Fiche 03 Matthieu 5-7

premier discours: le sermon sur la montagne

Annonce de la Bonne Nouvelle 5 à 7.

Premier discours : le sermon sur la montagne.

 

Remarque : pour rester attentifs au texte lu, n’oubliez pas de reprendre les questions telles qu’elles sont proposées dans le fiche 00. Il est conseillé de lire d'abord le texte de l'Evangile, ch. 1 et 2 de Matthieu avant de lire cette fiche. Le texte ci-dessous est proposé en format pdf en bas de page pour être imprimé en recto-verso

 

Rappel de ce qui précède.
 

 

Les ch. 1 à 4 de Matthieu étaient une préparation à l’annonce de la Bonne Nouvelle. Une lecture attentive nous a fait dépasser l’émerveillement habituel des récits de l’Enfance pour découvrir que Matthieu y inscrivait déjà des situations conflictuelles et des oppositions que la suite de l’Evangile mettra en évidence. Le récit des tentations a manifesté le souci de Jésus d’être fidèle à la Loi. Quelle est donc cette Loi et comment Jésus l’interprète-t-il ? Tel est l’esprit des ch. 5 à 7.

 

Lecture d’ensemble
 

 

Lac de Capharnaüm Lac de Capharnaüm   Cette section ne peut se résumer aux Béatitudes (5, 1-12, introduction au sermon) ni à l’image de la maison bâtie sur le roc (7, 24-27, conclusion). Ces deux paragraphes encadrent le “sermon” recomposé par Matthieu, à partir des nombreuses paroles de Jésus prononcées sa vie durant, au cours des enseignements. Bien des paroles proviennent des conflits de Jésus avec les autorités du judaïsme de son temps. Quand Matthieu reprend et réorganise les enseignements de Jésus quarante ans plus tard, il le fait pour éclairer la communauté judéo-chrétienne des années 80.

 

La communauté de Matthieu. En elle existait un conflit, entre les tenants de l’observance Pharisienne de la Loi, et les courants hellénistiques (chrétiens d’origine païenne) issus de la pensée de Paul. Pour ces derniers, le salut est obtenu par la foi en Jésus et non l’observance scrupuleuse de la Loi. Ceux qui ont lu les Actes peuvent relire Ac. 13, 38-39 : “ C'est par Jésus que la rémission des péchés vous est annoncée. L'entière justification que vous n'avez pas pu obtenir par la Loi de Moïse, c'est par Lui que quiconque croit l'obtient”.

 

Invitation à relier les paragraphes entre eux.

 Nous avons l’habitude de lire et d’interpréter chaque paragraphe indépendamment, comme une succession de “pièces détachées” alors que Matthieu a ficelé l’ensemble de son argumentation (5, 6 et 7 ne font qu’un), où il décrit Jésus comme accomplissant parfaitement la Loi, tout en étant son interprète patenté : “On vous a dit…, moi je vous dis…” Comment concilier l’inconciliable : Jésus est-il sous la Loi ou au-dessus de la Loi ? Qu’exige la Loi ? Qu’entend-on par fidélité à la Loi, justice des hommes et justice de Dieu ?

 

  Jésus, fidèle observant et maître de la Loi. Mt 5, 17-48
vestige maison Capharnaûm vestige maison Capharnaûm  Après les béatitudes, le paragraphe 17-20 exprime le cœur du défi : respecter les commandements jusqu’au plus petit, en vue d’entrer dans le Royaume. Ce respect est conditionné par “que votre justice surpasse celle des Pharisiens”. Il y a là plus qu’une nuance entre l’attitude demandée aux disciples du Christ et l’attitude habituelle des Pharisiens. Ce qui permet de surpasser le légalisme des Pharisiens, c’est le commandement d’aimer Dieu et son prochain, d’être “parfait comme votre père céleste qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants” 5, 43-48.

Par une succession d’oppositions, Matthieu fait mieux comprendre ce qu’est la perfection, la justice pour lesquelles le disciple est mobilisé : non seulement le meurtre, mais même la colère contrevient à l’impératif de l’amour divin ; non seulement l’adultère, mais déjà le regard captateur sur la femme contrevient, etc. Quand tu pries, ne te mets pas sur la place publique, mais dans ta chambre… Plus loin dans l’Evangile, le Christ ironise sur cette maladie qui consiste à payer la taxe religieuse (dîme) sur la menthe, le fenouil et le cumin (plantes aromatiques sauvages, des broutilles), alors qu’on néglige de venir en aide à ses parents sous prétexte d’offrande sacrée, ou d’assister le malade sous prétexte de sabbat (ch. 23) : “C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice”.

