Fiche 06 Matthieu 11-12

Foi et incrédulité; Conflits avec les autorités religieuses

Rappel des sections précédentes.


Dans la section précédente, Matthieu avait rassemblé des propos de Jésus au sujet de la mission. Par mission, Jésus entend annoncer que le Royaume est proche et guérir de tout mal. Etaient aussi évoqués les risques encourus par les disciples-apôtres : contestations et persécutions de la part des Juifs. On pouvait aussi deviner que Matthieu avait adapté certaines paroles de Jésus aux situations conflictuelles à l’intérieur des communautés judéo-chrétiennes. Devant ces situations, Jésus faisait appel à la confiance. Les derniers mots de la section rappellent ce que peut signifier être accueilli comme prophète, comme juste et surtout accueilli comme un petit, ne serait-ce qu’avec un verre d’eau (10, 42).

 

Lecture d’ensemble de la section


Jean-baptiste Jean-baptiste   Foi, incrédulité et controverses caractérisent le contenu de la section, tout d’abord sur l’identité de Jésus. Jean-Baptiste a du mal à voir en Jésus l’envoyé de Dieu que lui-même avait annoncé. Il doute. Il est vrai que Jean avait annoncé quelqu’un qui remettrait de l’ordre dans la maison, une sorte d’exécuteur du Jugement de Dieu, comme si l’on était à la fin des temps : la hache à la racine du mauvais arbre, le feu qui brûle la paille à la moisson.

 

La réponse de Jésus est une invitation à interpréter les guérisons et l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres comme signes que le Royaume est arrivé: Jésus ne vient pas pour condamner mais pour appeler le pécheur. Ce critère ne pourrait-il pas servir, de nos jours encore, pour apprécier à leur juste valeur les efforts faits pour la nouvelle évangélisation selon Benoit XVI et l’annonce recommandée dans le projet diocésain de catéchèse. Il n’est pas demandé de condamner ni de maudire, tout au contraire : “A la suite du Christ et à sa manière, entrons dans la bienveillance, la gratuité, la bonté, le don de nous-mêmes”. (Projet diocésain de catéchèse, p. 23). Ou encore, pour citer Benoît XVI : “Annonce de l’Evangile, célébration du salut et service de la vie des hommes” (Deus caritas est n° 22). Benoit XVI dit encore: comme Jésus et la samaritaine d'abord pour écouter la vie des hommes, ensuite pour annoncer la Bonne nouvelle...

 

La flûte, le chant funéraire, l’accueil de Jésus (11, 7-30). Pour la première fois dans l’Evangile, Jésus provoque ses adversaires, “les violents”, sur la reconnaissance ou non de Jean-Baptiste et de lui-même. Sous forme d’image, l’allusion est claire : des enfants entonnent des chants de fêtes et des chants de deuil et ne sont pas suivis. Dans ce jeu d’oppositions, il faut deviner que l’une concerne Jean-Baptiste (l’ascète), tandis que l’autre évoque Jésus (l’ivrogne) ainsi que l’expliquent les versets 18-19. Ni Jean, ni Jésus ne sont bien reçus.


Pour la première fois aussi, retentit l’expression : “Celui qui a des oreilles, qu’il entende !” 11, 15, en référence à l’Ancien Testament. Suivent des invectives contre les villes de Galilée (zoom). D’un côté, lamentation contre les villes de Galilée, de l’autre action de grâce pour l’accueil par les tout-petits. Ces derniers sont, selon Matthieu, les disciples et les foules qui ont accueilli Jésus, mais aussi les communautés nées de l’accueil de la Bonne Nouvelle, c’est-à-dire les communautés chrétiennes.

 

Début du conflit ouvert avec les pharisiens (ch.12). Si Jésus a joué la provocation au ch. 11, à propos de Jean-Baptiste : “qu’êtes-vous allés voir ?”, voici maintenant les pharisiens qui provoquent Jésus sur le non-respect de la Loi par ses disciples. Plusieurs sujets de conflits sont développés : les épis arrachés, la guérison un jour sabbat, l’accusation d’être envoyé de Beelzeboul, le signe de Jonas. Ce n’est que le début de la grande explication dont le paroxysme sera atteint au ch. 23. Mais dès à présent, Jésus indique le critère d’interprétation pour obéir à la Loi.

 

Au ch.5 déjà, il avait donné l’amour du prochain comme critère ultime de fidélité et d’obéissance à la Loi. Jésus développe le même raisonnement sur la Loi. Elle est subordonnée à la charité envers le paralysé, envers les parents âgés (15, 4-6)… Matthieu cite alors la phrase tirée d’Osée, déjà citée en 9,13 : “C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice” Osée 6,6. Pour appuyer la manière d’être de Jésus, différente de l’annonce du baptiste, Matthieu cite longuement l’Ancien Testament, le chant du serviteur : “ Il ne brisera pas le roseau froissé, il n'éteindra pas la mèche qui fume encore… En son nom les nations mettront leur espérance ” (Isaïe 42).

