Formations EAP et Diaconia

Parole de Dieu et diaconie de l’Eglise

Diaconia-EP Diaconia-EP  260 membres des équipes d’animation de paroisses ont participé aux journées de formation pour les EAP, à la Maison diocésaine d’Arras et aux Tourelles à Condette. Le sujet abordé était lié à l’objectif Diaconia 2013.

Le père Luc Dubrulle devait donner les arguments théologiques et bibliques qui fondent la nécessaire responsabilité de service (charité, diaconie etc) de tout baptisé, l’une des trois charges à honorer : vivre le service du frère, vivre l’annonce de l’Evangile, vivre la relation à Dieu par la prière et les sacrements.

 

Diaconia-EP Diaconia-EP  La journée commençait par un temps de célébration où étaient apportés en procession des livres ou classeurs, porteurs des fragilités et merveilles repérées en paroisses depuis plusieurs mois. L’évangile lu et médité rappelait la rencontre de Jésus et de l’aveugle Bartimée, évangile où le regard des disciples n’était pas très ouvert envers cet aveugle. Il a fallu que le Christ les éveille à la présence du petit hors du chemin pour qu’enfin, ils le mettent au centre du groupe : mettre l’aveugle au centre du groupe, dans la lumière de Jésus. Il importe aujourd’hui encore de mettre le pauvre au centre de nos attentions.

 

Qu’entendons-nous par diaconie ?

Diaconia-EP Diaconia-EP  Le mot diaconie est d’un usage décent. Cela correspond à un moment de la vie de l'Église où, plus fragiles, nous avons besoin de mieux comprendre qui nous sommes... notre place dans le monde. La diaconie, c’est le service de la charité au bon sens de l’amour de Dieu, donné et à l’œuvre ! Diaconia-EP Diaconia-EP  Mgr Rodhain disait : je ne fais pas la charité, c’est la charité qui m’agit… c’est-à-dire : l’amour de Dieu qui me transforme. Ne réduisons pas le service à un geste de solidarité : la diaconie va jusqu’à y compris les dimensions politiques de l’existence.
 

Les fondements, de la Genèse à Vatican II


Pour fonder la diaconie dans toutes les dimensions de l’existence le père Dubrulle rappelle l’intuition de Vatican II : une Eglise dans le monde de ce temps, une église où “Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur.” G.S.1. La foi chrétienne affirme que Dieu s’est fait conversation avec le monde (par l’incarnation de Jésus) mais aussi par la présence de son Esprit au cœur des baptisés. La dimension diaconie est fondée sur les Ecritures. Le père Dubrulle relit avec nous les récits de Création du monde en Genèse : Dieu crée les hommes aimant, à son image, "et Dieu vit que cela était bon".


Dans la relecture des témoignages, des fragilités comme des merveilles apportés, se révèle cet amour de Dieu, dans l’attitude aimante de celles et ceux qui ont mis en œuvre le souci du pauvre. L’homme a été créé inventif, les livres des merveilles le signifient. Ces livres foisonnent des actes de tous les hommes et femmes de bonne volonté, de toutes religions, et même sans religions... Et à lire ainsi ces actions aimantes, on se dit : que c'est bon ! et même : Mon Dieu, c'est très bon !

 

Le deutéronome et les prophètes


Avec l’Exode puis le deutéronome, nous voyons l’affirmation d’une alliance entre Dieu et le peuple qu’il s’est choisi. Alliance pour manifester et dire cet amour. Dans cette alliance se trouve une loi d’alliance pour vivre libre, affirmant ainsi que la communion du peuple fait partie de l’alliance. Le père Dubrulle rappelle la signature de l’interdit deutéronome : “qu’il n’y ait pas de pauvre chez toi” (sous-entendu, c’est qu’il y en avait !). La présence des pauvres est le signe des écorchures faites à l’alliance. Nous sommes invités à relire sous cet angle les prophètes comme Amos ou Isaïe 1 ou Osée. C’était aux 8-7èmes siècles avant Jésus. Ils dénoncent à de nombreuses reprises les injustices entretenues au sein du peuple de Dieu : “Ils changent le droit en absinthe et jettent à terre la justice (...) ! Vous piétinez le faible ; vous prélevez sur lui un tribut de froment (...) Je sais combien nombreux sont vos crimes, énormes vos péchés, oppresseurs du juste, extorqueurs de rançons, vous qui, à la Porte de la ville, déboutez les pauvres”. (Amos 5) Ou Isaïe : "Malheur à ceux qui prescrivent des lois malfaisantes et, quand ils rédigent, mettent par écrit la misère." Ils écartent du tribunal les petites gens, privent de leur droit les pauvres de mon peuple, font des veuves leur proie et dépouillent les orphelins. (Isaïe 10, 1-2)

