La Bible, modèle d’éthique ou chemin de salut ?

Réflexion sur la lecture d'images bibliques

Quelques modèles de la famille dans la Bible.

 

La Bible, modèle d’éthique ou chemin de salut ?

Il arrive parfois de vouloir prendre des récits de la Bible comme modèles de vie. Est-ce la bonne méthode ? De nombreux exemples peu recommandables sont présentés au fil des pages, et le projet de l’écrivain sacré semble moins de donner des modèles que de montrer que Dieu peut écrire droit avec des lignes courbes ou, pour être plus théologique : les récits de la Bible tendent à montrer que, même dans les situations les plus négatives, Dieu peut faire grandir sa grâce, permettre à l’homme d’avoir part à son salut, à sa Vie.

 

Ainsi, la finale de l’Evangile de Jean montre Jésus prenant à part Pierre. Par les trois questions “Pierre m’aimes-tu ?”, qui rappellent le triple reniement, ce récit manifeste combien Dieu donne et pardonne en choisissant Pierre. Jésus lui confie la responsabilité envers son Eglise, lui redonne toute sa confiance.

Il en est de même pour Adam et Eve à l’autre bout de la Bible : quoiqu’expulsés de l’Eden, ils n’en restent pas moins objet d’attention (de miséricorde) de la part du créateur et Dieu ne leur retire pas sa bénédiction.

 

Certains groupements de chrétiens utilisent les récits bibliques pour y trouver le modèle idéal de la famille. Etait-ce le but des rédacteurs de ces récits ? Non. Il est donc instructif de relire les récits en évitant d’imaginer ce pour quoi ils ne sont pas faits. Ils ne sont pas là pour nous faire rêver à un idéal, mais pour manifester la miséricorde de Dieu en toute occasion.

 

La Bible est d’abord un recueil où des croyants observent les fonctionnements de la vie en société et devant Dieu. Il n’est regrettable de vouloir en faire d’abord un livre de prescriptions éthiques au lieu de la recevoir comme expression de l’amour de Dieu pour nous. Si l’on est tenté par un mode d’interprétation juridique, il faudrait alors relire le point de vue de saint Paul au sujet de la Loi, dans sa lettre aux Galates quand il invite à produire les fruits de l’Esprit : “amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maitrise de soi. En ces domaines la Loi n’intervient pas”

 

adam eve adam eve  Claude Plettner (L’autre christianisme p.120-125) évoque quelques récits bibliques où les couples présentés ont quelque chose de terrifiant. A commencer par Adam et Eve. Considérons donc la première famille, selon la Bible : un papa, une maman et leurs deux enfants. On y trouve déjà exposé un principe à la base de bien des discussions dans la famille : “C’est pas moi, c’est elle !” A la fin du récit de la Création, ils sont expulsés du jardin, signe d’échec ? Quant à l’éducation donnée à leurs enfants, elle ne fut pas une réussite puisqu’on voit l’aîné tuer son cadet dans un emportement de jalousie. Modèle de famille loin d’être parfait. Et pourtant le chemin de la grâce de Dieu passera dans ce couple et chez les héritiers.

 

agar agar  Si maintenant l’on parcourt la saga de l’ancêtre, Abraham, le père des croyants, nous le voyons faire un enfant avec sa servante Agar, (cela ressemble fort à ce qu’on appelle dans les temps modernes ‘faire appel à une mère porteuse’) ; puis Abraham expulse Agr et l’enfant Ismaël vers le désert, (envoi à la mort). Or c’est Dieu qui personnellement se préoccupera de l’avenir de l’enfant et de sa mère. Au cours de ses itinérances, en Egypte en particulier, le patriarche “prête” son épouse à Pharaon, sans que cela ne lui soit reproché ; et il récidive avec Abimélek, un prince local.

