Vivre le carême -5 : s'élever

Cinquième dimanche de carême

Jr 31,31-34  -    Ps 150  -    He 5,7-9   -     Jn 12,20-33

 

"Allons vers l'Essentiel, en secouant la lourdeur du quotidien. Notre humanité nous appelle à bâtir un monde  durable, une terre solidaire, une vie nouvelle"[1]

 

                                          

                                      Vivre le carême: 5. S'élever

 

            "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit". Parole surprenante, prononcée par un frère en humanité qui a authentifié son verbe par ses actes.Aussi pouvons nous l'entendre d'emblée dans sa résonance humaine. ...

            Nous savons bien en effet que notre vie elle-même est une succession de petites morts, de passages qui sont promesses de vie nouvelle : notre naissance elle-même est passage ; nous mourrons à la vie d’enfant pour naître à la vie adulte ; nous passons de la vie scolaire à la vie professionnelle, enterrons une  vie de garçon pour vivre l’aventure du mariage et de la  famille, et bien d’autres événements encore… A chaque fois nous abandonnons certaines choses pour des expériences nouvelles, plus ou moins réussies parfois, mais qui font le tissu de notre existence et souvent portent du fruit. A chaque fois, nous en savons un peu plus sur nous-mêmes, sur ce que nous sommes,  sur  nos capacités et nos limites. A chaque fois, nous pouvons grandir en humanité si  nous acceptons de mourir  à une façon d’être - centrée sur soi-même, pour naître à une autre manière d’être au monde-ouverte aux autres.

             Aussi, «Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle ». Comprenons que celui qui durant son existence n’aime que lui-même passe à côté de sa vie. S'attacher à sa seule propre personne, à ses propres passions, à ses seules opinions, sans jamais faire de place aux autres, à ce qu'ils pensent ou vivent , ni s'ouvrir à la rencontre, à l'amitié , au service , est-ce là ce qu'on  appellera une vie pleine ?  Mais celui qui sait se  détacher de lui-même, qui entretient  avec les autres et avec Dieu, des relations vraies et harmonieuses, par delà  les embrouilles et  les disputes,  n’a-t-il pas  gagné une  part d’éternité ?

 

             Nous le savons bien, en cette fin de carême où l’on voit poindre Pâques,  le grain de blé jeté en terre pour révéler Dieu comme amour qui se donne, c'est Jésus. L'Essentiel est là..."Pour porter du fruit" dit le Pape François[2], " le Christ  a vécu pleinement de l'amour, se laissant rompre par la mort comme une graine en terre"; et c'est là, dans la croix, "que l'espérance a germé, par la force de l'amour".

Jésus n'a pas envisagé sa mort sans frémir; à Gethsémani, étreint par l'angoisse, il a demandé que cette heure lui soit épargnée, avant de se raviser : « je suis venu précisément pour cette heure, afin que tout soit consommé ». Une vie offerte pour que se réalise la nouvelle alliance entrevue par Jérémie. Une alliance dans laquelle Dieu sera enfin connu pour ce qu'Il est.

            Or, le  Dieu qui fait alliance avec son peuple souhaite l'associer à  son oeuvre créatrice, continuée dans un sens fraternel, en sorte "que les biens de la terre affluent entre les mains de tous "...

            Cette logique d'alliance est au cœur de la démarche du CCFD-Terre Solidaire qui sollicite aujourd'hui votre générosité. Les bénéficiaires de l'action  ne sont pas des victimes qu'on plaint  ou qu'on prend en pitié, mais des partenaires. Le propos n'est pas  de secourir dans l'urgence, mais d'aider - par nos compétences et nos financements- des populations vulnérables  à mettre en place et réaliser leur propre projet de développement  (à l'instar du Christ qui n'agit pas à la place des autres mais invite les hommes à se lever et à marcher).

            Cette collaboration veut se vivre dans le respect  et l'enrichissement réciproques : "prendre le risque de l'alliance" disait Guy Aurenche[3], "c'est être en appétit de l'autre, non pour le dévorer mais pour recevoir de lui". S'allier  c'est donner de soi-même ; c'est aussi récuser toute domination ou condescendance.

 

            Les actes que nous posons ne sont jamais suffisants : 460 projets soutenus par le CCFD dans une cinquantaine de pays ne vont pas tout résoudre, à vue humaine. Mais dans la spiritualité qui nous anime, la quantité le cède à la signification : ce qui importe c'est que le peu que nous faisons rejoigne le dessein  de Dieu. Et avec qui nous le faisons: les moins bien lotis, qui veulent se tenir debout et vivre dignement. Jésus n'a pas guéri tous paralytiques et tous les aveugles, mais sa parole et son action suffisent à rendre Dieu "visible" et "croyable".

            Ce que nous faisons donne corps à l'espérance .Tout ne va pas changer tout de suite, et tout ne réussit pas du premier coup ; et pourtant il faut faire confiance à l'avenir, comme le Christ. On ignore ce que sont devenus le paralytique ou le lépreux  après leur guérison, mais  on sait qu'ils sont revenus à la vie!

 

 

Guy Jovenet, aumônier diocésain

 


[1] "Vivre le carême" : S'élever,  page 20 .

 

[2] Audience générale du 12 avril 2017 rapportée sur le site du journal: "La Croix".

Et "quand nous choisissons l'espérance" dit François, « nous découvrons petit à petit que la meilleure façon de vivre est celle de la graine, celle de l'amour humble"...

 

[3] Président du CCFD-Terre Solidaire de 2009  à 2017

Article publié par Guy Jovenet - CCFD Terre Solidaire • Publié • 157 visites

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