|
Actualités
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
|
Diocèse d'Arras Solidarité CCFD Actualités
45 ans d'affiches du CCFD
L'évolution du regard par l'image sur le développement le Samedi 15 mars 2008
à l’arrière plan, un paysan travaillant la terre avec la traditionnelle daba (houe à manche court),
au premier plan, une femme, bébé sur le dos, qui pile le mil ; les regards sont tournés vers le spectateur… Une scène finalement assez proche des « images reçues » de l’Afrique « soudanienne », celle des savanes. Mais ces « représentations » courantes à l’époque comportent une part de vérité : de fait, l’agriculture africaine demeure largement dépendante de l’énergie humaine ; oui, dans « l’Afrique des greniers » ( à mil), manger, c’est bien « manger la boule » (de mil). Et piler est toujours une tâche féminine : avec le portage (des objets) sur la tête et des bébés (sur le dos), c’est même « un de ces gestes primordiaux qui disent, dans leur simplicité, la mission nourricière que la tradition ancestrale assigne aux femmes » (R. Pourtier, géographe)
La deuxième image (1964) reprend le dessin du paysan muni de sa daba, qui contraint à travailler courbé. La confrontation avec la moissonneuse ne fait pas dans la demi mesure ! Le choc des techniques et des productivités … Ce qui, là encore, repose sur un fond de vérité : en Afrique Noire, en l’absence de travail animal ou mécanique, il faut (en moyenne) 40 jours pour labourer un hectare , contre 4 en culture attelée.
Le trait commun des deux affiches, en dépit d’inflexions de détail un peu différentes (les gros caractères soulignent d’un côté « aidons les », de l’autre « il a faim »), c’est la visée : contre la faim. Le CCFD s’est constitué en juin 1961 autour de cet objectif majeur (on ne parle pas encore de développement) Lutter contre la faim est à la fois une sorte d’évidence, une urgence vitale (littéralement), surtout dans une époque où l’on voit poindre une « course entre production et reproduction » (essor démographique). C’est aussi une fidélité à l’enseignement évangélique ( Matthieu , 25 ) , repris par les Pères de l’Eglise : « donne à manger à celui qui meurt de faim car, si tu ne lui as pas donné à manger, tu l’as tué », rappelé par le Concile de Vatican 2 (qui bat son plein).
Les deux affiches reposent aussi sur une intuition fructueuse : « ils s’en sortiraient » … « il s’en sortira ». On ne propose pas ici de nourrir les paysans africains ou de subvenir directement à leurs besoins… C’est du progrès technique que sortira la solution : « mieux équipé » (grâce à l’aide apportée), l’agriculteur africain doit pouvoir passer d’une agriculture extensive, à faible productivité, à une agriculture intensive, utilisatrice « d’intrants » (machines, engrais …) capable d’assurer la quantité de vivres nécessaires.
Cette intuition juste s’articule donc à une « vision technicienne » du développement dont la pertinence sera rapidement remise en cause. Vision technique qui est aussi dans l’esprit du temps, caractéristique de l’engouement d’une époque pour l’agriculture motorisée et les techniques de la « révolution verte ». Vision naïve, au bout du compte, qui résistera mal à l’épreuve des faits.
affiche carême 1966 Carême 1966 : des images de formes concrêtes de développement déjà plus nuancées (la maîtrise hydraulique, mais aussi l’éducation), et un mot d’ordre : « partageons ».
Le refus de la faim reste une préoccupation majeure ; mais une innovation cruciale apparaît ici : « développement » ; le CCF est devenu CCFD (1964).
Cela s’accompagne d’un glissement de « l’assistance » à la solidarité. Comme le rappelais Ph. Farine (délégué général puis président du CCFD de 1961 à 1977), le mouvement a découvert « qu’au-delà de la faim physique existe une faim de dignité, de responsabilité, de liberté (…) de cette découverte découlera tout naturellement le passage de la lutte contre la faim à la lutte pour le développement » (FDM, n° 170-171 ;N° spécial oct-nov. 2001 ; p.35-36).
