Laudato Si et la solidarité universelle

Une lecture "thématique"

Laudato Si et la solidarité ,au fil du texte

 

 

   Introduction :

 

L’encyclique s’ouvre sur une invitation  destinée à tous :

 

« J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous » (...)

 

Pour le pape François, il faut rechercher  une nouvelle façon d'habiter le monde (« la maison commune") les uns avec les autres. Il appelle donc à une « nouvelle solidarité universelle".

 

«Il nous faut une nouvelle solidarité universelle. Comme l’ont affirmé les évêques d’Afrique du Sud, « les talents et l’implication de tous sont nécessaires pour réparer les dommages causés par les abus humains à l’encontre de la création de Dieu » (14)

 

Sentiment d'appartenance partagée, constat d'une dépendance mutuelle, prise de conscience d'une responsabilité réciproque : ce sont bien les composantes essentielles d’une solidarité.

Les dégradations de l’environnement affectent toute la planète, les disparités économiques  et les inégalités touchent un monde globalisé. Il convient donc d'y opposer une solidarité déployée à la même échelle, et qui concerne tous les êtres vivants .

 

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Qu’est-ce qui justifie cet appel à une solidarité renouvelée ? que devons nous affronter ensemble ?

 

chapitre 1 : ce qui se passe dans notre maison:

 

Dans un premier chapitre, le pape identifie une série de dégradations qui affectent l’environnement (pollution et changement climatique, question de l’eau , perte de biodiversité…)  mais aussi la  détérioration de la qualité de vie humaine et des conditions sociales .

 

Il souligne  à chaque fois l’inégalité planétaire en ces matières. Il apparaît que...

 

…les pauvres souffrent davantage des plus graves effets de toutes les agressions environnementales identifiées : pollution, changement climatique, question de l’eau, perte de biodiversité mais aussi dégradation de qualité de vie humaine et dégradation sociale (n°48) ;

 

…l’attention aux nombreux exclus n’est pas suffisante dans les lieux de pouvoir, souvent loin d’eux (49) ;

 

…l’inégalité environnementale et sociale affecte les individus mais aussi les pays, et oblige à penser une éthique des relations internationales (n°51) ; notamment :

« Il y a une vraie « dette écologique »  , particulièrement entre le Nord et le Sud, liée à des déséquilibres commerciaux, avec des conséquences dans le domaine écologique »

 

…les peuples en développement alimentent le développement des pays riches « au prix de leur présent et de leur avenir » (n°52).. Aussi convient-il «  que les pays développer contribuent à solder cette dette [écologique] (…)

    « il faut maintenir la claire conscience qu’il ya des responsabilités diversifiées  …[et]  Nous     avons besoin de renforcer la conscience que nous sommes une seule famille humaine.. »

 

Il ressort de tout cela une profonde vérité, à savoir :

« Une vraie approche écologique se transforme en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres » [n°49]

 

 

 

Pourquoi cet état de fait ? Qu’est-ce qui entretient la dégradation écologique e(t humaine de la planète?  Qu'est-ce qui fait obstacle à la solidarité  ou l’empêche d'apparaître comme une nécessité ?

 

chapitre 3 : la racine humaine de la crise écologique :

 

Fondamentalement , une certaine représentation de la vie et de l’activité humaines, qui se nourrit de la domination du "paradigme techno-économique" et de la démesure anthropocentrique moderne.

 

La technologie et la science, bien orientées, ont produit des « résultats précieux » et continuent de la faire ; mais la rapide augmentation du pouvoir technologique et économique « n'a pas été accompagnée  d’un développement équivalent en responsabilité, en valeurs et en conscience"...Or, « Il n’ y a aura pas de nouvelle relation avec la nature sans un être humain nouveau » (118)

 

Le pape dénonce donc :

- la tendance à faire de la méthodologie et des objectifs de la techno-science une manière de comprendre  qui exerce son emprise sur tout, de sorte qu’elle devient le principal moyen d'interpréter l'existence;

-l’alliance entre la technologie et l’économie, qui oriente « tout le développement technologique"  au service « du profit » ; au point de « laisser de côté tout ce qui ne fait pas partie de leurs préoccupations immédiates."  (le «technologisme » étendu a tout : n°106-110).

 

C’est aussi la source d’illusions d’optique …Si l’on affirme  parfois « que les problèmes de la faim et de la misère dans le monde auront une solution simplement grâce à la croissance du marché » , il apparaît en  fait  que  le marché ne garantit pas en soi   le  développement intégral ni l’inclusion sociale  (n°109).

