Le diaconat d'hier à aujourd'hui

Journée enjeux et questions

Cette année 2009, deux rencontres des diacres avec notre évêque, la journée de formation “Enjeux et questions” ont permis d’approfondir la réflexion sur la place du diaconat dans l’évolution de la société et de l’Eglise, et de voir comment se vit aujourd’hui le diaconat dans notre diocèse. Mais quelle est l’origine du diaconat ?

Lire le témoignage de deux diacres.

Quelques chiffres de mai 2009

 

Brève histoire du diaconat dans l’Eglise d’Occident.

 

Le diaconat remonte aux origines de l’Eglise dans deux textes fondateurs –Actes 6, 1-6, l’institution des Sept- et Jean 13, 1-20, le lavement des pieds. Du deuxième jusqu’à la fin du troisième siècle, le diaconat jouit d’un grand prestige. Dans chaque Eglise locale, l’évêque qui, seul préside l’Eucharistie, est entouré d’un conseil de presbytres (“les anciens”) qui le conseillent dans sa tâche, et de diacres, ses premiers collaborateurs, pour annoncer la Parole de Dieu, l’aider dans sa présidence de la charité et organiser la communauté. Quand le christianisme devient religion d’Etat (Edit de Thessalonique en 380), l’Eglise est en pleine expansion.


Les presbytres deviennent chefs de communautés, pourvoient aux besoins eucharistiques des communautés, le culte prend de l’importance au détriment du service de la charité, et le diaconat va décliner. Pour quatre raisons : 

1)-Conflits de pouvoirs entre diacres et prêtres.
Le pouvoir des prêtres va se concentrer sur la célébration des mystères sacrés, au détriment de l’annonce de l’Evangile et du service des pauvres. Peu à peu la figure du prêtre s’impose.

2)-La multiplication des paroisses et la sacerdotalisation du ministère.
On assiste à la création des paroisses avec un prêtre à sa tête, ayant les pouvoirs de présider l’eucharistie, la fonction des diacres devient liturgique au service non plus de l’évangile et de la charité, mais des prêtres. Nous sommes sur la voie du diaconat considéré comme une étape pour accéder au presbytérat.

3)-La multiplication des services caritatifs offerts hors diaconat.
Le service de la charité est assuré par les ordres religieux et par des associations de laïcs qui exerceront prioritairement cette diaconie.

4)-L’imposition de la loi de continence.


La loi de continence se transformera en loi du célibat préalable à toute ordination, y compris l’ordination diaconale. Cette discipline ajoutée à toutes les autres difficultés sonnera la fin du diaconat comme état permanent dans l’Eglise latine au 7éme siècle.

Alors la question sera : quel diaconat à Vatican II ? L’Eglise a-t-elle voulu restaurer quelque chose de perdu ? Ou a-t-elle voulu faire du neuf ?
Dans un monde en mutations, quel diaconat et quelle mission pour aujourd’hui ?

 

Le diaconat et sa rénovation.

 

Les rapports Eglise/société ont bien changé et c’est dans ce contexte que l’Eglise a rétabli le diaconat comme ministère permanent. Il s’agissait de créer du neuf dans la vie et la mission de l’Eglise. Mais pour répondre à quels besoins nouveaux ?


1)-Premiers frémissements…vers la rénovation du diaconat.

-En Allemagne, dans les années 1930, sur la suggestion de la Caritas (la diaconie de l’Eglise)
Le souci des pauvres…

-Après la guerre, dans les années 1950, des prêtres ayant connu la captivité se préoccupent d’un renouveau missionnaire en pleine pâte humaine.
Le souci de ceux qui sont loin…

-Dans les « pays de mission », dans les Eglises essentiellement catéchuménales, on soutient l’ordination des diacres comme solution possible au très petit nombre de prêtres.
Le ministère du seuil…

L’idée du diaconat a pris naissance sur les fonts baptismaux de la mission et non d’abord dans le chœur de l’Eglise.

 

2)-Réflexion théologique et pastorale.