« Partageons » donc… C’est même là « un devoir de justice » (affiche 1966). Le soutien financier matérialisé par la collecte est le signe d’un engagement concret, qui réponds aussi à une dimension spirituelle. La justice, ce peut être : rendre à chacun ce qui lui revient. Le Concile n’a-t-il pas insisté, « devant un si grand nombre d’affamés de par le monde », pour que tous « partagent et emploient vraiment leurs biens en procurant avant tout aux individus et aux peuples les moyens qui leur permettront de s’aider eux mêmes et de se développer ». Et ce n’est là que justice, puisque « tous les hommes ont le droit d’avoir une part suffisante de biens pour eux-mêmes et leur famille » en raison le la destination universelle des biens de la Terre… (Gaudium et spes : l’Eglise dans le monde de ce temps ; § 69)
Affiche 1978 ( traces de pas sur bord de mer …)Une autre déclinaison du thème « La Terre est à tous » ; l’affiche est frappée en haut à droite du symbole géométrisé de la planète ; la photographie, prise en bord de mer, suggère la courbure de la planète où nous vivons.
Les traces de pas sont plus ambiguës, ou « polysémiques ». C’est le genre de symbole qui peut être interprété de manière très différente par les uns ou par les autres, quand il ne les laisse pas perplexes.
Référence explicite est faite aux « droits de l’homme », dont le « droit des peuples au développement » : c’est qu’on se place bien sur le terrain du droit et non pas celui des « sentiments » ( surtout pas la commisération ou de la « bonté d’âme » ), dans le registre de la justice plutôt que celui de la charité, dans une perspective universaliste acceptable par tous (« laïque » et sanctionnée par la déclaration universelle de 1948).
Affiche 1988 : « le développement çà s’apprend » Sur fond de bord de mer habité, et de ciel immense (et bleu), un pêcheur indien ou bangladeshi, en bonne santé, fier de son travail, brandit son filet bien rempli
Evidente référence à une célèbre formule (dont circulent plusieurs variantes) : si vous voulez aider quelqu’un à se nourrir, faut pas lui livrer le poisson chaque jour, mais lui apprendre à pêcher.
Sous-entendu : c’est bien dans cet esprit là que travaille le CCFD.
L’affiche de carême 1989-1991 (« Tous »…)L’image (une nébuleuse de visages, ou un pâté de têtes en train de s’aggréger ) n’est peut être pas si heureuse (elle peut faire penser d’ailleurs le générique des « Guignols de l’info ») ; c’est dommage puisque on évoque ici toute la diversité de la famille humaine : des gens tous différents, mais semblables (et même frères). Le texte souligne bien la dimension collective d’une responsabilité que l’individualisme ambiant tend à battre en brèche : « Tous responsables et solidaires de tous ». Texte et image font la paire : solidarité vient de « solidus », entier … Le mot véhicule l’idée d’une dépendance mutuelle, d’une sorte d’obligation mutuelle entre les hommes, au-delà de leurs oripeaux.
L’idée que le développement est une responsabilité collective demeure très forte au sein du CCFD depuis l’origine ; reste à en convaincre chacun…
La référence chrétienne de l’engagement est clairement affirmée par de brèves citations qui encadrent le nouveau sigle, extraites de deux encycliques :
Popularum progressio, signée par Paul VI en 1967, traitant en des termes renouvellés d’une « question sociale » qui est « devenue mondiale » ;
Sollicitudo rei socialis délivrée par Jean Paul 2 en 1987 à l’occasion du 20 ème anniversaire de la précédente (et de tonalité plus alarmante encore).
