Anniversaire assassinat Mgr Romero

Conférence donnée par Timothée Radcliffe

Œcuménisme en Angleterre

Romero Romero  Conférence de Timothy Radcliffe O.P. pour marquer le trente-cinquième anniversaire de l’assassinat de Mgr. Oscar ROMERO, Archevêque d’El Salvador.

 

Le 29 octobre 2013, Timothy Radcliffe O.P., ancien Supérieur Général de l’ordre des Dominicains, a donné une conférence à l’Abbaye de Westminster pour marquer le cinquantième anniversaire de l’assassinat de Mgr. Oscar Romero d’El Salvador. Déjà le fait que la conférence a eu lieu dans l’Abbaye de Westminster (anglicane) et non pas à la Cathédrale de Westminster (catholique) marque combien le mouvement œcuménique a changé le climat religieux en Angleterre. Il y a soixante ans l’Eglise catholique n’aurait jamais toléré une telle initiative dans une église anglicane, surtout dans cette belle abbaye historique où sont célébrés le couronnement des monarques britanniques et beaucoup de mariages royaux . Rien qu’évoquer le lieu où a été donnée cette conférence c’est déjà souligner son importance.

 

L’objectif du père Radcliffe était la fois complexe et simple : il a parlé de la pauvreté en Grande Bretagne (pays très riche) et en El Salvador. Pauvreté dans sa dimension politique et sa réalité spirituelle. Pauvreté qui était le cadre de la vie et de la mort de Mgr. Romero. Tout cela avec l’éloquence du vieux routier de la prédication du dominicain qu’il est, assaisonnée  de quelques brins d’humour bien britannique, avec lequel pour ma part, je ne saurais rivaliser. Au centre de sa réflexion était la personne de Mgr. Romero et la violente répression qui sévit dans son pays. Dans ce petit texte rédigé à votre intention je vais essayer de faire passer un certain nombre d’informations précieuses.  Si elles sont déjà connues, tant mieux mais elles méritent d’être répétées ; si, comme pour moi, la conférence apporte des éléments nouveaux, on ne peut que s’en réjouir. Quoi qu’il en soit, ce qui suit ne peut laisser indifférent.

 

Pour comprendre pourquoi Mgr. Romero a été assassiné il faut esquisser la situation politique du pays. Un régime féroce opprime les pauvres dans les villes comme à la campagne. . Des intérêts financiers sans scrupules s’accaparent des terres des campesinos, déjà pauvres. Lorsque ceux-ci résistent ils sont agressés par les forces gouvernementales ; arrêtés, battus torturés, tués. Leurs corps rejetés avec mépris au bord des routes. La seule possession d’une Bible peut entraîner leur arrestation et mort. L’Eglise catholique les soutient, en particulier pas les homélies pendant la Messe. Les homélies de Mgr. Romero, toujours selon TR, duraient normalement deux heures, parfois plus. Elles étaient transmises par la station de radio du diocèse et écoutées dans les campagnes par les paysans et dans les villes d’autres pauvres.

Que disait Mgr. Romero ? Tout simplement la vérité. (Une fois, lorsque l’archevêque passait par l’aéroport de San Salvador après un vol à l’étranger, un fonctionnaire de police l’ayant aperçu, cria très fort : « Tiens ! Voilà la Vérité ».) L’Eglise était, et reste, la voix des pauvres, ceux qui n’ont plus de voix, n’ont aucun moyen de s’exprimer. « Voilà la vérité. » La résistance se manifeste par la parole, par la déclaration de la vérité.

 

Pour contrer cette opposition, le gouvernement a eu recours à différents procédés. D’abord, ils ont fait sauter la radio qui émettait la prédication. La station a été rétablie grâce à des dons réunis à l’initiative de CAFOD. Ils ont fait des démarches auprès du Vatican pour faire cesser ce qu’ils considéraient comme des nuisances. Aucun succès. Loin de discipliner Mgr. Romero, le Pape Jean-Paul II, toujours selon le père TR, a soutenu l’Archevêque d’El Salvador. La haine et les assassinats continuaient. Quiconque résistait, ne pouvait qu’être un communiste. Il méritait donc la mort. Un des escadrons de la mort avaient été jusqu’à distribuer un tract dont le message était « Soyez un patriote ! Tuez un prêtre ! » (Il ne manque que le mot « aujourd’hui »). Une crise spectaculaire était inévitable

 

Peu avant sa propre mort, un de ses meilleurs amis, le père Jésuite Rutilio Grande, fut assassiné lors d’une embuscade tendue par des militaires. Contemplant le corps mutilé de son ami, Mgr Romero a pris une décision qui a choqué El Salvador. Il a décidé que, le dimanche suivant, en mémoire du père Grande, il y aurait une seule messe dans tout le diocèse. On l’a connue sous le nom « la misa unica ». Le gouvernement, les puissants du pays, même certains évêques étaient furieux mais le dimanche 20 mars 100.000 personnes se sont réunies devant la Cathédrale dont 150 prêtres, pour célébrer la misa unica.

