FAQ-2 section 2 - Mt 3-4

Réponses aux questions posées en maison d'Evangile - Matthieu ch.3-4

Cette page répond à quelques-unes des questions posées en Maison d'Evangile pour la lecture de Matthieu, ch 3 et 4, le baptême de Jésus, les tenatios. Il est utile d'avoir d'abord lu d'abord ces chapitres 3 et 4 ainsi que la fiche d'accompagnement n°2

 

Dans cette section Matthieu nous présente Jean-Baptiste et ses appels à la conversion, le baptême de Jésus, Jésus au désert et les tentations. La prédication de Jean et celle de Jésus commencent par la même expression : "convertissez-vous, le Règne de Dieu s'est approché". La conversion demandée ici aux foules est de changer d'état d'esprit. Ils se croyaient loin de Dieu et pécheurs. Jean et Jésus viennent apporter la Bonne Nouvelle que Dieu se rend proche d'eux.  

 

Prophète, c'est écrit etc

 

Pourquoi Jésus doit-il être baptisé par Jean?

 

La baptême par Jean est l'expression d'un désir de conversion. Il correspond un peu au type des ablutions et des purifications que l'on trouve en monde juif et chez les esséniens. Cependant la prédication de Jean-baptiste lui confère une dimension plus messianique. Ce baptême semble unique, il signifie l'attente du Messie, envoyé de Dieu et l'intention ferme de préparer sa venue par une conduite plus droite. En demandant à être baptisé lui aussi, Jésus manifeste qu'il n'est pas au-dessus de l'humanité,  même s'il n'est pas pécheur. Matthieu traduit cela en reprenant une parole d'Isaïe dans les chants du serviteur : "c'est lui qui a emporté nos infirmités et s'est chargé de nos maladies" (Mt 8,17) 

  

Le désert, est-ce un désert de sable et de cailloux ou un  désert virtuel?

 

Ce n'est pas immensité de sable, mais rocaille, lieu de vie, dépouillé, mais fertile. Au désert, Gorges d'Ein Avdat  
Ce n'est pas immensité de sable, mais rocaille, lieu de vie, dépouillé, mais fertile.
Ce n'est pas immensité de sable, mais rocaille, lieu de vie, dépouillé, mais fertile.
"Aller au désert" est une formule biblique et chrétienne qui évoque un temps où l'on se met à l'écart. En reprenant les références bibliques, on pense à Elie qui s'enfuie loin du roi Achab et de Jézabel, qui marche 40 jours au désert à la rencontre de Dieu dans la montagne (I Rois 19). On peut aussi penser aux Hébreux 40 ans au désert entre Egypte et Terre Promise. Ce temps est présenté par la Pélerinage Israël - Arad Marche au désert  
Pélerinage Israël - Arad
Pélerinage Israël - Arad
Bible tout à la fois comme temps de l'épreuve et de la tentation, temps de purification, mais aussi temps à la rencontre de Dieu (le mont Sinaï). Ces récits anciens ont un aspect symbolique et en même temps ils expriment quelque chose de la relation de l'homme à Dieu.

Pour le récit des tentations, c'est d'abord un temps, une durée durant Desert de juda Desert de juda  laquelle Jésus se met à l'écart, avant qu'il ne commence sa mission en Galilée puis en Judée et à Jérusalem.Aux premiers siècles de l'Eglise, le carême deviendra le temps durant lequel les catéchumènes et les repentis se préparent à la réconciliation à Pâques.

 

Physiquement, le désert de Judée n'est pas de sable et de cailloux. C'est un plateau calcaire fortement entaillé par les eaux des orages, des oueds fortement ravinés. On n'y trouve pas d'habitations, mais la vie existe, on peut y trouver de l'eau, comme en témoignent les photos (gorges d’Ein Avdat)

 

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Jésus a-t-il réellement rencontré le diable?

Les chapitres 1 à 4 de Matthieu sont une introduction à la Vie publique de Jésus. Notre difficulté d'aujourd'hui est que nous faisons un e lecture historicisante, comme si l'objectif de Matthieu était de raconter les évènements tels qu'ils se seraient passés. Or l'objectif de Matthieu est de présenter, sous forme de récits imagés qui est Jésus, quel est le sens de sa vie. Matthieu et nous sommes donc en désaccord sur les objectifs de ces récits. Par exemple, le récit des mages résume en quelque sorte la vie de Jésus, bien accueilli par les lointains (cf Le récit du centurion 8, 10) et rejeté par les siens (Hérode et les grands prêtres évoquent la condamnation de Jésus à Jérusalem)... Le récit des tentations est aussi une mise en scène pour exprimer que Jésus, lui aussi, a subi la tentation, mais il en est sorti victorieux, en se référant aux Ecritures pour déterminer comment il comprend la volonté de Dieu. Pour le chiffre de trois tentations, ne pas oublier que "trois" signifie "beaucoup", tout comme le chiffre trois dans "Dieu trois fois saint". Mais Matthieu a choisi de récapituler les tentations au tout début de l'Evangile. Cela ne signifie pas que Jésus n'ait eu aucune tentation au long de son existence. On retrouvera, à Gethsémani, la tentation de passer à côté de ce qui se prépare...

 

Qui est le diable?

