La question des divorcés-remariés

Journée Enjeux et questions. Mme Michèle Clavier

Le mariage hier, aujourd'hui, demain ;

la question des divorcés-remariés.

 

Michèle Clavier Enjeux et questions mai 2011  
Michèle Clavier
Michèle Clavier
   La journée Enjeux et question du 19 mai 2011 était consacrée à un sujet délicat : “Le mariage, hier, aujourd’hui, demain. La question des divorcés-remariés”. Mme Michèle Clavier, théologienne à la faculté de Théologie de Lille, a bien voulu apporter l’éclairage théologique nécessaire pour aborder plus sereinement les difficultés du temps présent.

 

Mariage, divorcés Théologie et pastorale Enjeux et questions mai 2011  
Mariage, divorcés Théologie et pastorale
Mariage, divorcés Théologie et pastorale
Il est nécessaire de connaitre l’histoire du sacrement de mariage pour comprendre la théologie aujourd’hui développée et affronter les problèmes d’interprétation : Comprendre de où vient ce sacrement, qui est loin d’être une histoire tranquille. Le regard sur la longue durée permet de se rendre compte que les choses changent beaucoup dans l’Eglise mais il faut du temps, des dizaines, voire des centaines d’années. Cela suffira-t-il à nous faire prendre patience ? Ce sont les questions pastorales qui ont fait bouger la théologie. Patience ! Ce n’est pas nous qui verrons l’aboutissement des questions !!!

 

I Histoire du sacrement de mariage.


Au premier millénaire chrétien, le mariage n’est pas un sacrement.
Notre liste de sacrements date du XIIème siècle. Les chrétiens, disciples de J-C, baptisés ne vivent pas “n’importe quoi”, mais la vie du couple et la sexualité ne fait pas objet d’attention développée de la part de l’Eglise.
Mariage, divorcés Théologie et pastorale Enjeux et questions mai 2011  
Mariage, divorcés Théologie et pastorale
Mariage, divorcés Théologie et pastorale
• Aux 1er-3ème siècles, les chrétiens se marient comme tout le monde. Ils vivent selon les règles de la société romaine de l’époque. (Un témoignage: la lettre à Diognète)
• Au 4ème siècle, Après la fin des persécutions, on n’a plus peur de se montrer chrétien. On voit apparaître des fêtes familiales autour du mariage et des bénédictions nuptiale ; la bénédiction, jusque-là données par le père de famille est donnée par le prêtre ou l’évêque, quand il est invité.
• 9ème le mariage, le contexte social devient difficile, avec violences et anarchie ; développement des mariages clandestins, les formalités civiles passent aux mains des clercs ; l’objectif est de mettre un peu d’ordre. Le mariage consiste toujours en l’échange entre époux et la bénédiction. Dès l’an mille le mariage passe sous le pourvoir juridictionnel de l’Eglise.


Deuxième millénaire :
Le mariage va devenir sacrement quoique pauvre au plan spirituel. Il n’est qu’un “contrat”
• Au moyen-âge, 12è, s’établit une liste de 7 sacrements, dont le mariage. Cela peut étonner dans la mesure où la sexualité n’étant pas très bien considérée par l’Eglise. Pouvait-il y avoir matière à sacrement ? La première justification qui apparaisse est de maitriser la sexualité, le mariage étant tout au plus justifié par la procréation : “pour faire des enfants”. Il reste défini par le consentement des époux. Plusieurs conciles en parlent. En 1215, 4ème concile Latran impose la publication de bans pour éviter les mariages clandestins. (Ce concile a imposé les pâques, signe que les chrétiens d’alors ne communiaient plus ; il impose la confession annuelle, jusque là possible une fois dans sa vie.). . Le concile de Florence au XVème siècle définit le triple bien du mariage : 1.avoir des enfants et les enseigner chrétiennement ; 2. Fidélité de chacun envers l’autre. 3. Indissolubilité du mariage, puisqu’il est affirmé qu’il signifie le lien du Christ à l’Eglise
• Au concile de Trente 1545-1563. Ce concile répond aux pressions des Réformateurs, qui contestent les 7 sacrements pour n’en retenir que deux. En 1563 est rendue obligatoire la forme canonique, c’est-à-dire passer devant le curé et 2 ou 3 témoins. C’est le décret Tam etsi. Le prêtre est “assistant au mariage”, il ne fait pas le mariage.
• Très peu d’évolutions ultérieures. Depuis le concordat de 1801, l’Etat reprend en charge la mariage qui redevient donc un acte civil. La réglementation canonique va se développer autour des devoirs et empêchements du mariage. Voir l’arsenal canonique compliqué autour de ces réglementations.
C’est à la toute fin XXème siècle qu’on voit une évolution théologique venir au jour.

