Témoignage de Seng Sin en Birmanie

Le CCFD propose un soutien à l'association d'aide aux émigrés de Thaïlande-Birmanie

CCFD-Birmanie CCFD-Birmanie  A la demande du  groupe CCFD d’Arras, la Maison diocésaine reçoit ce soir Seng Sin, d’origine birmane et porte - parole de Kwat, association basée dans le nord de la Thailande et soutenue par le CCFD. Quelle surprise en voyant arriver cette jeune femme élégante dans son trench beige, son ordinateur sous le bras ; Camille, son interprète l’accompagne.

 

Après avoir présenté géographiquement la Birmanie, Guy Jovenet, aumônier du CCFD invite Seng Sin à prendre la parole.

 

  • S. Je suis originaire de l’état Kachin, région du Nord de la Birmanie aux confins de la Chine et de l’Himalaya ; je vis en Thaïlande où je m’appelle Seng Sin, car j’ai encore peur d’utiliser mon vrai nom
     
  • G. Combien de langues parlez-vous ?
    S. En Birmanie, chaque ethnie a sa propre langue ; je parle la langue de mon mère, celle de ma mère, le thaïlandais, le birman, le chinois et l’anglais.
     
  • G. Pourquoi résidez-vous en Thaïlande ?
    S. En 2006, j’ai voulu partir en Thaïlande pour comprendre tout ce qui relève de l’égalité entre Hommes et femmes ; mais je suis fière d’appartenir à l’ethnie Kachin, cette région est un lieu stratégique, riche culturellement, avec des leaders forts dans les villages.
     
  • G. Parlez – nous de Kwat.
    S. En Birmanie, sous la dictature, les minorités ethniques étaient marginalisées d’où des difficultés économiques et sociales ; beaucoup d’habitants ont fui en Thaïlande espérant trouver de meilleures conditions pour faire vivre leur famille. Les premières victimes sont les femmes migrantes ; c’est à Chang Mai qu’est né en 1999 le mouvement Kwat : Kachin Women’ Association Thailand.
     
  • G. Quels sont vos objectifs ?
    S. Promouvoir les droits  de ces femmes migrantes en Thaïlande, les pousser à participer à la vie politique et s’impliquer dans le processus de paix. Kwat compte 105 membres dont 40 employés, une équipe de direction et des volontaires provenant surtout du Royaume Uni.
     
  • G. Quelles sont vos ressources ?
    S. D’une part la vente de produits artisanaux pour l’aide aux migrantes. D’autre part le soutien de plusieurs donateurs et parmi eux le CCFD.
     
  • G. A quels programmes ces financements sont-ils affectés ?
    S. Nous menons de front plusieurs programmes et parmi eux la santé, la lutte contre les trafics humains, les actions de plaidoyers au niveau local et international ; le CCFD  s’investit auprès des jeunes avec des stages de formation de formateurs, il s’agit de les aider à acquérir leur autonomie politique ; en Birmanie, ce sont des programmes de formation professionnelle avec organisation de forums dédiés aux femmes.
     
  • G. Pourquoi ce programme antitrafic d’êtres humains ?
    S. Deux membres de l’association sont allées voir ce qui se passe à la frontière nord du Kachin ; des femmes passent en Chine de manière illégale ; puis elles sont vendues, mariées de force ou vouées à la prostitution.
    A leur retour à KWAT , ces deux témoins ont alerté l’association sur cette réalité : comment informer les femmes Kachin avant qu’elles ne soient victimes de ces trafics. Maintenant des lois interdisant le trafic de femmes existent en Birmanie. Aux migrantes qui rentrent au  Kachin, nous proposons une formation professionnelle : informatique, langue anglaise, planning familial, hygiène et santé surtout dans les régions frontalières éloignées des centres urbains.
     
  • G. Pensez-vous retourner vivre en Birmanie ?
    S. Je retourne là-bas une fois par an ; je souhaiterais pouvoir y demeurer ; cependant des libertés restent limitées, par exemple l’accès à internet et aux médias est en partie verrouillé. Pour le moment, j’ai un visa étudiant  qui me permet de vivre en Thaïlande.

Merci de votre accueil, je ne voudrais pas que vous restiez sur une impression de tristesse et je vais vous montrer à quel point  notre pays Kachin est beau et plein de jeunesse et de gaieté.

Les montagnes couvertes de neige, les vallées verdoyantes, les impressionnantes troupes de danses : autant d’images pour nous convaincre que Sen Sin doit  souffrir en secret de devoir vivre en dehors de son pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 1059 visites