 

La loi déclinée en de multiples règlements et la loi d’aimer
Synagogue 3ème s. Capharnaüm Synagogue 3ème s. Capharnaüm  Pour résumer la manière d’être fidèle à la Loi, l’Evangile évoque deux courants : celui des autorités judaïques, pour qui la perfection du respect de la Loi suppose le respect des multiples prescriptions ajoutées dans leur casuistique au cours de l’histoire.

 

Du côté du Christ, la perfection du respect de la Loi se manifeste dans la référence au repère qu’est l’amour de Dieu et du prochain. Cette double fidélité résume la Loi et les prophètes. Mt. 7, 12 et 22, 40). Il n’est pas difficile d’imaginer le conflit frontal entre les tenants du légalisme et les tenants de la liberté du Christ. C’était vrai hier, c’est encore vrai aujourd’hui.

 

Eléments d’histoire du judaïsme d’après l’Exil.
Faisons un peu d’histoire. Après la déportation des élites juives par Nabuchodonosor (-587), le retour ne fut pas facile. Il fallait reconstruire le pays, le Temple et les valeurs religieuses ; faire cohabiter les élites de retour, avec les petites gens restées sur place. Il n’y avait plus de pouvoir royal ni de paroles de prophètes. C’est le courant sacerdotal qui l’emporte (les prêtres, les lévites et les scribes). Il est porté sur le légalisme et le ritualisme, et va imposer sa vision de la religion. “On constate la montée massive et la concertation majeure de l’intérêt pour la casuistique touchant le rite, le sacrifice, la pureté, les fêtes, les ornements sacrés. Les grands prophètes “éthiques” (Jérémie 33, le cœur nouveau ; Isaïe 60, la nouvelle Jérusalem) avaient été les interprètes de l’exigence d’un renouveau spirituel, mais ce sont finalement les prêtres et les lévites qui rédigèrent les nouvelles lois”. (La Bible et l’invention de l’histoire, Livérani, folio histoire p. 476).

 

Les Evangiles dénoncent plus d’une fois le ritualisme ambiant : à propos du pur et l’impur, des règles du sabbat, de la splendeur du Temple et son éloignement de Dieu, des vendeurs chassés du Temple, de l’offrande de la veuve, de la prière du Pharisien et du publicain etc. ; ajoutons la multiplication des motifs d’exclusion de la part des prêtres à l’encontre des gens du peuple. Cela explique l’attente manifestée par le peuple (Luc 3,15) quand paraît Jean-Baptiste, puis quand les foules suivent Jésus “parce qu’il parle avec autorité et non comme leurs scribes” Mt. 7,29.

 

Zoom. Les béatitudes 5, 1-11
 

 

Après une évocation succincte des premières proclamations de Jésus à la foule, après l’appel des quatre premiers disciples (fin du chapitre précédent), voici Jésus sur la montagne, tout comme Moïse au pied du Sinaï, qui rassemble les foules devant lui, pour proclamer ce que peut être le Royaume de Dieu. Ce que nous appelons “les béatitudes” n’est que l’introduction d’un vaste ensemble dont la conclusion compare l’homme qui écoute et met en œuvre les paroles de Jésus, à celui qui bâtit sa maison sur le roc, 7, 24-27. (Aux couples qui choisissent cette lecture, leurs accompagnateurs pourraient les inviter à lire l’ensemble des ch.5-7, qui précède l’image de la maison).

 

Cette introduction est comme la charte du Royaume, elle donne le ton de l’ensemble. Jésus se présente d’abord comme l’envoyé aux pauvres, les préférés de Dieu selon l’Ecriture. Le Royaume dont il parle est un lieu où règnent l'humilité, la douceur, la joie, la justice, la miséricorde, la pureté, la paix ; c’est aussi un lieu pour lequel les appelés auront eu à se battre, un lieu à cause duquel ils auront été persécutés, tout comme les prophètes d’autrefois. Sur la montagne de Galilée, Jésus va plus loin dans la Révélation de Dieu : il propose une nouvelle manière d'envisager les commandements.

 

L’expression “heureux les…” est traditionnelle pour féliciter quelqu’un, pour un don reçu, ou pour annoncer un bonheur à venir. Jésus déclare à ces gens-là qu’ils sont dans une situation propice pour recevoir le Règne de Dieu. Ce mot heureux sonne comme un compliment qui laisse entendre : tu es bien parti vers le Royaume, continue !


