La relecture pastorale

La relecture pastorale

 
Lors de la rencontre du Conseil presbytéral de mai 2011, il était demandé à l’abbé Jean-Pierre Miner d’éclairer les participants et, avec eux, l’ensemble des prêtres du diocèse sur ce qu’il faut entendre et faire à propos du mot relecture. Mgr Jaeger a souhaité que cette réflexion soit partagée le plus possible dans le diocèse. Voici le document tel qu’il a été redonné aux membres du presbyterium. Les parties D à G sont davantage des considérations pratiques pour la mise en œuvre de la relecture.
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Dans le document de travail issu de la dernière rencontre du Conseil Presbytéral, il est beaucoup question de relecture et de sa nécessité. Nous souhaitons :
·      Éviter le repli sur la paroisse et s’ouvrir au doyenné, au diocèse.
·      Garder le cap dans la dynamique engagée (coresponsabilité prêtres-laïcs, mission).
·      Rendre compte de notre mission.
·      Reprendre souffle.
·      Être éclairés – Exister – Orienter l’avenir.
Il y a donc une soif, une attente de relecture.
 
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A - La relecture est au service d’un discernement
La relecture, qui peut s’exercer dans des domaines très différents (vie personnelle, vie professionnelle…) est toujours au service d’un discernement. Pour cela, elle nécessite de prendre du recul, une certaine distance par rapport à ce que l’on vit. Et on ne peut pas en rester à un simple déballage, à des flashes, à faire un bilan, ou à partager seulement nos difficultés.
 
B -La relecture pastorale, qu’est-ce à dire ?
Avant d’aller plus loin, soulignons qu’il s’agit pour nous ici de la relecture pastorale. Il est donc important de préciser ce terme « pastoral. »
 
B1. - Les personnes concernées par cette relecture sont des « agents pastoraux » à tous niveaux (diocésain, doyenné, Équipe d’Animation de la Paroisse, équipes de préparation au baptême, au mariage, accompagnement des familles en deuil, catéchuménat…). Elles ont une responsabilité pastorale et, le plus souvent, une Lettre de Mission.
 
B2 – En quoi consiste la responsabilité pastorale ? (cf. Article de Gérard RENIERS dans la revue « Catéchèse » n° 152).
 
21 – Nous sommes investis d’un certain pouvoir (décisions à prendre, appels de collaborateurs…). Ce pouvoir est à exercer comme un service. Personne ne s’établit responsable pastoral de lui-même. C’est une mission, un envoi reçu d’un autre, de l’Église. La Lettre de Mission n’est pas un simple laissez-passer, mais un signe de la participation à la charge pastorale de l’évêque. Cette lettre sert de base pour la relecture de la responsabilité reçue.
 
22 -        La responsabilité pastorale nous met devant des situations qui sont sources de joie et occasions de rendre grâces. Elle nous met aussi devant des obstacles, des échecs. Regardés en face, analysés, ils ne deviendront pas source de découragement, mais découverte de nos propres fragilités et possibilités de repartir autrement, avec espérance, sans fausses culpabilités. « Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile » (Saint Paul). Un Autre nous accompagne, toujours présent.
 
23 -        Responsables pastoraux, nous avons nos charismes, nos capacités propres. C’est aussi l’occasion de savoir nous réjouir de ce que font d’autres et que je ne peux faire. Ainsi, nous éviterons tout accaparement des responsabilités autour de notre seule personne. Cela nous fera vivre dans une véritable expérience ecclésiale. (cf. Romains 12, 5-6 « À plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ…)
 
24 -        Impossible d’exercer une responsabilité sans mettre en œuvre un amour pastoral à l’égard des collaborateurs et de ceux à qui nous sommes envoyés. Il ne s’agit pas d’une simple attitude psychologique bienveillante, mais d’un ajustement à l’amour même de Dieu.
 
25 -        Le responsable pastoral est lié à une portion du peuple de Dieu. Il en a la charge, la responsabilité, jusque dans la prière, une prière solidaire de ceux qu’il « conduit. » C’est avec eux et en leur nom qu’il retrouve son Seigneur, qui est source et terme de la vie pastorale.
 