 

L’autre racine profonde du mal , c’est l'anthropocentrisme « dévié ». L’homme moderne se pose au centre de tout en dominateur absolu, sans reconnaître de valeur propre à la nature et aux autres êtres, considérés plutôt comme simple stock de ressources dont il peut user à sa guise ... Et « tout ce qui ne sert pas aux intérêts personnels est sans importance » (sur le relativisme :  n°122-123)

                                                                  

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Que pouvons –nous opposer à tout cela ? De quelles ressources disposons-nous  pour penser la situation, trouver des solutions, puiser la force de les mettre en oeuvre, et promouvoir les solidarités nécessaires ?

 

 

chapitre 2  l’évangile de la création :

( Les ressources de la foi , de la sagesse biblique et de l’enseignement ecclésial)

 

 

François retient en premier lieu l’affirmation de la grande dignité de toute personne humaine et en tire des conséquences concrètes:

« Le riche et le pauvre  ont une égale dignité parce que "le Seigneur les a faits tous les deux "(Pr 22,2)…Cela a des conséquences pratiques, comme celles qu’ont énoncées les évêques du Paraguay : "Tout paysan a le droit naturel de posséder un lot de terre raisonnable, où il puisse établir sa demeure, travailler pour la subsistance de sa famille et voir la sécurité de l’existence. Ce droit doit être garanti pour que son exercice ne soit pas illusoire mais réel" (94)

 

S' y ajoute l’idée que l’existence humaine repose sur trois relations fondamentales liées : la relation à avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre.; et l'invitation à "cultiver le jardin du monde » et à se comporter en intendant- responsable...

« Nous devons rejeter aujourd’hui avec force que du fait d'avoir été créés à l'image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures » (n°67)     

 

Le monde a besoin de développement et l’homme est appelé à collaborer avec le Créateur ; c’est un monde fragile, qui interpelle notre intelligence : comment orienter et limiter notre pouvoir (le mystère de l’univers / n°78).

                  

Créés par le même Père, nous et tous les êtres de l’univers sommes unis par des liens invisibles et formons une sorte de famille universelle. La préoccupation de l’environnement se conjugue à un amour sincère envers les êtres humains (la communion universelle n°89-92).

 

La terre "est un héritage commun dont les fruits doivent bénéficier à tous"; l’environnement est un bien collectif sous la responsabilité de tous".  Aussi le principe de propriété privée est-il  subordonné à celui de « destination commune des biens"  (n° 93 à 95):

 

« Celui qui s’approprie quelque chose, c’est seulement pour l'administrer pour le bien de tous. Si nous ne le faisons pas, nous chargeons notre conscience du poids de nier l’existence des autres. Pour cette raison , les évêques de Nouvelle Zélande se sont demandés ce que le commandement « tu ne tueras pas » signifie quand ‘ vingt pour cent de la population mondiale consomment les ressources de telle manière qu’ils volent aux nations pauvres et aux futures générations ce dont elles ont besoin pour vivre" (95)

 

chapitre 4  une écologie intégrale :

 (pour une autre représentation du monde)

 

Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale, l’autre sociale et économique, mais une seule, complexe (n°139) ; « tout est lié ». D’où l’intérêt de penser les composantes d’une écologie intégrale , qui embrasse « toutes les dimensions de l’homme, dans son rapport à lui-même, aux autres, au milieu ». 

 

C'est en quelque un écho amplifié du "développement intégral" ou « authentique »  cher à Paul VI (encyclique "Popularum progressio") : « Pour être authentique le développement doit être intégral , c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme ».

 

La société est invitée à  partager une nouvelle culture  qui intègre une notion (trop  délaissée au profit de la seule « immédiateté ») : le principe du bien  commun. Ce principe,« qui joue un rôle central et unificateur dans l’éthique sociale », se  définit comme « l’ensemble des conditions sociales qui permettent , tant aux groupes qu'à chacun de ses membres, d'atteindre leur perfection d'une façon plus totale et plus aisée »

 

Ce principe présuppose le respect de la personne humaine, et requiert la paix sociale (n°157). Il inclut aussi les générations futures : « on ne peut parler de développement durable sans une solidarité intergénérationnelle. »

 

Le bien commun est  au cœur de la solidarité internationale (n°158) :

 

« Dans les conditions actuelles de la société mondiale, où il y a tant d’inégalités et où sont toujours plus nombreuses les personnes marginalisées, privées des droits humains fondamentaux, le principe du bien commun devient immédiatement comme conséquence logique et inéluctable, un appel à la solidarité et une option préférentielle pour les plus pauvres »

 

 

           

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Dès lors, comment sortir de notre spirale d’autodestruction ? Progresser vers un changement de direction et engager l’action ? Traduire la solidarité en actes ?

