Enjeux-Questions: Le synode sur la famille

Intervention de Monique Beaujard

Enjeux et questions La famille 4 Enjeux et questions La famille 4  Mme Monique Baujard intervenait à la demande du service diocésain de formation permanente pour la journée Enjeux et questions au sujet du synode de la famille. Membre du conseil famille et société de la Conférence des évêques, elle a pu participer à bien des réflexions ainsi qu’à l’étude des réponses remontées par les chrétiens. Avec le conseil de la famille elle a pu participer aux débats avec les évêques et les théologiens.

 

Synode sur la famille, non sur le divorce

Dans la présentation de la journée il était rappelé que les évêques de la région avaient commencé en province la réflexion sur le synode des paroisses. Il était difficile de suivre en même temps deux évènements aussi importants. Il n’est pas trop tard pour s’y intéresser. La matinée démarrait avec un sketch où l’on mitonnait une blanquEnjeux et questions La famille Enjeux et questions La famille  ette… occasion de planter le décor sur les familles où les situations sont bien différentes. Qui peut dire où commence la famille, au quotidien ? Les gestes, la tendresse, les baisers, les cadeaux, les rendez-vous d’amour et le devoir de s’asseoir… cette introduction était une simple invitation à élargir notre regard. Mme Beaujard reprenait au vol cette scénette et rappelait que, à l’annonce du synode beaucoup d’esprits l’avaient rétréci à la question des chrétiens remariés et du regard de l’Eglise à leur endroit. Le titre du synode : “Vocation et mission de la famille dans l’Eglise et la société” donne une toute autre ampleur au programme. Le pape François avait prévu deux sessions. Il savait combien ce sujet serait source de clivages entre les évêques, entre les chrétiens et aussi selon les nations et selon les traditions humaines et théologiques.

 

Le dialogue, lieu de rencontre entre Dieu et l’homme

Pape François Pape François  Dès l’inauguration de son pontificat le pape a évoqué le soin des personnes comme une insistance pour son ministère. Dans l’encyclique Evangelii gaudium reviennent les mots comme soin, miséricorde, dialogue, rencontre… C’est cette vision de l’Eglise comme lieu de dialogue que le pape cherche à mettre en œuvre dans le synode. Il rejoint par là le message du synode sur la Parole de Dieu (25 novembre 2012) : “ Comme Jésus au puits de Sychar, l’Église aussi ressent le devoir de s’asseoir aux côtés des hommes et des femmes de notre temps, pour rendre présent le Seigneur dans leur vie ”. Cette vision de l’Eglise trouve sa source dans la constitution Dei Verbum, sur la Révélation, où Dieu est présenté dans sa relation avec l’humanité : “Dans cette révélation le Dieu invisible s'adresse aux hommes en son immense amour comme à ses amis. Il s’entretient avec eux pour les admettre à partager sa propre vie”. S’entretenir comme avec des amis, vaste programme !

 

Le synode lieu de dialogue

Bien d’autres citations pourraient développer ce thème du soin de la personne et du dialogue. Dialogue est un mot récent introduit dans le langage officiel de l’Eglise en 1964 (Ecclesiam suam). Pour le synode sur la famille le pape a voulu qu’il y ait d’abord une parole donnée, sous forme de consultation, afin que reviennent auprès du magistère les paroles et les attentes des hommes et des femmes, dans la diversité de leurs situations. Pour le pape François, l’idée que la Révélation se fait dans le dialogue a servi à la préparation et à la mise en œuvre du synode. Au cours des deux sessions et entre elles il y a place aux débats. S’il fallait justifier l’invitation faite aux baptisés à prendre la parole il faudrait aussi rappeler que l’Eglise entière est animée du sensus fidei, pas seulement la hiérarchie (relire la dernière communication officielle en juin 2014). Le peuple de Dieu est capable de discerner ce qui vient de Dieu, et les fidèles ne sont pas que “réceptacles de la foi”, ils sont aussi “disciples missionnaires”, appelés à porter la Parole de Dieu.

 

Découvrir la Parole de Dieu

La Parole de Dieu est bien autre chose qu’un corps de doctrine et d’éthique ou une succession de modèles. Elle est d’abord conversation, proximité. Proximité, c’est-à-dire : il faut à chacun ôter ses sandales devant la terre sacrée de l’autre ! Selon les époques, le magistère n’a pas toujours eu ce souci d’écouter et d’honorer la parole des fidèles. Cela explique peut-être l’intérêt porté aux paroles du pape aujourd’hui, comme “une Eglise en sortie”, plutôt qu’une Eglise enfermée dans ses certitudes ses habitudes. Mais le visage de l’Eglise ce n’est pas seulement le pape, c’est aussi chacun et chacune, dans nos conversations. La porte de l’école n’est-elle pas le lieu où se tissent bien des conversations qui présentent aussi un visage d’Eglise, de croyant (e) ?