26 -        La relecture de la responsabilité pastorale est importante. Ce n’est jamais sur le moment, quand on a le nez collé à l’évènement, que cette relecture est possible et souhaitable. Il y faut du temps, de la distance, pour essayer d’y discerner les passages du Seigneur, les traces de ses pas et voir quel croyant je suis en train de devenir. C’est à ce prix là que les épreuves rencontrées ne deviendront pas des impasses, mais des passages (cf. les disciples d’Emmaüs). Passer du « cœur morose » au « cœur brûlant » demeure pour chacun une expérience fondamentale, à refaire sans cesse.
 
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C-La relecture pastorale comme démarche spirituelle
Cette analyse de la responsabilité pastorale nous dit déjà ce dont va se saisir la relecture pastorale. Il est cependant important de préciser davantage les motifs de cette relecture.
 
C1 -     La réalité qu’il nous est donné de vivre est éclatée, déchirée, cloisonnée, dispersée. Nous réagissons au coup par coup. De plus, la succession des activités peut conduire à l’oubli. Il s’agit de tenir sa lampe allumée, d’être sérieux avec ce que l’on vit, avec la responsabilité confiée. Subir ou gérer, tel est le dilemme. Il y va de notre « colonne vertébrale »… pastorale.
 
C2 -     En Christianisme, nous affirmons, aujourd’hui comme hier, que Dieu nous parle au cœur de notre histoire humaine. La Bible en fait foi. Notre Dieu n’est connu que par son histoire dans la nôtre. La Bible est essentiellement un acte de relecture permanente, toujours reprise, des événements pour y discerner la présence de Dieu avec les hommes, ses appels, et ainsi accueillir ce Dieu pour qui rien de ce qui est humain n’est dérisoire, un Dieu toujours surprenant, au-delà de l’image que l’on se fait de Lui.
 
             La relecture pastorale est donc un acte de foi et un acte courageux qui nourrit la prière. Elle peut devenir une source pour nos « esprits sans intelligence » et « nos cœurs lents à croire » (cf. disciples d’Emmaüs). Elle nous rappelle que nous sommes dépositaires de l’Évangile et de son annonce.
 
 
C3 -     Il y va de la qualité de notre responsabilité pastorale. La relecture fait partie de notre ressourcement ; elle n’est pas facultative. Elle conjure le risque de nous enfermer dans le fonctionnement ; elle n’enferme pas, elle ouvre aux appels de l’Esprit (cf. le retour des 72 disciples en Luc 10, 17-19).
 
C4 -     La relecture pastorale est une démarche ecclésiale, un des lieux où l’on fait Église, avec des frères et des sœurs où l’on reçoit les uns des autres, où on se stimule en vue de la mission. « L’Église n’existe dynamiquement que sur toutes les routes du monde… Elle ne sera donc pas vraiment soucieuse de mettre en relief sa forme, mais le salut du monde, et confiera au Saint Esprit la figure dans laquelle Dieu la fera resurgir de sa mort pour le monde. » (H-Urs von Balthasar).
 
C5 -     En conclusion (mais une conclusion très ouverte !), la relecture pastorale n’est pas une activité parmi d’autres, mais ce qui peut donner sens et dynamisme à ce que nous vivons en pastorale. C’est peut être un rendez-vous prioritaire à noter sur nos agendas !
 
 
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D- Comment relire ?
 
D1 -     Le point de départ est le récit. On se situe par rapport à une tranche de vie, à un objectif conduit dans la durée. Il ne s’agit pas d’énumérer des flashes, mais de faire un récit circonstancié, bien construit, cohérent. Ce récit est déjà relecture par celui qui le fait et va servir de base pour aller plus loin. Il va permettre au groupe de relecture de comprendre ce dont il s’agit.
 
D2 -     Pour ceux qui n’ont pas l’expérience de la relecture, l’exercice n’est pas facile au début. Il faut s’accrocher. On ne se sensibilise à la relecture qu’en la pratiquant. Il y faut de la persévérance et des moyens. Deux grilles de relecture sont jointes à ce document. Elles peuvent être améliorées. Elles sont nécessaires : la relecture suppose une certaine discipline de travail. Il est important de l’encadrer pour éviter que « ça parte dans tous les sens ! »
 
E -        Où relire ? Et quand ?
 
             C’est à débattre et à voir sur place. Avancer au rythme de chaque doyenné.
             L’essentiel est de permettre que la relecture imprègne et vivifie tous les groupes, toutes les équipes qui ont une responsabilité pastorale.
             Quand ? Si la relecture est sérieuse, deux fois par an semble être un bon rythme.
 
