Recensions Vatican II

On célébrera cet automne les 50 ans de l'ouverture du Concile Vatican II. Les premières livraisons éditoriales permettent de se remettre dans l'ambiance de ses années qui changèrent la forme de l'Eglise catholique. Voici trois portes pour découvrir ou redécouvrir le Concile ouvert il y a 50 ans : un guide pédagogique, un roman historique, une analyse académique.

 

Vatican II raconté à ceux quille l'ont pas vécu, Daniel Moulinet, L'Atelier, 112 p. 12€
La bataille du Vatican, (1959-1965), Christine Pedotti, Plon, 573 p., 24,50€

L'événement Vatican Il, John O'Malley, Lessius, 448 p., 34,50€

 

Vatican II comme style Unam Sanctam, mai 2012,

     sous la direction de Joseph Famerée . 25 € 
 

Vatican II comme style Vatican II comme style  Joseph Famerée pose la question : « N’as-t-on pas eu trop souvent tendance à “dogmatiser” Vatican II alors que celui-ci se voulait pastoral” ? » Autrement dit, dans l’interprétation des textes du concile, n’a-t-on pas eu tendance à ne considérer que le contenu doctrinal de ces textes sans appréhender le style ou l’environnement théologique qui les porte ? Après la période des ostracismes qui utilisent telle phrase pour l’opposer à telle autre, contradictoire, une nouvelle génération de théologiens a entrepris de lire les textes du concile, prenant en compte l’environnement qui les a fait jaillir. Le style est aussi interprétation et source d’interprétation.


Le style de Vatican II est une manière d’interpréter les Ecritures et la Tradition chrétienne (au-delà du Moyen-âge jusqu’aux origines de la patristique) ; c’est une manière de se rapporter au Christ Jésus ici et maintenant, à partir du monde contemporain.


Le Concile Vatican II s’est voulu participation renouvelée, actualisée au style même de Jésus, à sa manière de se situer, tant par rapport à la tradition juive que par rapport à ses contemporains, tout comme le scribe instruit des mystères du Royaume qui tire de son trésor du neuf et du vieux. C’est dans sa manière de se vouloir fidèle au style de Jésus que le concile est normatif et autorisé à inspirer de nouvelles interprétations analogues de la tradition chrétienne. Le concile attend, comme tout moment de la Tradition d’être actualisé et mis en œuvre en tant que discernement théologique. 

 

L’ouvrage apparaît donc comme une relecture des actualisations faites par le concile, tant en éthique, qu’en ecclésiologie et en théologie fondamentale. De nombreux auteurs ont participé à ce volume : de l’Institut catholique de Paris, du Centre Sèvres, de Louvain-la-Neuve, de l’université de Laval (Québec) ou de l’université catholique de Louvain. Les contributions aident à mesurer que les écrits conciliaires font apparaître un nouvel âge de la théologie, sans renier d’aucune sorte la théologie du Moyen-âge. On est passé d’une conception dogmatique de l’identité chrétienne à une autre perception de l’être chrétien. Les auteurs nous invitent à saisir la cohérence d’ensemble de l’œuvre conciliaire. La lecture suppose de bonnes connaissances théologiques.
E.H.
 

Vatican II raconté à ceux qui ne l'ont pas vécu, Daniel Moulinet,
L'Atelier, 112 p.


Recension VaticanII  Moulinet.jpg Recension VaticanII Moulinet.jpg   Pour une première approche, le travail de Daniel Moulinet est hautement recommandable. Dans Vatican II raconté à ceux qui ne l'ont pas vécu, le théologien, professeur émérite d'histoire à l'Institut catholique de Lyon, présente les enjeux du Concile, depuis l'intuition initiale du surprenant Jean XXIII jusqu'aux derniers votes de l'automne 1965.

 

Pour chacun des grands textes, on découvre tant le contenu que les débats qui ont animé les pères conciliaires à l'heure de négocier rédactions et votes. Précis, sans fioriture ou effets de style, le volume donne les outils pour saisir l'essentiel. On appréciera les quatre pages de glossaire, pour un public ne maîtrisant pas la catholangue.

 

La bataille du Vatican


Recension VaticanII Pedotti.jpg Recension VaticanII Pedotti.jpg   Ceux qui veulent entrer dans la psychologie de l'événement se régaleront de La Bataille du Vatican, de Christine Pedotti. L’éditrice, cofondatrice de la Conférence catholique des Baptisés francophones, s'est plongée dans les archives et les récits des acteurs pour livrer un magnifique roman historique.

 

En adoptant, dans de courts chapitres, le regard des protagonistes - papes (Jean XXIII puis Paul VI), cardinaux (le Belge Suenens face à l'italien Ottaviani, chef du Saint-Office), évêques, théologiens (les anciens Congar et de Lubac, et les jeunes Küng et Ratzinger), elle donne à voir les lignes de fractures entre progressistes (majoritaires) et les conservateurs, groupés autour des prélats de la Curie qui voient leur pouvoir s'effondrer.

 

Le récit met en scène des hommes passionnés par leur travail, tétanisés par le poids de leurs décisions, confiant sans cesse leurs tourments à la sagesse du Saint-Esprit. Entre les intrigues pour obtenir la faveur du Prince - la solitude de Paul VI est admirablement décrite—, on suit l'avancée des textes et des débats, parfois plus stratégiques que théologiques. En empathie pour les protagonistes des deux camps, Christine Pedotti met son talent de plume au service de la compréhension des enjeux. On rêve d'une mise en scène théâtrale de son travail.

 

L'événement Vatican Il,
 

Recension VaticanII (O'Malley) Recension VaticanII (O'Malley)   Les plus exigeants trouveront leur bonheur avec L'Evènement Vatican II, du jésuite américain John O'Malley. Ce professeur de théologie à la prestigieuse université de Georgetown (Washington) décrit le Concile comme « la plus grande rencontre de l'histoire du monde ». Contrairement aux précédents conciles, Vatican II n'a pas consisté à énumérer des « erreurs » et des interdits, mais, au contraire, formuler des encouragements.L'Eglise y reconnait qu'elle est partie prenante du monde moderne.

 

O'Malley n'oppose pas les libéraux/progressistes aux conservateurs, préférant jouer sur "opposition majorité/minorité. Car le camp majoritaire prétendait non pas suivre la mode mais récupérer des traditions plus anciennes encore. Tel Maxime IV Sayegh, primat de l'Eglise grecque-catholique melkite, qui o apparut comme le plus audacieux des progressistes parce qu'il se voulait le plus radicalement conservateur ». Le jésuite interroge les « questions sous les questions ». Comment l'Eglise peut-elle gérer le changement ? La réponse tient en trois mots: aggiornamento, développement, retour aux sources. Comment manier les relations entre le centre (papauté, Curie) et la périphérie (Eglises locales)?

 

Avec Vatican II, le « style » conciliaire devient biblique et pastoral, moins juridique et O'Malley évoque un « événement linguistique ». « Liberté, égalité, et fraternité, de même que d'autres invités autrefois malvenus, frappèrent à la porte et reçurent le droit de participer au banquet. » Merci aux éditions belges Lessius de proposer aux lecteurs francophones l’ouvrage de référence dans le monde anglo-saxon. L’année "Vatican II" est bien lancée.
 

 

Vatican II n'a pas consisté à énumérer des "erreurs" et des interdits,

mais, au contraire, à formuler des encouragements.

 

Devant tant de maux, mieux vaut utiliser la médecine bienveillante que celle de la sévérité (Jean XXIII)

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 2331 visites