 

Les inégalités sont signe que le peuple de Dieu est en train de se détruire comme peuple. La non-alliance sociale est manifestation de la non-alliance avec Dieu. Pourtant Dieu aime son peuple et le prophète Isaïe parle de fiançailles : “Je te fiancerai à moi pour toujours; je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde; je te fiancerai à moi dans la fidélité, et tu connaîtras Yahvé. (Osée 2,21)

 

Aujourd’hui :


Beaucoup plus proche de nous, Jean-Paul II s’interrogeait sur les “structures de péché” dans nos sociétés, ce qui entrainait injustices et pauvretés inacceptables. Nous faisons cette même expérience en écrivant livre des fragilités, cassures et écorchures. C’est plus que de simples fragilités. Pour bien voir, il faut laisser parler les pauvres. Le fait qu’il y ait des pauvres renvoie au “devoir être” d’une société.
Cette réalité-là du peuple d'Israël apparaît comme rien de moins qu'une trahison de l'alliance. Ce n'est pas seulement une affaire de sensibilité humanitaire, c'est le fait que cette situation se manifeste comme un péché contre l'alliance, comme une infidélité à l'amour même du Seigneur!
Il nous faut donc prendre au sérieux les affirmations du Projet diocésain de catéchèse :

“Les fragilités que nous portons et les graves imperfections dont souffrent les êtres humains et le monde révèlent une humanité blessée en attente de rédemption. Ces blessures nous font mesurer la distance qui nous sépare du royaume. Elles appellent un regard lucide et critique et justifient des refus et des oppositions de notre part. Elles appellent la conversion des personnes. Elles requièrent, non seulement notre solidarité à l'égard des plus faibles, mais aussi notre engagement effectif dans les réalités temporelles et la réflexion sur les interrogations qui habitent notre société”. PDC § n° ????

Le père Dubrulle termine la première partie de son intervention en reprenant l’image du “manteau de la mariée, qu’il faut tisser pour manifester l’amour du Seigneur (cf. Osée). Le visage de charité de l’Eglise, c’ est le manteau de la mariée… Il faut parfois déchirer un bout du manteau, pour aller loin, comme le manteau de St martin. Telle est la fonction des groupes prophétiques dans l’Eglise : aller loin, et parfois déchirer. Il faut ensuite recoudre pour témoigner ensemble d’une Eglise aimante. Cet amour ne peut être fugace, c’est une charité sociale et politique, un amour intelligent, un amour qui prend la forme de la justice.

 

2ème partie

 

Au retour d’Exil un peuple de pauvres.
 

 

Reprenant le fil des paroles prophétiques à la fin de l’Exil, “les miséreux cherchent de l’eau et rien… leur langue est desséchée par la soif”. Cette situation de pauvreté collective du peuple appelle l’action de Yahvé : “Moi, Dieu d’Israël, je ne les abandonnerai pas !”. C’est sous la figure des pauvres de Yahvé que le second Isaïe décrit la communauté du retour vers Jérusalem : Yahvé a consolé son peuple, il prend pitié de ses pauvres. Dieu aime son peuple pour le libérer. Il ne faut donc pas réduire la pauvreté à une pauvreté spirituelle, car elle est aussi une pauvreté économique, sociale, politique. Cette pauvreté est posée comme signe et réalité qui appelle l’action de Dieu.