Troisième millénaire chrétien :
L’évolution heureuse est de considérer Le mariage comme une grâce.
Avec le concile Vatican II, cette réflexion est développée, un nouveau rituel institué .
Le code canonique de 1917, est révisé 1983. Il définit le mariage en reprenant le décret Tam etsi. (canons1108 ; à 1112). Dans certaines conditions, un laïc peut être le témoin officiel. En France la conférence épiscopale de France ne l’a pas demandé et donc ce canon ne s’applique pas chez nous. Avec Vatican II et, un peu avant lui, Pie XI encyclique Casti connubilii, 1930 : le bien des conjoints passe avant la procréation. Voir Gaudium et Spes 47-52.

 

Gaudium et Spes § 47 “La santé de la personne et de la société tant humaine que chrétienne est étroitement liée à la postérité de la communauté conjugale et familiale. § 48 L'homme et la femme qui, par l'alliance conjugale "ne sont plus deux, mais une seule chair" (Mt 19,6), s'aident et se soutiennent mutuellement par l'union intime de leurs personnes et de leurs activités; ils prennent ainsi conscience de leur unité et l'approfondissent sans cesse davantage. Cette union intime, don réciproque de deux personnes, non moins que le bien des enfants, exigent l'entière fidélité des époux et requièrent leur indissoluble unité”.


La dignité du mariage et de la famille est longuement précisée. Le mariage comme communauté de vie, la famille, cellule d’Eglise, église domestique. La grâce de ce sacrement concerne toute l’Eglise et sa mission. Le mariage est un don de Dieu à vivre.

 

II Théologie du sacrement de mariage

 

• A partir de Dieu-Amour (cf.st Jean), où Dieu est présenté comme relation, Dieu se donne dans l’Alliance. Le sacrement du mariage est alors compris comme sacrement de l’alliance. Comme le baptême nous marque pour toujours, fidèle ou non à notre baptême, tout sacrement est une alliance, serment d’alliance de Dieu avec nous et par là indissoluble : on ne peut annuler cette alliance où Dieu donne son propre Fils. Le couple devient image de cette alliance, communauté de vie. (Cf. Eph 5, 32 ce mystère est grand…)
• La grâce du mariage est un don à vivre… don qui doit porter du fruit : grâce de fécondité et de charité conjugale d’abord. E n’est pas une question de durée ou de longévité de vie… c’est un engagement appelé à porter du fruit à vie et cette fécondité n’est pas à réduire à la place des enfants. L’amour est appelé à rayonner, dans l’Eglise et le monde (action humanitaire et autres ; être signe de joie… vis-à-vis des jeunes). Aujourd’hui être signe de fidélité c’est continuer cet engagement, ce n’est pas rien !

 

III Pastorale du mariage et du… remariage après divorce.

 

Le problème vient de la définition canonique du mariage : puisqu’il est défini par l’échange de consentement entre les époux, civil puis ratifié devant le curé et les témoins. Le mariage civil de deux non-baptisés, est considéré comme indissoluble
a)S’il y a divorce, l’Eglise ne condamne pas la personne divorcée ; la personne garde tous ses droits dans l’Eglise, y compris de communier. Dans certains cas, reconnaissance de la nullité du premier mariage.
Le problème du remariage, dans la mesure où le, premier mariage demeure aux yeux de Dieu, le remariage apparait comme adultère par rapport au premier mariage qui est indissoluble et donc cette personne ne peut être pardonnée de cet adultère puisque le pardon suppose la conversion et donc d’abandonner le péché.
Il fallait comprendre ce “point de vue technique” avant d’aborder le “point de vue pastoral”.

b) Pour avancer sur ces questions (peut-être en attendant 2-3 siècles), il faut parler vrai et non biaiser. Aujourd’hui l’Eglise ne propose pas de solution. Cependant quelles sont les ouvertures possibles ?
Dans certains cas, il y a possibilité d’entamer une procédure de reconnaissance de nullité (et non d’annulation. Le saint Père demande de ne pas abuser de cette procédure).
Pour beaucoup, il n’est pas tenable de dire qu’ils font toujours partie de l’Eglise, mais leur interdisant de se nourrir de l’eucharistie. Devant cette attitude de l’Eglise (Comment l’Eglise pourrait-elle parler autrement a propos du divorce, compte tenu des sociétés qui facilitent le divorce ? Reconnaissons que l’Eglise parle avec une extrême prudence qui ressemble, pour nous, à un refus pur et simple. Nous sommes en face d’une interprétation négative de l’Eglise catholique. D’autres Eglises raisonnent autrement).
Il y a une interprétation une attitude positive à encourager ; pour nous catholiques, c’est une obligation de solidarité envers l’Eglise “ma” mère..


