'Église de France se mobilise en vue de Diaconia 2013. Toutes les composantes de l'Église (diocèses et paroisses, services, mouvements, congrégations et organismes) sont invitées à réfléchir et rendre compte concrètement du service du frère qu'il soit proche ou lointain. Ce document sera donc une première contribution du CCFD-Terre solidaire en vue de cet événement dans lequel il souhaite s'inscrire avec force.

 

Oser relire l'intuition fondatrice du CCFD-Terre solidaire, son histoire et son action présente dans une perspective théologique, c'est mettre en œuvre une réflexion humaine sur la foi chrétienne. Une foi qui est à l'origine d'une espérance qu'un autre monde aux couleurs de l'Évangile est possible. Une foi qui suscite des pratiques de solidarité qui dépasse les différences ethniques, culturelles et sociales. C'est en croyants qu'agissent les membres du CCFD-Terre solidaire. Ils vivent la reconnaissance de la présence de Dieu au cœur des partenariats (près de 430 dans 65 pays du monde), comme dans le souci de l'éducation au développement, et les propositions faites pour influencer les décideurs politiques, économiques et financiers afin de construire une terre où la faim ne déshumanisera plus!

 

Si la démarche théologique commence par entendre la parole de salut contenue dans l’Ecriture sainte, elle est aussi communication. Paroles sur Dieu et de Dieu à travers les gestes d’accompagnement de tant de groupes qui n'acceptent pas l'inacceptable du mal développement. Paroles sur Dieu et de Dieu que la volonté de nouer des alliances au-delà, — voire au cœur — de la diversité de nos histoires, de nos cultures et de nos religions. Paroles sur Dieu et de Dieu que ce « pain » partagé pour tous et avec tous.

 

  • La démarche théologique est une démarche plénière. Elle ne se limite ni aux discours ni aux slogans. Elle est action, elle est prière, elle est cri, elle est parfois silence lorsque la douleur et l'incompréhension se font trop pesantes.
  • La démarche théologique, nous le savons, est dérangeante. Elle bouscule certaines des « images » que nous nous dessinons de Dieu, comme si nous pouvions prétendre le posséder. Elle dérange car elle nous dit a la fois la proximité de Dieu, vivant a travers les joies et les peines des hommes de ce temps, et en même temps l'au-delà de Dieu qui invite a la conversion, aux déplacements et a l'approfondissement des raisons et des modalités de l'action.
  • La démarche théologique est un don. Parole donnée aux hommes pour les inviter a rentrer dans une relation d'amour qui donne a la vie sa pleine dimension.

Le monde de ce début du XXIe siècle est plus que jamais bousculé par le défi de l'altérité. Altérite des autres peuples avec lesquels chacun se trouve de plus en plus lie. Des autres pensées qui questionnent toute approche de la vérité. Des autres manières de vivre qui invitent les plus riches, et chacun de nous, a retrouver le chemin du partage. En même temps, l'univers connait pour la première fois l’urgence de dire universellement la dignité de chaque personne, de ses droits et de ses devoirs. Enfin, au cœur de l'angoisse de la faim et du mal développement qu’ils maitrisent si mal, les hommes et les femmes de ce temps découvrent avec stupeur que les ressources de la terre sont limitées, et qu'elles doivent être partagées.

 

Au cœur de ces refus de l'autre, voici qu'une Parole nous est offerte, une injonction ou une invitation est adressée à tous les hommes de bonne volonté : « Donnez-leur vous-mêmes manger ! ». La compassion de Jésus-Christ pour ces foules affamées rejoint les soucis de nos contemporains. Son invitation, face à la sidération des disciples qui ne savent comment s'y prendre, rejoint les tâtonnements de notre humanité qui se fixe régulièrement des objectifs qu'elle ne parvient pas a atteindre car elle ne prend pas les décisions qui s'imposeraient.

 

Jésus nous renvoie bien à notre responsabilité. Dans l'encyclique La charité dans la vérité, le pape Benoît XVI redit l'urgence et l'importance fondamentale de cette démarche: « Donner à manger aux affamés (cf. Mt 25) est un impératif éthique pour l'Église universelle, qui répond aux enseignements de solidarité et de partage de son fondateur, le Seigneur Jésus. » La parole de Jésus est d'abord un encouragement, une manifestation de la confiance qu'Il éprouve à l'égard de ceux qui s'engagent dans la construction d'une terre sans faim.


Oui, la démarche théologique a bien toute sa place au cœur de l'action pour la justice et la solidarité.
 

Guy Aurenche
Président du Comité catholique contre la faim
et pour le développement (CCFD-Terre solidaire)

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 1048 visites