Ces citations établissent deux équivalences : 1. le développement c’est la paix ; 2 la paix est le fruit de la justice et de la solidarité … Car la paix est depuis l’origine du mouvement au cœur du propos : « Après guerre l’une des exigences premières (des) chrétiens progressistes est le maintien de la paix mondiale. L’un des facteurs potentiels de déséquilibre, donc de guerre, qu’ils identifient est l’existence permanente d’un déséquilibre profond entre pays riches et pays pauvres » … (JP Rivière, in « Form’actifs », HS, septembre 2007, p.5)
L'affiche 1993 (« terre d’avenir… maintenant c’est chacun pour tous ») L’affiche de 1992 a des airs de récapitulation ; comme un résumé des 20 ans écoulés (texte) : l’idée de développement elle même, destiné à un « tiers monde » (alors que d’autres parlent dèjà de « nord » et de « sud ») ; le développement local (« par eux-mêmes »), la dialectique : ici-là-bas …Dans une période de doute et de remise en cause, cela sonne comme une réaffirmation (un plaidoyer ?) ; comme s’il fallait redire aux autres (et à soi même) tout ce qui avait fait la trame d’une solidarité et de ses moyens d’agir. D’agir dans la durée, avec persévérance , pour soutenir des hommes et des femmes qui se prennent en main , tendre vers un développement social sans cesse en chantier ; le contraire même de l’action humanitaire qui a alors (si l’on peut dire) le vent en poupe, travaille dans l’urgence, en limitant (de façon plus réaliste ?) ses ambitions et ses objectifs.
En revanche, la référence chrétienne de cet engagement solidaire s’estompe : les sigles restent ; les citations papales disparaissent.
Les deux affiches montrent la terre : ce ne sont plus des représentations schématisées ou abstraites, mais des images du monde plus concrêtes, même si l’une d’elle reste symbolique : la terre et tous ses continents rapprochés, évoque une solidarité qui dépasse les frontières et les clivages idéologiques. Le CCFD, précise B. Holzer (SG 1984-1993) n’a jamais « choisi ses pauvres » ; ni « fait payer aux citoyens » les errements du régime qui les gouverne.
Prise de conscience, aussi : la mondialisation est en marche … Le terme décrit les interdépendances multiples qui nouent désormais pays et continents (internationalisation des échanges et des flux financiers la mondialisation sociale et culturelle…)
(Rien qui indique à première vue une prise de conscience « écologique », ou qui pose la question de la durabilité du développement. C’est sans doute encore trop tôt ; de toute façon une campagne d’information ne peut pas se disperser sur plusieurs thèmes )
l’affiche de 2004-2005 « tu mangeras quand tu seras compétitif » ;Cette série d’affiches apparaît globalement comme l’une des plus percutantes (force de l’image ; celle du texte aussi, volontiers distancié, sinon ironique). La tonalité est plus militante que jamais : au bout du compte, les affiches pointent toutes un système (capitaliste mondial) et en critiquent les tares (notamment les effets des plans d’ajustement structurels imposés par les institutions financières internationales aux pays pauvres endettés). En même temps, on peut les juger didactiques : elles expliquent dans les grandes lignes au lecteur de quoi il retourne, sans s’en tenir à l’évocation générale d’un problème « global ».
L’orientation dominante est franchement altermondialiste. Non qu’on refuse la mondialisation, inéluctable ; mais on en conteste les formes actuelles. Depuis 2001, le CCFD est engagé dans la dynamique des « Forums sociaux », à côté de ses partenaires (« l’initiative des premières rencontres de Porto Alegre doit beaucoup à quelques uns de ses partenaires brésiliens »…). Il prend position en faveur d’alternatives aux principes actuels dominants.
Sont explicitement remis en cause ici :
-les règles du commerce international, et le credo libéral en matière d’échanges ; sa pesée sur le développement économique, l’étoffement des ressources d’exportation et l’équilibre de la balance commerciale, la sécurité alimentaire (mais aussi l’attitude des pays riches et en particulier de l’Europe)
-le remboursement intégral de la dette, ou la manière dont elle pèse sur les investissements en matière de santé ;
-les principes des PAS , favorables à la privatisation des services publics et à la gestion privée de services élémentaires mais cruciaux, comme la distribution de l’eau
-le sort des migrants économiques (car une partie des migrations mondiales se nourrit de la misère), dans les pays occidentaux
Affiches 2010: "Ceci n'est pas...!" Une lecture d'imageLe Sud mérite mieux que nos clichés.
|
Mentions légales - Plan du site - Contacts Conception et réalisation - copyright © tous droits réservés -