 

Le neveu d’Abraham, Loth est enivré par ses filles, pour le contraindre à l‘inceste afin qu’elles aient une descendance ; Quand au deuxième fils, Jacob, il trompe avec une roublardise peu commune son père, afin d’obtenir le droit d’aînesse et l’héritage prévu : pour un plat de lentilles, il a détrôné Esaü son aîné. Par la suite Jacob sera bigame, avec Léa comme première épouse et Rachel, la fille de son cœur. Il aura douze enfants issus de ses deux femmes et de ses deux servantes. Ensuite après une mésentente entre frères, Joseph, le plus jeune, sera vendu à des caravaniers du désert “pour s’en débarrasser” ! C’est pourtant dans cette histoire nauséabonde qu’apparaît lejoseph vendu joseph vendu   salut pour toute la famille.

David Bethsabee David Bethsabee  

 

Malgré les honneurs et le respect dus au grand roi David, ce dernier semble être un homme à femmes.

Il n’hésite pas à faire mourir Urie, le mari de l’une d’elle, Bethsabée, pour se l'approprier. Elle- même intervient dans le choix du futur roi… et sur la fin de la vie de David, on fait venir une soubrette pour le réchauffer.

 

L'arbre de Jessé L'arbre de Jessé  
Enluminure reprenant la promesse d'une descendance au père de David. Jésus, fils de David.
Enluminure reprenant la promesse d'une descendance au père de David. Jésus, fils de David.
Peut-on parler de bon modèle matrimonial et fraternel pour ce qui concerne la famille d’Amnon, qui viole sa demi-sœur Thamar, laquelle se prostitue avec son beau-père ; ou quand est perpétré le meurtre d’Absalom ? Rahab, autre prostituée de Jéricho, sera honorée pour l’aide apportée aux Hébreux lors de leur entrée en Terre promise. Or, Thamar, comme Rahab ou Bethsabée se sont citées dans la généalogie de Jésus selon Matthieu : ‘Dieu écrit droit avec des lignes courbes !’ Quant au Cantique des cantiques, on y trouve quelques pages que les puristes aimeraient expurger. Il y a aussi de belles rencontres, comme Booz et Ruth et des histoires édifiantes.

 

On pourrait évoquer bien d’autres histoires. Certaines sont ignorées, d’autres sont réinterprétées. Même la “Sainte Famille” des Evangiles est tellement hors du commun qu’elle ne saurait constituer un modèle, une norme : les structures élémentaires de la parenté y sont chamboulées et subverties. Dans le corps de l’Evangile, les relations de Jésus avec sa famille ne sont pas toujours (pas souvent) au beau fixe, ainsi la “disparition” de Jésus à l’âge de douze ans, ou la question en forme de réprobation: « qui sont ma famille, ma mère, mes frères et mes sœurs ? Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère ». Marc 3,35. Jean aussi signale les désaccords profonds entre Jésus et les siens lors de la montée à Jérusalem (Jn 7).

 

Plutôt que de vouloir faire dire aux Ecritures des orientations qui ne sont pas les siennes, mieux vaut se mettre à l’écoute de théologiens comme Pie XII (rôle de l’Esprit pour les la rédaction des Ecritures, Divino afflante 1943), ou de Benoit XVI sur la manière d’interpréter les Ecritures (Verbum Domini), ou se mettre à la suite de Jésus (message final du synode au peuple de Dieu du 28.11.2012).

Soleil (4) Soleil (4)  

L’aspect compliqué de la plupart des familles souvent hors des normes, décrites dans la bible, devrait nous inciter à la prudence et à la prière… pour éviter une lecture fondamentaliste, littérale mais expurgée de ce qui dérange. L’Esprit-saint (Paraclet) n’est pas d’abord un donneur de leçon, il est envoyé par le Père et le Fils pour nous aider à comprendre les Ecritures et les paroles de Jésus, pour nous aider aussi à mettre en œuvre les paroles de Jésus, comme ce fut le cas pour les premiers témoins.  E.H.

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 811 visites