Initiatives locales - Oecuménisme

Enjeux et Questions

Débattre sur l'oecuménisme sans connaître les autres Églises chrétiennes serait un non-sens. La journée Enjeux et questions du jeudi 25 octobre, qui traitait le sujet, a commencé par là. Le pasteur Robin Sautter de l'Église réformée de France à Arras et Maryvonne de Vitton, coordinatrice française du partenariat Canterbéry-Arras ont parlé respectivement du protestantisme et de l'anglicanisme.
 
Robin Sautter
Sautter Sautter   Pour un catholique, l'univers protestant est incroyablement complexe. Le pasteur Sautter confesse qu'il a lui-même un peu de mal à s'y retrouver. Il a d'abord expliqué d'où viennent toutes ces Églises.
L'Église de Rome a connu plusieurs réformes ou tentatives de réformes. «Déjà saint François avait donné un grand coup de pied dans la fourmilière » explique le pasteur Sautter. Au début du XVIe siècle, l'Église catholique romaine monnayait des indulgences. En 1517, Martin Luther, moine augustin et théologien, s'insurge tout d'abord contre cette pratique. Puis, le 31 octobre 1517, il affiche sur la porte de l'église de Wittenberg en Saxe ses 95 thèses condamnant le principe des indulgences. 2017 sera une année de grande commémoration. De cet affrontement théologique est né le mouvement de la Réforme protestante qui incitera, par réaction, une Contre-réforme catholique. Le schisme a été prononcé quand le pape a excommunié Luther le 3 janvier 1521. Martin Luther continuera à soutenir sa doctrine devant la Diète de Worms présidée par l'empereur Charles Quint au mois d'Avril. Il ne sera pas condamné à mort mais banni. Grâce à la récente invention de l'imprimerie (qui avait précédemment facilité la multiplication des indulgences), dès le jour de son excommunication, des traductions en langues populaires de ses 95 thèses circulent partout en Europe. Très vite, beaucoup d'États allemands se déclarent luthériens.
 
En France, Calvin écrit un traité de théologie adressé à François Ier dans lequel il demande de considérer les luthériens comme des bons chrétiens. Il est appelé à Genève pour organiser la Réforme qui peine à se mettre en place. Sa doctrine est considérée comme plus radicale que celle de Luther.
Des théologiens, comme Mélanchton, le rédacteur de la confession d'Augsbourg, ont essayé de réunir les courants de Luther et de Calvin.
La fédération protestante de France (FPF) créée en 1905, réunit les familles protestantes pour présenter un interlocuteur unique vis-à-vis de l'État français. Elle rassemble plus de 30 Églises, 80 associations et 500 communautés, oeuvres ou mouvements. Les Évangélistes et les Pentecôtistes ont tendance à s'écarter de la FPF. Toutefois, un conseil national des Évangélistes de France se met en place pour prendre des positions sur les tendances sociétales actuelles.
Pour éviter de faire du protestantisme la religion d'un homme, Luther, on préfère parler de la confession d'Augsbourg. « Pour nous, explique Robin Sautter avec un clin d'oeil en direction des catholiques, Luther est un témoin, un saint. Nous préférons nous recommander de Jésus, le Christ ».
En 1973, l'Église réformée de France et l'Église évangélique luthérienne de France ont signé une union qui permet aux pasteurs de l'une ou de l'autre de prêcher dans les deux Églises. Depuis 2007, Luthériens et Réformés de France s'approchent un peu plus vers une union qui portera le nom d'Église protestante unie de France. Le synode constitutif aura lieu à Lyon en mai 2013.
Pour le pasteur Robin Sautter, l'oecuménisme est une évidence. « Quand je suis arrivé à Arras, affirme-t-il, j'ai été accueilli par la communauté catholique avant même que j'aille vers elle. J'ai été accueilli comme un nouveau pasteur du paysage arrageois.?» Il explique que l'?cuménisme est maintenant une démarche incontournable. Nos communautés ont pris l'habitude de se réunir plusieurs fois dans l'année. Un exemple : la semaine de prière pour l'unité des chrétiens qui a été créée dans les années 30 par l'abbé Paul Couturier en reprenant une intuition du Révérend Père Paul Wattson, anglican.
La route est encore longue, mais les relations entre catholiques et protestants sont maintenant apaisées. Les mariages mixtes, par exemple, ne sont plus un problème. Il est important de garder l'exigence oecuménique vis à vis du regard du reste du monde. Il faut veiller à bien doser l'union et les différences. « Nous sommes différents et nous le resterons sans doute encore longtemps, précise le pasteur Sautter, mais il est des sujets qu'il faut défendre ensemble comme l'écologie, la famille, une société respectueuse, etc. Il faut dire ensemble que Dieu aime le monde et qu'il n'a pas prévu de le détruire demain matin ».
 