Jésus pose son regard sur la diversité des chemins parcourus par les gens de la foule. A chacun, selon sa caractéristique, il reconnaît quelque chose du Royaume. A nous, comme Jésus, de poser notre regard sur les autres. Encore faut-il voir ! Chaque béatitude dit quelque chose du Royaume, là où nous ne l'attendrions pas : la pauvreté du cœur, la douceur, les larmes, la faim et la soif de justice, la persécution... Par là-même, Jésus nous apprend à nous émerveiller au lieu de voir tout autre chose (pauvreté, larmes, faim, persécution) : ces gens-là participent à la construction du Royaume. Le Royaume leur appartient ! Attention cependant à ne pas nous tromper de sens. Ainsi la première béatitude n’est pas une idéalisation de la pauvreté matérielle. Les prophètes ont enseigné depuis longtemps que le peuple des pauvres, les “anawim”, sont les préférés de Dieu. Ceux-là n’ont pas le cœur fier ou le regard hautain, on les appelle "les dos courbés" ; ce sont les petits, les humbles du pays. Ils ne sont pas repus, satisfaits, contents d'eux ; il leur manque quelque chose. Alors Dieu pourra les combler.

 

Pour aller plus loin.

 

L’aumône, la prière, le jeûne sont mis en valeur au ch. 6. Ce sont trois composantes de la pratique juive habituelle. C’est dans ce cadre, au milieu de l’ensemble 5-7, que Matthieu introduit le “Notre Père”. Des débats actuels continuent sur la traduction : “ne nous soumets pas à la tentation, ne nous fais pas entrer en tentation, ne nous laisse pas entrer en tentation…”. La difficulté, c’est d’éviter de dire que Dieu serait l’auteur de la tentation. Tout au plus, il la permet (relire le conte religieux de Job, ch. 1). Il serait intéressant de comparer le Notre Père de Matthieu avec celui de Luc 11, 2-4. Autre remarque : dans la pratique de l’aumône, de la prière et du jeûne, Jésus invite à prendre ses distances par rapport à l’attitude de ceux qui aiment se faire voir. Ils ne sont pas nommés, mais “suivez mon regard” semble dire Jésus à la foule.

 

Des recommandations concrètes 6, 19 à 7, 12. Plusieurs paragraphes se succèdent, composés d’images faciles à interpréter : le trésor du cœur, l’œil, Dieu et l‘argent, les soucis qui envahissent l’existence, la paille et la poutre, l’arbre et son fruit. Une petite phrase risque de passer inaperçue : “Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : c’est la Loi et les Prophètes”. Jésus ose résumer la pensée de toute la Bible en une phrase, alors que les autorités religieuses faisaient tout pour en multiplier les règles. Plus tard Jésus dira : “Aimer Dieu et son prochain, à ces deux commandement se rattachent la Loi et les prophètes” Mt 22, 40.

 

Mises en garde pour la communauté. En 7, 13-27, plusieurs courtes paraboles, polémiques, éveillent la communauté à discerner au milieu d’elle les dangers où le faire (les fruits) n’est pas conforme aux paroles prononcées ; de faux prophètes peuvent dire la bonne parole, habillés en mouton, d’autres animés de charismes prieront et prédiront la venue du Seigneur : “Ecartez-vous de moi” leur dira-t-il ! Il ne suffit pas d’avoir le charisme de prophète, de guérisseur ou d’exorciste ! Le jugement portera sur le faire (faire les œuvres du Père) et non le dire (ch. 25).

 

L’autorité de Jésus. La finale, 7, 28-29, pose un regard sur l’autorité qui se dégage de Jésus. Quand Jésus parlait, on aimait l’écouter et le petit peuple appréciait son enseignement… Il n’en était pas de même pour le langage des autorités. L’autorité de Jésus émane de lui-même quand il parle, telle n’est pas l’autorité qui émane des dépositaires officiels de la Loi (c’est-à-dire les scribes, Pharisiens et prêtres).

 

Prier la Parole
 

 

Seigneur, donne-moi la patience de creuser assez profond les fondations de ma maison
d'enraciner mes convictions dans le silence de la prière et la rumination de ta Parole.
Donne-moi la persévérance de creuser, jour après jour,
les conséquences pratiques de ton Evangile.

 

Seigneur, toi, le Roc de notre vie et de celui de l'Eglise,
toi, le rocher sur lequel le pied ne s'enlise pas,
accorde-nous la vigilance de l'Esprit et la lucidité de la foi
pour vérifier sur quel terrain nous enracinons notre avenir et celui de nos communautés.

 

Seigneur, accorde-nous cette sagesse évangélique
capable de discerner l'urgence des temps nouveaux et d'être en harmonie
avec ces derniers temps que ta Parole et ta vie ont inaugurés.

 

Seigneur, puisque nos actes attestent ce que nous croyons,
fais-nous la grâce non seulement d'entendre tes paroles,
mais aussi de les écouter avec notre cœur pour les mettre en pratique et en vivre.

 

Faites parvenir vos questions ou découvertes à :
Lire l’Évangile, Maison diocésaine BP1016 – 62008 Arras cedex
Ou par mail à hennart-eh@orange.fr
Les fiches sont publiées dans Eglise d’Arras, n° 14 à 21/2011
et dans le site diocésain : http://arras.catholique.fr/Matthieu  
disponibles à la Maison diocésaine

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 3251 visites