C’est ce qui s’opère en la venue de Jésus qui vient accomplir le dessein du Père. Si Dieu a choisi Israël, désormais son amour doit s’étendre à toutes les nations. « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance (délivrance juridique, politique) et aux aveugles le retour à la vue, (physique, corporel) renvoyer en liberté les opprimés, (social et économique), proclamer une année de grâce du Seigneur. »

 

Le salut de tout l’homme


Porter la Bonne nouvelle aux pauvres se décline par les actions présentées dans ce texte. La Bonne Nouvelle annoncée, n’est pas que spirituelle, c’est dans l’action auprès des pauvres qu’elle se réalise. L’annonce n’est pas une action en plus, c’est dans les actions qu’elle se réalise. Le signe précis donné par le Christ n’est pas que l’Evangile est annoncé “à toutes les hommes”, mais qu’il est “annoncé aux pauvres”. Partant de l’annonce aux pauvres, l’évangile deviendra annonce universelle, et non l’inverse. (Alain Durand, la cause des pauvres, p. 55).
Le salut universel et intégral concerne toutes les dimensions humaines. Le Compendium de la doctrine sociale, n° 1, précise : Le salut, que le Seigneur Jésus nous a acquis « à un prix précieux » se réalise dans la vie nouvelle qui attend les justes après la mort, mais il englobe aussi ce monde, dans les domaines de l'économie et du travail, de la technique et de la communication, de la société et de la politique, de la communauté internationale et des rapports entre les cultures et les peuples : Jésus est venu tout sauver.” La diaconie de l’Eglise est au service de ce salut intégral. Ce ne peut être vécu que porté par les trois vertus de Foi, d’Espérance et de Charité.

 

Les acrobates de la charité


Nous voyons Jésus à Capharnaüm, entouré d’une foule, et voici qu’arrive un paralysé porté par 4 hommes. Il leur faut monter sur le toit et enlever les tuiles. (Mgr Rodhain les appellent “ les acrobates de la charité”) Ce pauvre arrive au plein cœur de la maison face à Jésus, et il a fallu forcer le passage… Cette assemblée est vraiment devenue l’Eglise. Le signe de la présence du Christ n’est pas dans la présence des plus pauvres, mais dans l’action de salut pour ces plus pauvres… “Heureux les pauvres…” écrit Matthieu c’est à comprendre que Dieu veut faire de son royaume une éclatante manifestation de sa justice et de son amour en faveur des pauvres.

 

A l’image de la Trinité qui sort d’elle-même


Croire, c’est avoir part à cette communion avec le Père par le Fils. Cependant le Fils a la prétention d’aller vers celui qui est loin : la Trinité ne peut que vouloir s’étendre aux extrémités de la terre. Dans les années 30, Jésus offre cette communion, mais il y a la croix et la passion qui nous entrainent vers la résurrection. A la Pentecôte, cette communion se continue au souffle de l’Esprit. C’est alors que prend sens cette parole ; “ce que vous avez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’avez fait”. Jésus vient nous rencontrer et nous tirer par le devant de l’histoire, dans la figure de l’opprimé, du pauvre du petit, de l’exclu. L’autre, même s’il n’est pas encore frère est le chemin vers Lui. L’Eglise, assemblée des frères, est à la croisée des chemins, l’horizontal, le vertical, mais aussi en avant d’elle. Elle est communion d’amour à extension sociale, à extension universelle. Elle ne peut se comprendre que dans cette tension, où nous voulons que toute l’humanité, nous devenions tous frères… que tous nos liens personnels, familiaux, sociaux, économiques, politiques soient remplis de cet amour. Un jour le Christ sera tout en tous. Le commandement de l’amour mutuel trace la voie qui permet à la vie trinitaire, dans le Christ, de transformer l’histoire, grâce à l’espérance de son achèvement dans la Jérusalem céleste.

