Semeurs de solidarité-3ème dimanche-justice

            Les catastrophes et les grands malheurs interrogent  depuis toujours les contemporains. L'évangile de Luc s'en fait aujourd'hui l'écho, et porte une question  qui taraudait l'époque : sont-ils coupables ceux qui périssent? 

L'idée d'une relation entre le malheur et  le péché  était alors répandue; on la retrouve ainsi  chez Jean  dans l'épisode de l'aveugle-né, quand les disciples interrogent Jésus  : "qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents ?".  Il en subsiste des échos aujourd'hui  dans certains manières de dire  -  "mais qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu?" -  et parfois de penser   nos misères... ou celles des autres !  

            Et voici que le Christ récuse avec force -"non, je vous le dis"-  tout lien entre le sort des malheureuses victimes et une culpabilité secrète que Dieu sanctionnerait...

 

            Ce faisant, Jésus renvoie les hommes à leur liberté et à leur responsabilité. Il interroge  les ressorts de leurs comportements et les conséquences de leurs propres actes.

S'il ne doit rien à une punition divine, le massacre des pèlerins galiléens en dit long  sur la cruauté de Pilate et son obsession sécuritaire. L'effondrement de la tour de Siloé a probablement beaucoup à voir avec son ancienneté, et un éventuel défaut d'entretien qui l'exposait aux effets  d'une secousse sismique.

            Notre monde n'est pas différent... et les exemples viennent sans peine, qui nouent le malheur et la mort à nos propres errements. Construire n'importe où au mépris des risques, par appât du gain ou calcul politique, expose encore  à des événements funestes, avec leur cortège de personnes noyées dans une maison inondée ou ensevelies sous l'avalanche. La faim et la malnutrition  ne cèdent  pas quand prospèrent  l'accaparement des terres ou la spéculation sur les produits alimentaires, afin de  satisfaire les appétits ou les ambitions sans bornes de quelques-uns. Les travailleurs pauvres ne sont pas à l'abri d'une catastrophe comme celle du Rana Plaza[1] tant que les grandes marques internationales traînent les pieds face à leur responsabilité sociale et écologique -ou celle de leurs filiales et sous-traitants.

           

            L'encyclique Laudato Si  donne d'ailleurs une résonance contemporaine et particulière à l'avertissement du Christ : "Convertissez-vous, sinon vous périrez".  Quel avenir sera le nôtre si nous persistons à polluer la terre, l'eau, le ciel et la mer? Si nous laissons s'étendre la détérioration de la qualité de la vie humaine et la dégradation sociale qui affectent d'abord les plus faibles de la planète? Peut-on indéfiniment idolâtrer le profit et mépriser la dignité humaine ?  Pour le pape François, la crise écologique est un appel à une "profonde conversion intérieure". 

            Se convertir, c'est-à-dire changer de regard sur le monde, sur  les autres et sur soi, mais aussi sur Dieu. Renoncer par exemple à l'image d'un Dieu pas trop bienveillant, qui surveille et punit. Périr, justement, "n'est-ce pas vivre en croyant en un Dieu qui juge et fait mourir, c'est-à-dire vivre et mourir sans espérance ?" (MN Thabut).

            "Le Seigneur est tendresse et pitié" chante au contraire le psalmiste. Le Dieu révélé par Jésus  dans la parabole du figuier est un Dieu patient  "lent à la colère et plein d'amour", qui fait vivre ...C'est le vigneron qui, loin de couper le figuier stérile, y consacre tous ses efforts pour lui donner sa chance : "peut-être produira-t-il son fruit"?

 

            Le fruit, c'est  tout le bien dont nous sommes capables, semeurs de solidarité et de justice, grâce à la foi en Jésus Christ.  A l'instar de Moïse, découvrant au Sinaï  la présence d'un  Dieu soucieux de la détresse des hommes qui l'invitait à semer la justice. Il en a  tiré une énergie nouvelle, désormais acteur de la délivrance divine du peuple resté dans la misère en Egypte...

 

GJ

 

note:

[1]  L'effondrement d'un immeuble à Savar , faubourg de Dacca (Bangla Desh) en avril 2013 ,qui  a fait 1127 morts, est resté un symbole des abus dans l'industrie du textile et de la mode .

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Article publié par Guy Jovenet - CCFD Terre Solidaire • Publié • 149 visites

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