Maryvonne de Vitton
maryvonne de vitton maryvonne de vitton   Maryvonne de Vitton nous a présenté l'anglicanisme comme une entité complexe. La communion anglicane est constituée de 38 Églises. C'est l'ensemble des Églises anglicanes et épiscopales (provinces) en communion avec l'Archevêque de Cantorbéry. C'est avec l'Église catholique romaine la seule église chrétienne mondiale, présente dans 164 pays. Certains sont proches de Rome et d'autres proches de Calvin. La communion y est très difficile et les relations avec Rome s'en ressentent. Les principaux points de désaccord concernent l'accès des femmes à la prêtrise, l'ordination de femmes évêques, l'ordination d'évêques déclarés homosexuels ou l'hospitalité eucharistique. Devant les complications dues au manque de structure de référence, certains vont même jusqu'à reconnaître chez le pape une légitimité de pasteur. Ils souhaitent assister aux visites Ad Limina.
Un partenariat entre les diocèses d'Arras et de Canterbéry a été mis en place il y a trente ans. Il a été relancé en 2009. Il s'attache à favoriser les échanges individuels, de chrétiens à chrétiens. Les initiatives concrètes sont déjà nombreuses : la marche de Pâques des confirmands à Canterbéry, la promotion de la Via Francigena, la collaboration des commissions d'art sacré, les échanges entre les aumôniers de prison et d'hôpitaux.
 
Pierre Coleau
Pierre Coleau Pierre Coleau   Le diacre Pierre Coleau appartient au groupe oecuménique d'Arras depuis 1950. Il a souligné un événement oecuménique qui n'a pas fait la une de nos journaux : la porte de Saint-Pierre-le-Vieux à Strasbourg. En 1683, le Louis XIV avait coupé l'église en deux. Il avait laissé la nef aux protestants et donné le choeur aux catholiques. La maçonnerie qui cachait la porte, dans l'église catholique, vient d'être enlevée. La porte a été symboliquement ouverte pour marquer le début des États généraux du christianisme. 
 
Corinne Saudemont
Corine Saudemont Corine Saudemont   Corinne Saudemont a donné un témoignage personnel. De famille catholique, elle a épousé un protestant. « Les problèmes sont venus surtout d'un prêtre catholique », a-t-elle confié.
Vatican II n'a pas pris de position sur les couples mixtes. Paul VI, en 1966, affirmait l'interdiction des mariages mixtes. En 1970, l'épiscopat français en conférence plénière décide de ne plus se tourner vers Rome pour autoriser les mariages mixtes. En 1975, le comité mixte catholique-protestant de France publie une note sur la célébration oecuménique du baptême. En 1977, l'épiscopat reconnaît que les mariages mixtes invitent à une saine stimulation spirituelle. Le dégéle est entamé, mais la pratique de l'oecuménisme est encore fragile.
Pour la famille Saudemont, l'oecuménisme est une situation qui nécessite un dialogue permanent. Corine assiste aux offices des deux côtés, mais le partage du pain reste une question. Sur sept enfants, un seul a été baptisé par un prêtre catholique à cause de l'incompréhension d'un pasteur de passage. Par contre, l'enfant suivant a été baptisé au temple en présence du prêtre catholique. Un seul de ses garçons a choisi le protestantisme. Il a fait sa confirmation le jour de la profession de foi de sa soeur. C'était une fête familiale oecuménique.
 
Pascale Watine
Pascale Watine Pascale Watine   Pascale Watine, professeur à la faculté de théologie de Lille, a montré que la démarche oecuménique de Vatican II réside dans le Subsist in que l'on trouve dans Lumen Gentium (§ 8) : « Cette Église (l'Église du Christ) comme société constituée et organisée en ce monde, c'est dans l'Église catholique qu'elle subsiste, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui, bien que des éléments nombreux de sanctification et de vérité se trouvent hors de sa sphère, éléments qui, appartenant proprement par le don de Dieu à l'Église du Christ, portent par eux-mêmes à l'unité catholique.» Autrement dit, l'Église du Christ est dans l'Église catholique. Les Églises issues de la Réforme appartiennent aussi à l'Église du Christ. L'Église du Christ dépasse les frontières de l'Église catholique, ce qui invite automatiquement à l'oecuménisme.
C'est le cardinal Liénart qui a conduit les évêques à se poser les bonnes questions. Il a demandé à ne plus assimiler l'Église du Christ à l'Église catholique. Vatican II a ouvert la voie du dialogue. On ne parle plus de retour au bercail, mais de retour à l'unité.
Lumen Gentium était accompagné du Décret sur l'oecuménisme qui affirme que les divisions s'opposent à la volonté du Christ. Le décret reconnaît le baptême des autres Églises : « Justifiés par la foi reçue au baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l'Église catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur.» Il reconnaît que de nombreuses actions sacrées de nos frères séparés leur donnent accès à la communion du salut, tout en affirmant la primauté de Rome dans la démarche oecuménique. « C'est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est le « moyen général de salut», que peut s'obtenir toute la plénitude des moyens de salut ». Il y a là une pierre d'achoppement qui ne semble pas inquiéter les bonnes volontés.
Plus on avance dans l'oecuménisme, plus on reconnaît que l'on est édifié par l'autre. Vatican II nous fait comprendre que l'oecuménisme est un échange de dons. La prière commune sera le roc du mouvement oecuménique. C'est au dialogue de la charité que nous sommes invités. Pourtant, la concélébration entre prêtres et pasteurs des différentes Églises n'est pas encore acquise.
 

