Vivre le carême-1 : s'approcher

Le cheminement de VLC 2018 rapporté à sa source (méditation à la lumière des textes liturgiques)

Premier dimanche de carême                               

Gn9, 8-15  -   Ps24 -  1P3, 18-22  -  Mc 1,12-15

 

                             "Vivre le Carême"   :  S'approcher

 

              Le récit des tentations du Christ par Marc est d’une redoutable concision. Jésus vient à peine d’être baptisé et de s'entendre dire qu'il est le "fils bien aimé" que l’Esprit le conduit 40 jours au désert pour être tenté, juste avant son départ en mission.

             Tout est lié. Ce n'est pas le besoin de conversion  qui a conduit Jésus à se faire baptiser par un Jean-Baptiste réticent. Il s'est  présenté à Bethsaïda avec les autres pour signifier qu’Il  est bien l’un des leurs; Il est descendu dans l’eau du Jourdain avec les pécheurs pour témoigner de sa solidarité avec eux. Mais cette pleine humanité et cette solidarité impliquent aussi qu’Il s’expose toute sa vie durant aux incertitudes, aux menaces, aux tentations de la condition humaine. Pour remplir sa mission, il fallait que le Christ soit confronté à ces épreuves, qu’il soit confronté même à tout ce qui menace de rompre la relation  avec Dieu.  Et pour que nous puissions lui faire crédit, il fallait que sa parole soit celle d’un frère en humanité « venu pour nous apprendre à vivre en ce monde », une parole authentifiée par une façon de vivre et de mourir. [1]

 

            Marc ne rapporte pas le contenu des tentations. Il met l’accent sur ce que Jésus a surmonté et souligne le résultat final en une phrase, un peu mystérieuse : « il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient… ». Une manière de dire que là où la relation de l’homme avec Dieu est rétablie, la création  déchirée peut redevenir un lieu de paix. On peut comprendre cela comme une promesse d’harmonie future, à la manière d’Isaïe - « le loup a demeuré avec l’agneau, la panthère s’étendra avec le chevreau"..-  les bêtes sauvages symbolisant ici le désordre qu’introduit le péché dans la création.

               On peut aussi l'entendre dans un autre registre. Au désert, Jésus s'est posé toute sorte de questions sur ses intentions , sur la  légitimité de sa mission et les moyens de s'en acquitter. Il a affronté et accepté lucidement sa condition humaine, surmonté les tentations du pouvoir, de la séduction et de la suffisance qui mettent Dieu à l'écart;  en somme : contenu et apprivoisé ses propres "bêtes" et décidé d'affronter celles qui l'attendent. C'est en vivant pleinement son humanité qu'Il nous fera découvrir le visage du Dieu d'alliance. Jésus  est finalement  sorti  apaisé du désert , se sachant  suffisamment béni de Dieu pour sentir sa présence, assuré de l’amour du Père pour son Fils -« les anges le servaient »-

 

             Le voici prêt à annoncer le Royaume qui vient, prêt à marcher sans trêve, et prêt à toutes les rencontres. Et il y en aura!  Il "laisse les uns  venir à lui, en appelle certains, en rejoint d'autres sur leurs routes ou dans leur déroute"[2] : des rencontres de toutes les couleurs, avec toutes sortes de personnes -songeons à la Samaritaine, à Bartimée, à Zachée, au jeune homme riche, aux dix lépreux...-et qui ne laissent personne indemne; le Christ lui même peut en être bousculé  comme le montre l'épisode de la syro-phénicienne.

               Pour travailler  à sa suite au Royaume promis  et "tisser ensemble une terre solidaire" il faut bien commencer par "oser sortir et aller à la rencontre de l'autre" [3] en "regardant le monde avec les yeux du Christ", et sa manière d'être : hospitalière et ouverte à l'inattendu,  bienveillante et  attentive "aux désirs et aux besoins de ses interlocuteurs,  confiante  devant leur audace à demander et leur capacité à changer"2

            Sans doute nous faut-il pour cela dépasser quelques réticences... Rencontrer l'autre c'est  rencontrer quelquefois le pareil et plus souvent la différence ; c'est une découverte  qui nous emmène 'là où nous ne sommes pas'; avec la crainte  d'être déçu ou trompé,  de se  "faire avoir" ou de se perdre soi-même. Et pourtant l'évangile nous invite toujours à remiser, à cheminer sur la voie du  "désarmement intérieur", à nous inspirer de la manière du Christ.

              Comme Lui , nous sommes armés de cette promesse de baptême : "tu es mon fils"/ ma fille" - assurés de l'amour du Père. Etre baptisé, dit Pierre, c'est aussi  "être engagé envers Dieu avec une conscience droite"[4] ; voici justement que l'Esprit nous pousse quarante jours  au désert: le temps de reconnaître ce qui en nous fait encore obstacle à l'accueil du salut , le temps de discerner ce qu'il nous faut encore apprivoiser pour nous ouvrir aux autres.

 

GJ

                                            

[1] Comme dira  Paul aux Hébreux :« Il lui fallait devenir en tout semblable à ses frères » (...) « pour être, dans leur relation avec Dieu, un grand prêtre miséricordieux et digne de confiance, capable d’enlever les péchés du peuple ». Mais si  « en toute chose Jésus a connu l’épreuve », ajoute Paul, « il n’a jamais péché » ; il n’a jamais été séparé de l’amour de Dieu, pas plus qu’il n’a renié son humanité. C’est comme çà qu’il a [2]« rétabli définitivement la communication » entre le ciel et la terre, réalisant l'alliance nouvelle.

selon les termes du Projet Diocésain de Catéchèse

[3] Vivre le Carême 2018 , page 4 : "Pas à pas , ouvrons-nous à l'inconnu, cheminons l'un vers l'autre. Aller à la rencontre de nos différences nécessite de prendre le temps de découvrir qui est l'autre, de se laisser surprendre (...), de passer le seuil de nos peurs"...

[4]  deuxième lecture du premier dimanche de carême

 

                                    L’arche de Noé, métaphore d’un carême réussi…                                                     

[vitrail de l'église Saint Etienne- du- Mont , Paris]

                                                          

 

Une tradition du Moyen Age interprétait le périple de Noé comme un voyage intérieur. Noé entre en lui -même : l'Arche , c'est son propre cœur , son intériorité ; et ce vaisseau peuplé d’animaux purs et impurs, de bêtes domestiques et sauvages redit qu'en tout être humain coexistent des vertus et des passions, des aspirations au bien et des parts non apprivoisées. Il faut bien le reconnaître et voguer avec…Mais au terme de ce voyage intérieur de 40 jours, Noé est prêt à entendre ce que Dieu cherche à lui dire : j’établis mon alliance  avec  « tout ce qui est sorti de l’arche ». Autrement dit : ‘je vous prends comme vous êtes ; je ne rejette rien de ce qui est humain, l’important c’est ce que vous en ferez'…

Dieu nous regarde tel que nous sommes aujourd'hui, parvient à y reconnaître son image, et  nous croit  capables d’être  à sa ressemblance ! 

                                                 

Article publié par Guy Jovenet - CCFD Terre Solidaire • Publié • 4240 visites

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