 

Jusqu’à présent ce fut assez calme, mais le conflit va bientôt s’envenimer. Cela commence avec la question sur Jean-Baptiste : “Qu’êtes-vous allés voir ?” Puis, sur l’observance de la Loi, Jésus va mettre les points sur les “i”, à l’occasion de quelques épis arrachés au bord de la route, puis à partir de la guérison du paralysé un sabbat, ensuite sur l’origine de son pouvoir de guérison. Il faut désormais lire cet Evangile avec, en arrière-plan, le climat d’opposition croissant qui aboutira aux grandes discussions dans le Temple, à l’arrestation et à la condamnation de Jésus. La décision de tuer Jésus est énoncée dans ce chapitre (12,14).

 

Zoom : Lamentations sur les villes de Galilée 11, 20-24 et action de grâce 25-30.

 

Palestine carte.jpg Palestine carte.jpg   Les élus en disgrâce et la grâce aux petits. Il faut lire ensemble les deux paragraphes, l’un sur les invectives, l’autre sur l’action de grâce, car ils caractérisent une situation et entérinent le résultat de la prédication de Jésus. D’un côté sont détrônés les élus (les villes juives), ceux qui s’estiment avoir la préséance dans le Royaume; de l’autre, les païens, les pécheurs, les tout-petits, ceux qui ne comptent pour rien, eux, héritent du Royaume et sont invités à se mettre à l’école de Jésus doux et humble de cœur, à porter son fardeau léger. Qu’est-ce à dire ?

 

La rupture est déjà consommée, à en croire Matthieu, . Puisque les prophètes ne sont pas bien reçus, ni Jean-Baptiste, ni Jésus. Voici donc que Jésus ose dire que les villes païennes et pécheresses de Tyr, Sidon ou Sodome passeront avant les villes du bord du lac. Il nous faut faire effort pour imaginer combien ces paroles de Jésus sont inacceptables aux oreilles de ses interlocuteurs juifs. Plusieurs fois dans l’Evangile, nous verrons Israël disqualifié par Jésus au point qu’on a pu dire de Matthieu qu’il était le plus teinté d’antijudaïsme ! C’est bien plus compliqué qu’on ne le dit.

 

Un style prophétique.

Attention, les quelques lignes 20-24 ne sont pas l’expression d’une hargne personnelle : Jésus emprunte au style des prophètes un type d’accusation et de condamnation (contre Tyr et Sidon en Isaïe 23 ou Ezéchiel 26, ou Amos 1). Mais alors que les prophètes déversaient des paroles de colère contre les villes païennes, Jésus retourne ces mêmes paroles contre Israël, le peuple élu. Il le condamne pour n’avoir pas entendu les appels à la conversion.

Bientôt Jésus citera Ninive qui s’est convertie à l’appel de Jonas. Et, sans transition, voici l’action de grâce de Jésus à cause de la révélation aux tout-petits. Chez Matthieu, ces tout-petits sont les disciples de Jésus, ceux que l’Ancien Testament appelait anawim c’est-à-dire les pauvres de Dieu, ceux qui courbent le dos, les petits, les faibles, les humbles, les affligés, les doux. Cela rappelle les béatitudes du ch.5.

 

A l’école de Jésus.

Vient alors l’appel à se mettre à l’école de Jésus doux et humble de cœur, à porter le joug léger. L’image du joug était connue des prophètes et signifiait l’obéissance à la Loi, écrite et orale. Au cours des derniers siècles, c’était devenu un code de lois et de prescriptions pesant et hors de portée de la multitude. A partir du ch. 12, Jésus va donner des critères pour l’obéissance fidèle à la Loi et s’appuyer sur des exemples précis. Déjà aux chapitres 5 à 7, il remettait en cause les manières de faire des autorités et provoquait à dépasser la Loi par le commandement d’aimer.

 

Pour aller plus loin

 

L’impression que Matthieu copie Marc et Luc… Cette impression est-elle exacte ? Les exégètes se sont longtemps posé la question en raison de nombreuses ressemblances. Leur réponse a été facilitée quand ils ont compris que Marc et Luc utilisaient un document intermédiaire aujourd’hui disparu (la source Q). Matthieu lui aussi l’a utilisé. Certains livres, appelés synopses, présentent les Evangiles en parallèle, en colonnes, de manière à repérer plus facilement ressemblances et différences. L’étude comparative permet de mieux comprendre les variantes et les inflexions des uns et des autres, par exemple de Matthieu (plus tardif) par rapport à Marc. Matthieu ne fait pas que recopier un document antérieur, il ajoute ses réflexions à l’intention des chrétiens d’origine juive des années 80, qui ont bien du mal à saisir la nouveauté radicale qu’apporte Jésus. Cet effort de relecture et d’adaptation n’est pas trahison mais volonté de rendre compréhensible la pensée de Jésus pour de nouvelles générations. C’est ainsi que devrait faire tout théologien digne de ce nom : rendre intelligible la pensée de Jésus dont il a hérité de la Tradition vivante.