Les grands courants du protestantisme en France

Les luthériens maintiennent une continuité avec l'Église mère. Les rites sont proches de ceux du catholicisme. Il y a même des évêques en Scandinavie.
 
Les réformés, du système presbytérien synodal, suivent une organisation imaginée par Calvin. Il fait porter le sacerdoce universel à toute l'Église : les baptisés ont une place identique. Pasteurs et laïcs se partagent les responsabilités. L'Église réformée est gérée par un conseil d'administration national élu pour 6 ans, bientôt 4 ans. Les consultations sont faites en Église locale, puis remontent au synode régional et sont tranchées en synode national.
 
Les baptistes ne reconnaissent pas le baptême des bébés ni des handicapés mentaux. Ne sont baptisés que ceux qui peuvent exprimer leur foi. Il n'y a pas de liens statutaires entre les Églises locales.
 
Les méthodistes sont issus de l'anglicanisme. L'épithète "méthodiste" est un sobriquet utilisé par les étudiants d'Oxford pour se moquer de la dévotion "méthodique" des premiers adeptes.
 
Les Pentecôtistes mettent l'accent sur la place du Saint Esprit. Il y a de nombreuses convergences avec le Renouveau charismatique.
Les Évangélistes. Sont placés dans la famille des Évangélistes les protestants que l'on ne peut pas classer dans les grands courants. Tout chrétien peut se proclamer pasteur d'une Église évangélique.
 

Oecuménisme.Grandes étapes

En 1964, Paul VI embrasse le patriarche Athénagoras de Contantinople. Depuis 1054, les deux Églises ne se parlaient plus.
En 1965, les anathèmes réciproques entre catholiques et orthodoxes sont levés.
En 1966, catholiques et protestants de langue française écrivent une traduction commune du Notre Père.
Le pape Paul VI et l'Archevêque de Canterbéry Dr Michael Ramsey créent la Commission mixte internationale anglicane - catholique (Anglican - Roman Catholic International Commission - Arcic). Elle a pour but de faciliter la réunion ecclésiologique de la communion anglicane et de l'Église catholique romaine et d'adopter des positions communes dans les débats sociaux et éthiques.
En 1975 : Catholiques, Protestants et Orthodoxes rédigent une traduction oecuménique de la Bible (TOB) en langue française.
 

La question du baptême

Parmi les motifs de divergence, il y a le baptême. Depuis le concile d'Arles de 314, l'Église catholique reconnaît tous les baptêmes d'eau. Parmi les Églises catholique et protestantes, seuls les baptistes ne baptisent que les chrétiens qui en manifestent le désir, ce qui exclut les jeunes enfants. Le baptême ne peut pas être répété. Les Églises orthodoxes, qui sont par ailleurs très dispersées, ne reconnaissent que leur baptême. Cela reste un réel problème. Ils ne reconnaissent pas notre ecclésialité.
 
Les avancées oecuméniques du Concile :
- l'ecclésiologie ;
- la collégialité des évêques alors que Vatican I affirmait la primauté du pape. Il y a communion entre les évêques et le pape.
- l'ecclésiologie de la communion par analogie au principe trinitaire  
- le Vierge Marie est située dans l'Église et non au dessus. On rappelle que le culte rendu à Marie n'est pas du même ordre que celui qui est rendu à Dieu
- la mise en valeur des lectures de la Bible dans la langue du pays.
 
Lumen Gentium et le Décret sur l'oecuménisme (Unitatis Redintegratio), ainsi que l'ensemble des textes du Concile, sont accessibles sur : http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/index_fr.htm
 
Jean Capelain

Article publié par Alicia Lieven - Gestionnaire technique du site internet du Diocèse • Publié • 2372 visites