 Nous sommes tellement déformés par l'imagerie et l'imagination des artistes que nous oublions la définition étymologique du mot diable: Diable, de dia-bolos, celui qui divise, qui sépare. Les tentations manifestent une volonté de séparer Jésus de Dieu son Père. En français, le mot contraire à diable est symbole (ce qui unit, met ensemble). Le livre de Job présente le diable comme celui qui cherche à séparer Job de Dieu son ami. Nous-mêmes pouvons faire l'expérience de la tentation: tout ce qui peut nous éloigner, nous séparer de Dieu et de nos frères..

 

Conduit au désert pour être tenté. Faut-il comprendre "la tentation est voulue par Dieu"? 

La première signification du récit des tentations est de faire comprendre que Jésus, n'est pas au-dessus de la condition des hommes en ce qui concerne les tentations. Tout comme nous, il a subi, mais n'a pas succombé, en s'appuyant sur les Ecritures pour comprendre la volonté de Dieu. Dire que Dieu veut envoyer à quelqu'un la tentation ne correspond pas à l'image d'un Dieu amour qui veut entrer en dialogue avec chacun de nous comme avec un ami.

Cette présentation inexacte provient d'une traduction imparfaite réalisée par St Jérome pour la Vulgate: "et ne nos inducas in tentationem", traduit par "et ne nous fais pas entrer dans la tentation".

 

Dans la révision actuelle de la traduction du Notre Père, le débat porte sur "et ne nous fais pas entrer en tentation"... ou "et ne nous laisse pas entrer en tentation.". La connaissance de la grammaire hébraïque nous fait comprendre l'existence d'une forme permissive (ne nous laisse pas) à côté de la forme indicative (et ne nous fais pas...). Pour confirmer la certitude que Dieu n'est pas l'auteur de la tentation, un livre entier de l'Ancien Testament est consacré à cette question. Dans le livre de Job, le diable -ou tentateur- demande à Dieu l'autorisation de provoquer l'ami de Dieu qu'est Job en lui envoyant de multiples malédictions afin qu'il s'éloigne de Dieu... or, Job reste fidèle, malgré les détours qui lui sont envoyés par le diable et non par Dieu. "Fais que nous n'entrions pas en tentation" semble être une traduction qui respecte l'amour que Dieu peut avoir envers nous.

 

Les sandales, quel rôle ont-elles en ce temps-là?

 

Plusieurs fois il est question des sandales, en particulier lorsque les disciples, puis saint Paul les secouent devant leurs adversaires. La sandale est tout simplement la chaussure habituelle: une semelle de cuir tenue par des lacets autour du pied. Secouer ses sandales avant de quitter un lieu qui a été hostile aux prédicateurs est tout simplement une manière symbolique d'exprimer: je ne veux rien conserver de vous, même pas votre poussière (mot politiquement correct pour traduire un mot plus vulgaire).

 

Qui sont les chiens et les porcs?

 

Le texte: "Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré et ne jetez pas vos perles aux porcs". Il peut être utile de se remettre en mémore cet imératif dans l'ensemble 5-7. Cela commence par la mise en oeuvre de Loi, pas de manière servile, mais pour devenir parfait comme le Père est parfait (ch.5). Cela continue avec le ch.6 et le rappel des trois piliers du judaïsme: l'aumône, la prière, le jeûne, que l'on vivra non pour se montrer, mais dans le secret sous le regard de Dieu seul. Enfin dernière partie: cinq impératifs qui invitent à vivre dans la confiance en l'amour de Dieu pour nous. 

 

Le troisième de ces impératif "ne donnez pas aux chiens" est délicat à interpréter. Première hypothèse : il ne faut pas proposer une doctrine précieuse et sainte à des gens incapables de bien la recevoir et qui pourraient en abuser… mais le texte ne précise pas qui sont ces gens.

 

Autre interprétation possible : il faut d'abord penser qu'il y avait des divisions, tensions et manque de charité internes aux communautés judéo-chrétiennes au point que Matthieu demande de ne pas faire n’importe quel partage-communion avec ceux de la communauté qui vivent comme des païens, c’est-à-dire comme des chiens ou des porcs (trace de ces tensions au ch.5 : va d’abord te réconcilier...ch.5, 23-24). Dans le 7, quelques lignes plus, loin Matthieu signale qu’il y a dans la communauté des loups déguisés en moutons (7,15 : méfiez-vous des faux prophètes déguisés en agneaux). Plus loin encore, en 10,16, l’affirmation : “je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups…”, confirmerait cette interprétation. Enfin St Paul en 1 Corinthiens accuse les communautés de pratiquer le repas du Seigneur tout en oubliant le partage fraternel de la nourriture (1 Co 11, 17-34).

 

En résumé:  Matthieu invite les chrétiens de ses propres communautés à la prudence, car ily a trop de problèmes internes et d'oppositions. L’Evangile reçu du Seigneur ne peut se partager avec ceux de chez nous qui se conduisent comme des païens, qui sont trop loin des exigences de la charité et du vivre-ensemble du Royaume. C'est donc une invitation à la prudence et au discernement, sans doute légitimes,  pour partager la communion au Christ. Il peut être utile de se rappeler la mise en garde au ch. 7: "méfiez-vous des faux prophètes qui vienet à vous déguisés en brebis, alors qu'au fond d'eux-mêmes, ce sont des loups rapaces".
 

 

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