 

 

Chapitre 5 : quelques lignes d’orientation et d’action

         Rechercher de nouveaux modèles de progrès

 

Le pape François entend ici tracer les grandes lignes d’un dialogue à tous les niveaux (du local à l’international), et entre toutes les instances (politique et  économie, sciences et religion)

 

La solidarité ne se conçoit bien qu’en actes . C’est une attitude individuelle , certes , qui conduit à prendre parti et aussi à s'associer avec d'autres pour une action commune . Mais c'est plus que la simple somme arithmétique des responsabilités individuelles: la solidarité est collective, elle implique aussi les états, les sociétés, les communautés politiques …

 

« les pays pauvres doivent avoir comme priorité l’éradication de la misère et le développement social de leurs habitants (…) Ils doivent aussi développer des formes moins polluantes de production d’énergie »  avec l’aide financière et technique des pays riches (qui se sont développés au prix de la pollution actuelle)… « C’est avant tout une décision éthique, fondée sur la solidarité entre tous les peuples »

                                (n° 172 ;le dialogue sur l’environnement dans la politique internationale )

 

Politique et économie pourraient entrer en dialogue pour la plénitude humaine :

 

« Le principe de la maximalisation du gain », sans autre considération « est une distorsion conceptuelle de l’économie » qui ne tient pas compte des coûts réels  (« si l’exploitation d’une forêt fait augmenter la production, personne ne mesure dans ce calcul la perte qu’implique la désertification du territoire, le dommage causé à la biodiversité ou l’augmentation de la pollution »). Le comportement éthique, ce serait de considérer les coûts économiques et sociaux de l’usage des ressources naturelles communes  soient établis de façon transparente  et supportés par ceux qui en jouissent  et non par ceux qui en pâtissent (n°195)

 

En somme, nous devons « rechercher de nouveaux modèles de progrès »  et même « redéfinir le progrès » : « un développement technologique et économique qui ne laisse pas un monde meilleur et une qualité de vie supérieure ne peut être considéré comme un progrès ». (n°194)

 

 

  Chapitre 6 : éducation et spiritualité écologiques :

 

François appelle donc à une « conversion écologique" : «Beaucoup de choses doivent être réorientées, mais avant tout l’humanité a besoin de changer » …

 

«  La conscience d’une origine commune, d’une appartenance mutuelle et d’un avenir partagé par tous est nécessaire. Cette conscience fondamentale permettrait le développement de nouvelles convictions, attitudes et formes de vie. Ainsi un grand défi culturel, spirituel et éducatif, est mis en évidence ». (n° 202)

 

L’ouverture du chapitre redit ainsi la solidarité nécessaire; de quoi  elle procède (appartenance,  dépendance  mutuelle, responsabilité commune) , et à quoi elle engage. 

Elle apparaît d’abord  comme un choix de raison. A quoi s’ajoutera pour le croyant la foi au Christ , solidaire de l’humanité, premier né d’une longue lignée de frères et de sœurs , enfants du même Père.

 

L’appel à une « conversion écologique »  mise  donc sur un autre style de vie, (n°203-206) , une recherche  de sobriété libératrice et heureuse ,et  sur toute une éducation  « pour l’alliance entre humanité et environnement » (n°209-211).

 

 « L’écologie intégrale est faite de petits gestes quotidiens », dans l’esprit de la « petite voie » de sainte Thérèse. Mais  l’amour « est aussi civil et politique, il se manifeste dans toutes les actions qui essaient de construire un monde meilleur. L’amour de la société et l’engagement pour le bien commun sont une forme excellente de charité ».

 

La spiritualité chrétienne, dit François, a des ressources propres, aptes à favoriser une profonde conversion intérieure, qui suppose des attitudes telles que la gratitude, la gratuité, et « la conscience amoureuse de former avec les autres êtres de l’univers une belle communion universelle »(220) . Elle encourage un style de vie prophétique , source de joie et de paix.

 

 

Pour célébrer , rendre grâce et reprendre force , les croyants peuvent s’appuyer sur les signes sacramentaux, qui sont cruciaux (comme d’ailleurs le repos…). C'est dans l'Eucharistie –source et sommet de la vie chrétienne-  que « la création trouve sa plus grande élévation ».

 

« Le Seigneur a voulu rejoindre notre intimité à travers un fragment de matière sensible,  en se faisant nourriture pour sa créature »...

L’Eucharistie «unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création…»  (n° 235-237)

 

 

Article publié par Guy Jovenet - CCFD Terre Solidaire • Publié • 269 visites