Que l’Eglise s’exprime dans une pluralité de voix, cela peut sembler nouveau. Pourtant à l’heure de la mondialisation peut-il n’y avoir qu’une seule voix ? Ainsi un dialogue se produit quand un cardinal français entre en dialogue avec un évêque africain ou japonais, à propos de la polygamie ou des mariages mixtes : au Japon, tous les mariages sont mixtes ! En Afrique, la polygamie concerne beaucoup de monde, ce qui n’est pas le cas en France. Il peut donc y avoir de nombreuses incompréhensions. Le pape espère que ce synode, à qui on donne du temps, permettra de lever bien des incompréhensions au sujet de la famille.

 

La réflexion théologique à développer

Mme Baujard évoque l’apport des théologiens à la réflexion, en particulier les théologiens biblistes qui invitent à renouveler notre lecture de la Bible, lecture trop souvent moraliste ou fondamentaliste. Vouloir trouver dans l’Ecriture le bon modèle pour la famille est-ce une bonne approche de l’Ecriture** ? Vouloir faire de la Bible le catalogue des réponses à nos questions sur nos manières de vivre empêche de la recevoir comme lieu de dialogue, de conversation entre Dieu, les croyants d’hier et les croyants d’aujourd’hui que nous sommes. On peut espérer que ces paroles échangées ne resteront pas dans les étagères cachées du synode, mais pourront servir chacun dans sa rencontre du Dieu-Parole vivante.

 

Ces quelques notes reprises de manière succincte ne rendent pas compte de toute la conférence. Retenons surtout l’invitation à élargir la compréhension du synode à toute la famille, pas seulement à la question du divorce. Ce fut l’objet de l’après-midi d’échanges entre l’intervenante et les groupes de réflexion. En voici quelques extraits.

 

Le couple dans la vie sociale. Il nous faut aborder comme un seul ensemble la vie du couple et son environnement économique et social (école, famille et son rôle d’éducation, conditions de travail, favorable ou non aux familles, précarité et solidarité).

 

Mariage, séparation, nullité. Un certain désintérêt apparaît dans la société pour le mariage… pour l’engagement. Cela signifie-t-il que c’est dépassé ? N’avons-nous pas aussi à mesurer un l’intérêt renouvelé : la préparation il y a cinquante ans et aujourd’hui ? Sur les difficultés rencontrées : hier le mariage tenait en partie par des éléments qui lui étaient extérieur, aujourd’hui, il n’a pas beaucoup d’appuis. Sans doute se sépare-t-on trop vite, mais n’y a-t-il pas à revoir notre rapport au temps, à la longue durée, non pour l’annuler, mais lui redonner son sens : dans la société rurale, on savait mesurer le temps : des semailles à la récolte ; dans la société industrielle on mesurait le temps de la réalisation. Dans la société de consommation, le temps a disparu : tout de suite. Pourtant l’expression donner du temps au temps n’est pas encore dépassée. Dans les situations d’échec, quelle parole peut-on avoir ? Certaines expressions sont malheureuses et à revoir, comme “déclaration en nullité”…

 

Le travail des théologiens. Un document sur les contributions théologiques et exégétiques devrait paraître en septembre. Mais pour nous, grand est le risque de donner priorité à l’enseignement au détriment de l’expérience de vie, de l’écoute de la Parole de Dieu, du dialogue avec l’Ecriture. Ainsi il faut comprendre la Bible non comme édiction de normes, mais plutôt comme découverte que, dans ces expériences (riches et regrettables) Dieu propose un chemin de salut et non des paroles de  condamnation. Même dans le désordre, Dieu peut faire entendre son appel. Parfois nous faisons contresens, par exemple pour interpréter Ephésiens 5 , où Paul prend l’image de la relation Homme/femme pour dire quelque chose de l’amour de Dieu pour son Eglise… il ne prend pas la relation Dieu/son Eglise comme règle pour la vie du couple. Une analogie n’est pas l’énoncé d’une règle éthique. Il y a bien d’autres exemples de lecture tronquée. On trouvera l’ensemble des documents sur le synode dans http://carnetsdefamilles.com

 

Contraception ; Humanae Vitae. La lecture de l’enseignement de Paul VI suppose de notre part de dépasser les affirmations à l’emporte-pièce. Paul VI, en 1968, cherchait à éviter la déshumanisation de l’amour. Vouloir dissocier amour, sexualité et fécondité n’est pas le meilleur moyen de comprendre la vie du couple. Cette dissociation risque encore de se développer aujourd’hui, avec les nouvelles technologies médicales sur l’être vivant.

 

S’il n’y a pas de conclusion à ces quelques notes, il y a appel à ouvrir nos horizons, nos oreilles, notre intelligence et notre cœur. Ce qu’espère le pape c’est que le synode éclaire nos chemins en humanité, comme chemins vers Dieu. Faire synode, c’est marcher ensemble. Il ne suffit pas de s’agripper au passé, il faut aussi accueillir en nos mains le présent, en évitant de rêver à un avenir qui nous dépasse. Nous sommes en chemin, en synode et tout n’est pas déjà écrit.

Abbé Hennart

 

Note

** Lire L’autre Christianisme, de Claude Plettner, p.120-125 Bayard 2015

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 3737 visites