Rencontre du pape François et Kyrill patriarche

Communiqué de l'abbé Guy Pillain

Chargé dans le diocèse du service oecuménique, l'abbé Guy Pillain nous communique:

Chers amis, nous venons de vivre un évènement historique important avec la rencontre du pape François et du patriarche Cyrille

Je vous propose d’en remarquer quelques aspects :

 

Le patriarcat de Moscou n’est pas toute l’orthodoxie

Nfrancois-Kirill francois-Kirill  ous avons pu nous réjouir de cette rencontre du pape et du patriarche de Moscou. C’était un évènement d’une importance capitale ! Toutefois, nous devons faire attention : contrairement à ce qu’ont pu déclarer des commentateurs de la radio, ce n’est pas la première fois que le pape rencontre l’orthodoxie. Cela a commencé avec la rencontre de Paul VI avec le patriarche de Constantinople, Athénagoras ; leurs successeurs ont fait de même ; ainsi François et Batholomée se sont rencontrés à plusieurs reprises. La difficulté, c’est qu’on parle d’Eglise orthodoxe comme une seule Eglise. Le siège de Constantinople n’est pas celui de Moscou et si jusqu’à présent le premier des patriarches orthodoxes est celui de Constantinople, celui-ci ne rassemble que quelques milliers de fidèles, tandis que celui de Moscou des millions. Après la chute de Constantinople en 1453, les russes se sont considérés comme la nouvelle Rome, en remplacement de la seconde Rome tombée aux mains des turcs, celle-ci ayant remplacé la première Rome tombée aux mains des barbares ! Dans ses relations avec les orthodoxes, le pape doit donc ménager beaucoup de susceptibilités !

Nous savons que chaque terme de la déclaration commune de Cyrille et François a été pesé et soupesé. Elle est révélatrice de leur vision commune sur un certain nombre de points

 

Des convergences

On remarquera leurs paroles très fortes pour défendre les chrétiens persécutés et exilés du Moyen Orient comme de l’Afrique du Nord. L’importance qu’ils puissent continuer à vivre sur ces « d’où commença à se répandre notre foi et où ils vécurent depuis les temps apostoliques » ; la nécessité qu’ils puissent vivre en bonne entente avec les fidèles des autres religions.

On notera la vision commune concernant la famille, le mariage, le respect de la vie depuis ses débuts jusqu’à la fin, la liberté religieuse la défense des pauvres et la nécessité d’annoncer l’Evangile dans des sociétés sécularisées.

 

Des difficultés demeurent

Cette déclaration commune est aussi révélatrice des points de friction :

Il n’y est pas questions du baptême qui nous est commun et qui nous constitue déjà dans une certaine unité. Je note plutôt l’insistance sur « la tradition commune du premier millénaire » ; cela revient 4 fois (N°4,5,7,24). C’est la base qui nous est commune et à laquelle les orthodoxes revendiquent une fidélité sans faille ; il faut savoir que l’esprit œcuménique, n’est pas partagé partout en Russie, et il est important pour Cyrile de bien préciser qu’il ne renonce à rien !

 

Le problème du « prosélytisme » (n° 24) dont le patriarcat de Moscou a souvent fait le reproche aux catholiques : « Il ne peut donc être question d’utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d’une Eglise à une autre, niant leur liberté religieuse ou leurs traditions propres. Nous sommes appelés à mettre en pratique le précepte de l’apôtre Paul : « Je me suis fait un honneur d’annoncer l’Évangile là où Christ n’avait point été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d’autrui » ( Rm 15, 20). L’utilisation de la citation de st Paul dans ce contexte est intéressante !

 

Lié à cette question, le problème de « l’uniatisme ». Comme les accords  de Balaman, l’avaient souligné, ce n’est pas la bonne méthode pour avancer vers l’unité. On notera cependant cette concession importante : « les communautés ecclésiales qui sont apparues en ces circonstances historiques ont le droit d’exister et d’entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. » Il faut savoir par exemple qu’en Ukraine et dans d’autres pays qui ont vécu sous le régime soviétique, les gréco-catholiques ont parfois bien des difficultés à récupérer leurs églises qui avaient été confisquées au profit de l’Eglise orthodoxe la seule reconnue.

 

La situation de l’Ukraine concentre beaucoup des difficultés actuelles. La diplomatie vaticane a été très discrète sur le sujet et a évité de prendre parti tout en appelant à la paix. Le patriarche Cyrille est dans une situation délicate devant le schisme d’une partie des orthodoxes ukrainiens qui revendiquent leur autocéphalie (être indépendants du patriarcat de Moscou) : « Nous exprimons l’espoir que le schisme au sein des fidèles orthodoxes d’Ukraine sera surmonté sur le fondement des normes canoniques existantes, que tous les chrétiens orthodoxes d’Ukraine vivront dans la paix et la concorde et que les communautés catholiques du pays y contribueront »

 

Nous le voyons, la rencontre entre Cyrille et le pape est un moment important, mais il reste beaucoup de chemin à parcourir. Réjouissons-nous néanmoins du pas qui vient d’être franchi, et portons sans cesse en nous la prière de Jésus « qu’ils soient un afin que le monde croie »

Abbé Guy Pillain

 

 

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