Deux arguments théologiques vont peu à peu s’imposer :
-Le diaconat fait partie du sacrement de l’Ordre, dans une situation non pas subordonnée mais conjointe au presbytérat : relation directe des prêtres et des diacres à l’évêque.

-Le diaconat est à comprendre dans sa relation à l’Eglise locale, où la charité et l’eucharistie se rejoignent.

 

3)-Débats et décisions au Concile Vatican II.

D’après Lumen Gentium 29 et Ad Gentes 16 § 6, se dégagent cinq affirmations majeures ;

*Le diaconat est l’un des ministères ordonnés à part entière.
*Ce ministère est exercé « en communion avec l’évêque et son presbytérium ».
*Les diacres sont ordonnés « non pas en vue du sacerdoce, mais en vue du service ».
*La triple diaconie de la liturgie, de la Parole et de la charité, triple charge aussi des autres ministères, mais pris sous l’angle du service.
*Ce ministère sera conféré à des hommes mariés

 

4)-Les orientations de l’épiscopat français.

L’assemblée plénière des évêques de France a voté le rétablissement du diaconat en 1966.
Les orientations missionnaires de 1967 étaient : « les pôles de non croyance (ceux qui sont loin), les pôles de misère (les plus pauvres), les pôles de développement (les responsables du monde d’aujourd’hui et de demain) »
Deux ans plus tard une note précise :
« Les évêques français marquent leur préférence pour les diacres qui, quotidiennement, au contact des hommes grâce à leur situation familiale et professionnelle, puissent en pleine vie témoigner du service que le Peuple de Dieu doit rendre aux hommes à l’exemple du Christ… »

 

Qu’en est-t-il aujourd’hui ?

 

La grande majorité des diacres a été ordonnée dans ces orientations, mais la situation est en train de bouger. Les raisons tiennent à l’évolution de la société et de l’Eglise, mais aussi au passage à la retraite des diacres, à la diminution du nombre de prêtres, et aux demandes sacramentelles toujours fortes.


Dans la note des évêques, le Peuple de Dieu est concerné par la diaconie, le service de la charité qui fait partie de la nature même de l’Eglise. Quelques-uns ont été ordonnés pour rappeler cela à tous les baptisés. Le diacre est un ministre dont la mission, selon Alphonse Borras, est de « signifier la vocation diaconale de l’Eglise. » La diaconie de l’Eglise est beaucoup plus vaste que le caritatif, elle touche et fonde toute vie chrétienne, toute communauté chrétienne. Pas de vie chrétienne sans diaconie.
« Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. » Matthieu 25, 40.


Les pôles définis par les évêques demeurent valables, mais il y a un équilibre à trouver dans la collaboration avec le prêtre. Ni super laïc, ni vicaire de Monsieur le curé, le diacre invite la communauté chrétienne à s’ouvrir sur le monde, à être diaconale, et c’est toute cette vie du monde qu’il apporte à l’offertoire. La diaconie, c’est l’Eglise en situation de service de l’humanité et en particulier des plus pauvres.


Mgr Albert Rouet définit ce que le diacre apporte : « aux non chrétiens, il apporte le témoignage que l’humanisation n’est pas facultative, ni matière à option, elle constitue une exigence radicale…Aux chrétiens, le diacre rappelle que le Christ est la source de toute action de justice et de paix…et que…loin de concurrencer les laïcs chrétiens engagés, le diacre leur donne, tout près d’eux, en partageant leur vie professionnelle et familiale, la source de leur action. »


Il y a donc aujourd’hui plusieurs visages de diacres, comme du reste, dès les origines de l’Eglise ! La figure du diacre est encore appelée à évoluer en fonction des besoins nouveaux de l’Eglise.
Laissons le dernier mot à Marceline, une pauvre de Toulon, qui définissait ainsi le diacre :
« C’est quelqu’un qui te donne le Bon Dieu sans confession ! ».

Christian Tilmont, diacre
Délégué épiscopal au Diaconat Permanent.
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 7418 visites