Et ton frère? Approche biblique

 

Qu'as-tu fait de ton frère?

Regarde ton frère ! Regarde ton frère !  Dans le ch 4 de la Genèse, premier livre de la Bible, l’auteur sacré nous présente un dialogue entre Dieu et Caïn. Caïn vient de tuer Abel, son frère. Et la voix se fait entendre : « Qu’as-tu fait ? »… la réponse immédiate de Caïn « suis-je le gardien de mon frère » mérite aussi d’être citée dans nos discours, tant elle ressemble à cette autre parole du XXème siècle : on ne peut porter toute la misère du monde ! ». Dans la Bible il n’y a pas de réponse à l’objection… c’est une manière de laisser chacun avec sa conscience. La question est posée… elle attend une réponse.

La Bible fourmille de témoignages concrets comme autant de réponses à cette attente de Dieu. Il faut y entendre aussi les interpellations des prophètes, ceux que l’on fait taire, comme les plaintes du pauvre qui crie vers Dieu (voir le livre des psaumes). L’appel permanent à la conscience a été remplacé par l’enseignement de la crainte de Dieu et de son regard courroucé contre l’homme. Est-ce la raison du rejet de la foi judéo-chrétienne par les élites des nations, celle d’avoir transformé l’appel à la conscience par la  Loi venue d’en-haut ?

 

Mais qui est mon frère?

Les fils d'Abraham, Bourges Abraham  
Les fils d'Abraham, Bourges
Les fils d'Abraham, Bourges
Dans l’histoire d’Abraham, il y a aussi une histoire de frères que l’on ignore. Abraham et Sara sont amenés à déshériter l’ainé, à l’envoyer au désert pour qu’il meure… Et c’est Dieu lui-même qui vient prendre la défense de Sara, d’Ismaël. C’est même Dieu qui donne un nom, une bénédiction et un héritage au fils rejeté. Ismaël et Isaac, deux frères aux yeux de Dieu. Au-delà d’une affaire de famille, ce récit est une interpellation aux peuples de l’Ancien Moyen-Orient à revoir leurs comportements, les uns envers les autres : guerres et pillages étaient monnaie courante : c’est pas mon frère ! Cette attitude est hélas encore d’actualité au XXIème siècle. (Lire Genèse 16 ; 21 ; 25,12

 

Pourtant ce n’est pas au nom de la fraternité charnelle, descendance d’un même père, que la Bible invente le souci de l’autre, mais au nom d’une expérience commune partagée : “souviens-toi que tu étais immigré, maltraité en Egypte, et c’est Yahvé qui a entendu tes plaintes, qui s’est fait ton protecteur (en hébreu : goël)”. (Dt 15,15). Aussi, au moment de la fête pour Dieu tous participent à l’évènement : “ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite et l’étranger, l’orphelin et la veuve qui vivent proche de toi”. (Dt, 16,14).   Le texte de la Loi est clair : “Vous aimerez donc l'étranger car vous-mêmes vous avez été des étrangers et Egypte” (Dt 10,19).

 

La préférence de Yahvé pour le pauvre, l’orphelin et l’étranger est une caractéristique du courant deutéronomique, qui s’enracine dans l’expérience de Jérusalem au temps du roi Josias, alors que la ville s’agrandissait. Il fallait bien des lois pour tous, et les justifier. Les prophètes premiers dans leurs discours avaient montré la voie (Osée, Amos, puis le premier Isaïe, quand il invite à se tourner vers le pauvre avant de faire monter l’encens vers Yahvé… cf. Isaïe 1, 10ss.). Le second Isaïe garde cette orientation : si tu te prives pour l’affamé, si tu rassasie l’opprimé, ta lumière se lévera dans l’obscurité… ch 58,10. “Celui sur qui je porte les yeux, c’est le pauvre et l’humilié” (Is 66,2)… “Je viendrai rassembler toutes les nations et toutes les langues” Is 66, 18

 

Qui sont ma mère, mes frères ?

 

Jean affirme au début de son évangile : il est venu chez les siens, mais les siens ne l’ont pas reçu ! Marc de son côté évoque une altercation entre Jésus et ses auditeurs : "Qui est ma mère ? Et mes frères ? … Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère." Marc 3,34. Abraham accueille Lazare le pauvre. Luc 16,19 Abraham  
Abraham accueille Lazare le pauvre. Luc 16,19
Abraham accueille Lazare le pauvre. Luc 16,19

On connaît aussi la finale de Mtt 25 où Jésus, après avoir évoqué : "J'avais faim... J'avais soif... J'étais un étranger... J'étais nu... J'étais malade... en prison...", après s’être identifié avec l'homme fragile et blessé, conclue : "Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait...".

 

Une caractéristique du témoignage de Jésus, pèlerin au milieu des hommes de son temps, c’est son attention et sa proximité à toute personne que la société estime non fréquentable. Le mot frère n’est pas employé à chaque occasion, mais l’attitude est non équivoque : une attitude de fraternité à laquelle il invite tous ses disciples. Plus tard, les membres des premières communautés se désigneront comme frères.  

Si les disciples de Jésus peuvent s’appeler frères, c’est d’abord parce qu’ils ont reconnu en Dieu le Père de tous, celui qui aime chacun et invite à devenir une même famille. Il n’y a pas d’automatisme, mais un libre choix de se reconnaître de la famille de Dieu, avec Jésus, le Fils, le premier d’une multitude. Plus tard Jean traitera de menteurs ceux qui disent aimer Dieu et qui ignorent leurs frères. (1 Jean)

 

La foi chrétienne invite à briser les frontières, les séparations que les hommes établissent entre eux, à devenir serviteurs de tous à la suite de Jésus. Paul l’apôtre des nations l’exprime d’une manière qui ne souffre aucune exception : en Jésus, il n’y a plus ni juif, ni grec, il n’y a ni esclave ni homme libre,  il n'y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus notre Seigneur... C'est vous qui êtes la descendance d'Abraham..." (Gal 3, 26-29).

 

La grande tradition de l'Eglise

 

 

Elaboré à la demande de Jean-Paul II Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise  
Elaboré à la demande de Jean-Paul II
Elaboré à la demande de Jean-Paul II
Plus tard, au fil des siècles s’élaborera dans l’Eglise ce que l’on appelle enseignement social (ou doctrine sociale). Elle fait moins appel à la conscience d’être frère, et davantage aux principes hérités de la philosophie . Ce discours se veut universel, et non réservé aux seuls croyants… Jean-Paul II a souhaité la rédaction d’une synthèse de cet enseignement. On le trouvera dans le compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise édité en français en 2005. Ce document reprend nombre de textes des papes et des conciles

 

Le récent document des évêques de France « Qu'as-tu fait de ton frère ? » est une nième recommandation pour prendre au sérieux le message de l’Evangile et le traduire dans la quotidienneté de notre existence, et dans le choix de nos appartenances idéologiques.

29 janvier 2007. Il fse situe clairement comme une invitation à la réflexion, avant le temps des élections présidentielles.

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 6122 visites