L’Eglise c’est nous tous, quand un corps souffre, tout le corps souffre. Ce ne sont pas seulement les divorcés remariés qui soufrent. Cette souffrance est notre aussi. Se dire aussi que si ’Eglise en est là, c’est qu’elle n’a pas encore trouvé la réponse juste et vraie. Elle cherche. On ne peut enrichir la théologie du mariage et reconnaitre le divorce.
Un autre aspect positif serait de dire que ces personnes peuvent et doivent se nourrir autrement, faute d’eucharistie. (St Thomas prenait la comparaison avec le corps qui peut se nourrit de diverses manières). Il nous revient de les soutenir : la prière, la parole de Dieu sont nourriture. Pour manifester notre solidarité à leur égard, n’aurions-nous pas à jeûner l’eucharistie, pour réapprendre à nous nourrir. Le document du prochain congrès eucharistique de Dublin parle de la communion spirituelle :


“Parmi les fidèles qui assistent à la Messe, certains peuvent ne pas être en situation de recevoir la communion, mais tous sont en mesure de vivre ce qui est appelé une “communion spirituelle”, dans le sens d’un acte d’adoration, en s’unissant au mouvement d’offrande qui est célébré à la Messe. Sainte Thérèse d’Avila écrivait : « Quand vous ne recevez pas la communion et que vous ne participez pas à la Messe, vous pouvez faire une communion spirituelle, qui est une pratique très bénéfique ; l’amour de Dieu sera ainsi grandement imprimé en vous. Nous sommes tous d’une manière ou d’une autre unis par l’Esprit Saint. Ceux qui ne peuvent pas recevoir la communion peuvent déclarer dans leur cœur leur profond désir de la recevoir et unir leur être et leur souffrance du moment au sacrifice de Jésus Christ. Depuis quelque temps, on invite souvent pendant la Messe ceux qui ne peuvent pas recevoir la communion sacramentelle – par exemple, les enfants avant leur Première Communion et les adultes qui ne sont pas catholiques – à recevoir une « bénédiction » au moment de la communion. Ch. VI c.
 

Conclusion
 

Nous sommes appelés à manifester envers les personnes concernées et nous-mêmes, en Eglise, vérité et miséricorde tout ensemble. Humblement, acceptons de ne pas avoir réponse à cette douloureuse question, et demandons-là à l’Esprit-Saint. Peut-être ne “cassons-nous pas assez les pieds à Dieu” à ce sujet. Puisse la prière nous soutenir et l’espérance nous accompagner !

 

Mariage, divorcés Théologie et pastorale Enjeux et questions mai 2011  
Mariage, divorcés Théologie et pastorale
Mariage, divorcés Théologie et pastorale

 

 

Echanges et informations

 

La seconde partie de cette journée a été l’occasion de relire les orientations pastorales de 1992 et sa réédition en 1998. Occasion aussi d’entendre diverses pistes à étudier, peut-être à mettre en œuvre ? On retiendra avant tout un appel aux prêtres et chrétiens à vivre la compréhension et l’accueil fraternel, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus.


Quelles attitudes avons-nous ? Répondre à l’offre à la demande, sans interroger les couples sur ce qu’ils demandent ? Serait-il possible de répondre aux demandes par un sacramental (une bénédiction) et non par un sacrement qu’ils ne demandent pas ? Ne serait-ce pas alors reconnaitre le concubinage ? Possible chantier à ouvrir, mais sans perspective immédiate de mise en œuvre. Comment sortir de la dialectique Oui/non, de validation ou de refus, et nous situer sur chemin à parcourir avec des couples ?


Chancellerie.
Mme Carole Hurtrel a signalé son travail à l’évêché et les difficultés rencontrées à la chancellerie, ainsi que dans l’accueil des directives qu’il lui revient de communiquer.

Officialité. Père Jacques Dubois; Mme Bérengère de Chabot

Lecture conseillée : « Accueillir les divorcés“ l’évangile nous presse Guy de Lachaux, éditions de l’Atelier
Préparation mariage. En cours de finalisation : dossier pour développer la dimension catéchétique et annonce de l’Evangile, dans la préparation au mariage.
Des mouvements chrétiens d’accompagnement de divorcés. Renseignements :
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 4165 visites