 

Qui a des oreilles, qu’il entende !

L’expression revient trois fois en Matthieu et 8 fois dans l’Apocalypse. Elle est une mise en garde, un appel à comprendre avant qu’il ne soit trop tard. C’est une formule dont l’origine se trouve en Deutéronome 29, 3, quand Moïse, au moment de conclure l’Alliance, sollicite l’attention de tout le peuple : “Jusqu'aujourd'hui, Yahvé ne vous avait pas donné un cœur pour connaître, des yeux pour voir, des oreilles pour entendre…” sous-entendu : “Maintenant, faites attention…”

 

Le péché contre l’Esprit 12, 31-32.
Beaucoup s’interrogent sur le péché (blasphème) contre l’Esprit-Saint. Le contexte de cette phrase devrait éclairer. En effet, Jésus est accusé d’être possédé de l’Esprit du démon, et non de l’Esprit de Dieu ! Or Jésus invite à reconnaître dans les guérisons le signe que “Le Royaume de Dieu vient de vous atteindre” 12, 28. Le péché contre l’Esprit, c’est refuser de croire que le Royaume de Dieu puisse venir jusqu’à nous en la personne de Jésus. Devant ce refus rien n’est possible. C’est le cas des contemporains de Jésus qui, ayant vu et entendu Jésus, refusent de reconnaître en lui la venue du Royaume. Dire du mal de Jésus et refuser qu’il soit le signe du Royaume sont deux attitudes différentes. Dire du mal peut être pardonné, mais celui qui nie que l’Esprit de Dieu inspire Jésus ne peut pas avoir accès à Dieu.

 

La vraie famille de Jésus (12, 46-50).

La section s’ouvrait avec la question “Qui est Jésus ?” ; elle se termine avec une autre question : “Quelle est la famille de Jésus ?” Ceux qui posent la question sont des gens “au-dehors”, hors du cercle de Jésus ! Dans sa réponse, Jésus joint le geste de la main à la parole. Parole bien utile et qui va au-delà de ceux déjà rassemblés : “ Quiconque fait la volonté de mon Père qui aux cieux, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère”.

 

Le pronom “quiconque” ouvre l’espace à tous ceux qui constitueront l’Eglise et dont la caractéristique est de “faire la volonté du Père”. Comment ne pas rapprocher cette phrase de celle qui conclut le discours sur la montagne : “il faut faire la volonté de mon Père qui est aux les cieux ” 7,21. Il ne suffit pas de dire, encore faut-il faire. En ajoutant le mot “sœur” qui n’était pas dans la question, Matthieu donne à comprendre que les femmes, elles aussi, ont toute leur place dans les communautés issues de la prédication de Jésus. Jésus constitue une famille spirituelle qui dépasse de beaucoup les appartenances naturelles. Quiconque qui fait la volonté du Père peut entrer dans cette famille.

 

Prière pour la mission


Dieu notre Père, Tu es la source de tout bien.
C'est Toi qui as semé l'amour en nous,
pour que nous soyons appelés enfants de Dieu,
et nous le sommes vraiment.

 

Accorde-nous de répondre à ton appel,
pour vivre en enfants de lumière, rassemblés dans ta Famille,
et pour mieux révéler ton Nom de Père à tous nos frères.

 

Seigneur Jésus Christ, Fils du Père éternel,
Toi l'Aîné d'une multitude de frères,
nous voulons demeurer en Toi,
le médiateur entre Dieu et les hommes.


Nous te prions.
Souviens-toi de ton Eglise, Peuple de Dieu en marche.
Fortifie en nous le don divin, pour faire la volonté du Père,
pour faire de nous tous, en Eglise, des signes de ta présence
et des témoins de ton Evangile.

 

Esprit créateur et Vent de Pentecôte,
tu as illuminé l'Eglise aux premiers temps ;
tu as réchauffé le cœur des apôtres.


Suscite aujourd'hui, dans notre Eglise le courage missionnaire
pour annoncer l'Evangile aux hommes d'aujourd'hui.

Et toi, Marie, Mère de Jésus et notre Mère,
sois, au cœur de notre Eglise,
celle qui nous accompagne sur le chemin du renouveau.


Donne-nous d'accueillir notre identité de Fils de Dieu.
Rends-nous dociles à l'Esprit de ton Fils,
et attentifs les uns aux autres dans la foi, l'espérance et la charité. Amen !
 

Prière synodale, diocèse de Dakar

 

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Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 2577 visites