F -        Qui va « conduire » la relecture ?
 
             Étant donné tout ce qui précède, ce ne peut être qu’une personne formée à l’écoute et à l’animation (formation de base), avec un solide bagage biblique et théologique.
             Peut-on envisager de « missionner » quelqu’un pour cette relecture ?
             Enfin une évaluation régulière semble s’imposer pour que la source ne se perde pas dans les sables.
             Qui va veiller à cela ? Le doyen ?
 
 
G -       Que devient le ministère presbytéral dans ce contexte ?
 
             À quoi sommes-nous appelés pour accompagner cette activité essentielle de la relecture pastorale ?
             « Le prêtre reste toujours le cadeau de Dieu à une communauté… Il est signe que, dans la communauté, Dieu donne la vie, donne la nourriture, donne le Pardon. » (cf. document de travail).
             La pratique de la relecture pastorale ne peut-elle pas donner un surcroît de souffle, de dynamisme aux trois fonctions principales du ministère presbytéral ? :
 
·         L’annonce de la Parole, Parole de Salut qui innerve tout, le croyant, le pain comme l’Église entière.
 
·         L’exercice du gouvernement, qui consiste à susciter la Liberté chrétienne et à faire émerger une Église comme fraternité, comme communion.
 
·         La fonction de sanctification
                        
Dans cette action, le rôle des ministres est différent de la proclamation de la Parole et de l’exercice du gouvernement. Dieu seul sanctifie et les ministres ordonnés s’effacent devant une Parole vivifiante venant d’un Autre.
Le ministère presbytéral signifie la gratuité du don de Dieu en Christ, dans l’épaisseur du quotidien. La relecture pastorale trouve là sa finalité. Et cette reconnaissance du don de Dieu culmine dans la célébration eucharistique où la communauté chrétienne témoigne que sa vie, elle la reçoit d’un Autre, que l’Esprit y est quotidiennement à l’œuvre, que les activités les plus profanes s’inscrivent dans l’espérance du Royaume.
 
Pour les prêtres : un ministère de veilleur
Revenons-en à la relecture pastorale. Elle permet aux agents pastoraux de devenir des veilleurs, dans une Église qui doit veiller à vivre toujours par son centre. Cette vigilance, requise de tous et de chacun, l’est à un titre particulier des ministres-prêtres et interroge les trois fonctions principales de leur ministère (annonce, sanctification, exercice du gouvernement).
Abbé Jean-Pierre Miner
 
 
Une piste de travail pour relire au niveau d’une paroisse
Ces questions peuvent aider à une relecture pastorale dans une EAP, de préférence entre juin et septembre, de manière à se préparer au démarrage d’une année.
 
1.              ?     Redisons-nous les objectifs que nous nous étions fixés en début d’année.
2.              ?     En Équipe d’Animation de la Paroisse – E.A.P. – (ou autre équipe d’un service), citons deux ou trois réalisations, ou faits… qui ont marqué la communauté locale au cours de cette année.
          ?     Qui est à l’origine ? S’agit-il du fruit de nos décisions en Équipe ? De nos objectifs d’année ? Ou provoqués par d’autres facteurs ? Lesquels ?
 
3.              ?     En quoi ont-ils touché (de façon bénéfique) des personnes ou des groupes ? Lesquels ? Sur quels points ?
             ?     Quelle place ont pris des jeunes ? Des femmes ? Des personnes peu (ou pas) en liens avec la communauté chrétienne ? Des gens modestes ?
 
             ?     En Équipe, avons-nous mieux découvert certaines personnes ? Leurs capacités, leurs talents ? Leurs sens des autres ? Leurs convictions… leur foi ? Quelles suites à donner ?
4.              ?     Tout ceci conforte-t-il notre foi ? Comment l’exprimons-nous… pour nous-mêmes ? Et pour « les gens ? »
5.              ?     Avons-nous « communiqué » nos expressions de foi ? À qui ?
6.              ?     Avons-nous célébré le Seigneur pour tout cela ? Sous quelle forme ? Avec qui ?
7.              ?     En Équipe, à quels aspects avons-nous été davantage attentifs ? Quelles suites concrètes pouvons-nous envisager ?

Article publié par Alicia Lieven - Gestionnaire technique du site internet du Diocèse • Publié • 4083 visites