 

Quatre jours plus tard Mgr Romero, à son tour, a connu le martyre, abattu au moment où il célébrait la messe (Je pense que c’est au moment même de la consécration). Lorsqu’on a enlevé ses vêtements on a découvert sur son corps une épaisse couche de sel. Cela serait dû à la forte transpiration qui a dû marquer son corps lorsqu’il regardait, en face, l’homme qui le visait pour le tuer. Romero savait qu’il allait mourir mais il a regardé son meutrier en face. Il n’a pas cherché à fuir. Il a offert sa vie. Le parallèle avec Jésus dans le jardin de Gethsémani est frappant.

 

Pour Mgr. Romero son devoir était de proclamer la vérité et, pour lui, la vérité est “La Parole de Dieu”.

Brian Ludden.

 

Vers la béatification de Mgr Romero

Le pape ouvre la voie à la béatification de Mgr Romero

L'archevêque de San Salvador, tué en 1980, est tenu pour proche de la théologie de la libération.

 

Dans l'avion qui le ramenait de Corée du Sud, lundi 18 août 2014, le pape François a affirmé qu'il n'y avait plus d'obstacle à une rapide béatification de Mgr Oscar Romero, l'archevêque de San Salvador assassiné en 1980 par un commando d'extrême droite. Les secteurs conservateurs du Vatican ont longtemps bloqué son dossier introduit en 1994 Ils le considéraient comme trop proche de la théologie de la libération, le courant progressiste prônant l'option Préférentielle pour les pauvres» qui a connu un grand essor en Amérique latine à partir de la fin des années 1960.

 

«Le processus [de béatification] était bloqué par prudence à la congrégation pour la doctrine de la foi, il est à présent débloqué et suit son cheminement normal à la congrégation pour les causes des saints», a expliqué le pape François. «Pour moi, Romero est un homme de Dieu», a-t-il ajouté, souhaitant que le procès de béatification se fasse rapidement.

 

La béatification de Mgr Romero ouvrirait la voie a sa canonisation. L’une des questions en suspens porte sur le motif de son assassinat. Si les théologiens et cardinaux charges d'examiner son dossier jugent qu'il a été tué en raison de sa foi et non de son engagement politique, Mgr Romero sera reconnu comme un martyr. Dans ce cas, un miracle n'est pas requis pour la béatification et la procédure pourrait être accélérée. Apres avoir rencontré le pape en mai dernier, Mgr Gregorio Rosa Chavez, l'évêque auxiliaire de San Salvador, avait évoqué une béatification en 2015 et une canonisation en 2017, l'année du centenaire de la naissance de Mgr Romero.

 

Beaucoup de Salvadoriens et de Latino-Américains n'ont pas attendu le  verdict du Vatican pour considérer Mgr Romero comme un saint. Appelé « la voix des sans voix il est devenu une icône du sous-continent. Comme celle du Che Guevara, son effigie est reproduite sur des posters, des tee-shirts et des peintures murales. Des livres, des chansons et des films lui sont consacrés. Depuis mars, l’aéroport de San Salvador porte le nom de Monseigneur Oscar-Arnulfo-Romero, et un circuit touristique honorant sa mémoire a été annoncé dans sa ville natale, Ciudad Barrios.

Né le 15 août 1917 dans une famille modeste de huit enfants, Oscar Romero est entre au petit séminaire a 13 ans contre l'avis de son père. Il a poursuivi ses études religieuses a Rome où il a obtenu une licence en théologie.

 

L'assassin jamais inquiété

A son retour au pays, Oscar Romero était alors conservateur, proche de l'Opus Del et bien vu par l'oligarchie. Au point que les prêtres et les laïcs engages dans la théologie de la libération s’inquiérèrent lorsque le pape Paul VI le nomma archevêque de San Salvador en février 1977.

Un mois plus tard, l’assassinat par un escadron de la mort de Rutilio Grande, un jésuite progressiste et un ami proche, le bouleverse profondément et le radicalise. Dans ses homélies radiodiffusées sur tout le territoire salvadorien, il dénonce les injustices, la torture et les assassinats. En février 1980, il écrit au président américain Jimmy Carter pour lui demander d'arrêter l'aide militaire à la junte au pouvoir. Sans succès.

 

Son sermon du 24mars 1980, ordonnant aux soldats d'arrêter la répression, signe son arrêt de mort. Le lendemain, alors qu'il célèbre la messe dans la chapelle de l'hôpital de la Divine-Providence, il reçoit une balle en plein cœur.

 

L'assassin et ses commanditaires n'ont jamais été inquiétés. Selon l'ancien ambassadeur des Etats-Unis au salvador Robert White et les Nations unies, l'assassinat a été planifié et ordonné par le major Roberto D'Aubuisson. Il dirigeait à l'époque les escadrons de la mort, avant de fonder, l'Alliance républicaine nationaliste (Mena), un parti d'extrême droite au pouvoir de 1989 à 2009.

 

Le 30 mars 1980, les funérailles de Mgr Romero, réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes devant la cathédrale de San Salvador, ont tourné au bain de sang lorsque des militaires en civil ont ouvert le feu sur la foule. Peu après l'assassinat de Mgr Romero, le Salvador a plongé dans la guerre civile qui a fait. plus de 75.000 morts en douze ans.

Le Monde 22 août 2014. Jean-Michel Caroit

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