 

Témoins d’un amour engagé : Pie XI, Grégoire de Nysse


En 1931, Pie XI déjà souhaitait que l’on replace toute l’économie sous le double principe directeur de la justice et de la charité sociale. La fonction politique se comprend dans la même perspective, où l’on trace assurer le cadre de justice qui fait que les habitants de la planète puissent vivre ensemble dans l’amour et qu’ainsi soient libérées les énergies sociales de l’amour. La clé de la communion se trouve dans la libre conversion qui consiste à s’ouvrir à l’amour de Dieu et du prochain. Lors de l’eucharistie, nous redisons : voici le sang versé “pour vous et pour la multitude”… l’eucharistie creuse donc la soif d’aller vers la multitude, celle qui n’est pas là. Les engagements de justice et de charité sont donc à comprendre d’une part dans la dynamique de l’incarnation, où Dieu s’engage dans l’humanité, et d’autre part, dans la fonction anticipatrice du rassemblement final de l‘humanité.

Grégoire de Nysse affirme que le Christ effectue son retour dans la figure du pauvre ! Il Grégoire de Nysse lie la parousie, le retour du Christ au pauvre ! Il revient par le pauvre, parce que dans le cri du pauvre se manifeste l'appel de l'amour... En même temps, le Christ donne la force de répondre. La diaconie de l’Eglise est ainsi fondée comme un immense chantier de reconstruction (de rédemption) du monde dans la charité, inauguré par Dieu en Jésus-Christ et dynamisé par son Esprit. Il s’agit de servir l’action de Dieu.

 

Après Jésus…


Nous connaissons le tableau idyllique de la première communauté où tous les croyants étaient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières… Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commu. Parmi eux nul n'était dans le besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins. (Actes 2 et 4). Bien sûr ce n’était pas aussi simple ; ainsi Paul doit organiser la collecte pour l’Eglise de Jérusalem. Il décrit admirablement la circulation entre les biens économiques et les biens spirituels. Ce qu’il faut, c’est l’égalité (partage du superflu pour ceux qui sont dans le besoin. La communion spirituelle s’effectue dans une communion sociale. Si les apôtres ont en charge la communion spirituelle, très tôt on institue les diacres dont la mission est de veiller sur la bonne communion économique (Actes 6)… Nous tenons là ce que la tradition de l’Eglise a compris et transmis comme étant l’institution de la diaconie : la charité articulée dans la communion aux autres charges ecclésiales : l’annonce de la Parole et la prière. Justin au 3ème siècle témoigne des pratiques de son Eglise, où les trois dimensions sont articulées dans le même temps d’assemblée du dimanche.

 

Au fur et à mesure que l’Eglise s’accroit, et que les situations se complexifient, on trouvera des services plus organisés, structurés : service des malades, des prisonniers, des indigents etc. avec le risque de séparer le service de la charité des deux autres services de l’annonce et de la prière (voir tableau). Autonomisation et spécialisation sont la rançon de l’efficacité. Hospitalités diocésaines, Hôtel-Dieu, les bureaux d’aide paroissiaux deviendront des bureaux de bienfaisance et d’aide sociale, les caisses mutuelles de secours initiées en milieux catholiques deviendront la Sécurité sociale. Le salaire familial (initié par éon Harmel) se transforme en un bien commun sous l’appellation d’allocations familiales, etc. Si les institutions diaconales se sécularisent ou s’externalisent, ne reste à l’Eglise que l’annonce et la prière, l’Eglise devient bancale. Chances et risques pour la religion. L’enjeu de Diaconia 2013 est de tenir ensemble les trois dimensions et que ce soit l’action de toute l’Eglise. Le PDC parle d’une catéchèse qui est passage : d’une catéchèse de spécialistes à une catéchèse où tous deviennent actuels.

 

Conclusion


Dans le triptyque classique formé par l’annonce, la liturgie et la diaconie, il importe de prendre conscience que chacune est relative à l’action d’un Autre : Dieu.

  • L’annonce : il s’agit d’annoncer Dieu. L’enjeu de l’annonce c’est que Dieu parle à tous les hommes et non de canaliser l’annonce.
  • La sanctification, l’enjeu est que Dieu sanctifie toute personne et on de canaliser la sanctification.
  • De même pour la diaconie ou service de la charité : nous pouvons et devons veiller à ce que la charité soit vécue, mais c’est l’amour de Dieu qui est à la source. En même temps nous ne devons pas lâcher le service de la diaconie dans le monde de ce temps.

L’amour est plus fort quand il est confessé et célébré. Tel est l’enjeu de maintenir les trois ensemble.

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 6036 visites