Fiche 10 Matthieu 18-20

4ème discours : discours communautaire. En route vers Jérusalem.

Section 10 La communauté des disciples, 18, à 20,34.
4ème discours : discours communautaire. En route vers Jérusalem.
(Lecture courte : passer le ch.19.)

 

Section précédente
Pierre reconnaît Jésus comme Messie, mais ne reconnait pas la croix comme lieu de révélation. Sur la montagne, la vision de la transfiguration provoque Pierre, Jacques et Jean à reconnaître Jésus et à l’écouter, comme le prophète par excellence. A plusieurs reprises, Jésus annonce sa passion. Il semble bien que Matthieu utilise des évènements du temps de Jésus pour faire l’éducation des communautés des années 70-80. Ce qui est dit concernant le “suivre Jésus” concerne tout autant les premières communautés que le groupe des Douze. Les chapitres 16 à 20 forment un tout que nous avons séparé en 2 sections 9 et 10, pour éviter les grandes longueurs

 

Dans les chapitres 18 à 20, Matthieu rassemble diverses conversations en forme d’enseignement sur la vie en communauté d’Eglise. Nous trouverons des récits bien connus : qui est le plus petit, la brebis égarée, le pardon, la prière à plusieurs, le débiteur impitoyable, le regard sur les ouvriers de la onzième heure. Les épisodes du ch. 19 étant semblables en Marc et Luc, la lecture abrégée propose de passer au ch.20. Nous connaissons la plupart des épisodes, mais nous les lisons séparément, ce qui rend plus difficile d’accueillir ces chapitres comme un ensemble construit.Palestine carte.jpg Palestine carte.jpg  


L’itinéraire est balisé :

Jésus était parti de Césarée de Philippe, nous voici au sud-est de la Judée et de l’autre côté du Jourdain. Au ch. 20 on arrive à Jéricho, ville dans la plaine, passage obligé avant la montée vers Jérusalem en venant du Jourdain. C’était une des routes habituelles des pèlerins. L’entrée de Jésus à Jérusalem sera racontée au chapitre 21.

 

Vue d’ensemble


a) L’attention au petit. (18, 1-14)
Si Matthieu commence le quatrième discours “sur l’Eglise” par une question sur la place du plus petit, c’est probablement parce que, de son temps comme aujourd’hui, certains devaient monopoliser le pouvoir et signifier leur supériorité. Ce faisant, il rappelle la mission première de toute communauté d’Eglise : se mettre au service des derniers (cf. les premiers seront les derniers, 20, 16 ou servir et donner sa vie, 20,28). La réponse de Jésus à ses disciples est une parabole en actes. L’enfant qu’il place au milieu du groupe n’est ni l’enfant-roi de nos sociétés modernes, ni l’enfant plein d’innocence. Au temps de Jésus, l’enfant n’a aucun droit et son seul rôle est de “servir les grands”. L’invitation de Jésus s’adresse donc à ceux de la communauté qui se prennent pour des grands. Celui qui se considère comme petit ne se prend pas pour un grand. Voilà pour notre propre place.


 La parole de Jésus sur l’accueil du petit continue par une mise en garde contre ceux qui scandalisent (font chuter) les petits. Nombre de chrétiens sont fragiles et d’autres chrétiens se comportent comme des maîtres et non comme des serviteurs. Couper la main ou le pied : la main et le pied caractérisent l’agir de l’homme. Quant à l’œil, il traduit les intentions profondes. Dans la communauté, chacun est invité à retrancher de son agir et de ses certitudes tout ce qui peut scandaliser les petits de la communauté… Pas simple !

 

La parabole de la brebis égarée conclut l’enseignement sur l’accueil des petits. Nous la recevons comme une bien belle histoire. En fait, c’est probablement une interpellation de Jésus aux bien-pensants qui lui reprochaient de les délaisser pour s’occuper davantage des moins que rien ; pour Matthieu qui reprend cette histoire, c’est l’occasion de rappeler aux 99 bien au chaud, que Dieu est venu pour chercher ce qui était perdu… Matthieu parle de brebis égarée : sans doute, faut-il penser ici à ceux qui, méprisés par la communauté sont tentés de perdre la foi. La sollicitude de l’Eglise à l’égard des petits est fondée sur la sollicitude de Jésus à leur égard. (Relire : “Je te remercie d’avoir caché cela …”, Mt 11, 25).

 

b) Le pardon et le débiteur (18, 15-35)


Il est intéressant de noter que le péché évoqué concerne la relation au frère. Aimer Dieu et aimer son prochain ne font qu’un seul et même commandement. Plus tard, saint Jean affirmera : “Celui qui dit j’aime Dieu et qui n’aime pas son frère est un menteur”. Si une réconciliation ne peut avoir lieu à l’amiable, on portera l’affaire devant l’Eglise… il appartient donc à l’Eglise de lier et de délier… Ne faisons pas de Pierre le seul dépositaire de cette responsabilité (16, 19) ! Ensuite, par ses paroles, Jésus assure de sa présence ceux qui cherchent la réconciliation au sein de l’Eglise : “Je suis au milieu d’eux” (19-20). Il n’est pas sûr que Pierre accepte de voir la présence de Jésus dans le frère à pardonner (21).


c) Le mariage, le chemin du Royaume (19, 1-30)


Pour ce ch. 19, attention à ne pas nous embourber dans le dédale des discussions qui oublient le concret de l’existence, là où se joue la rencontre du Seigneur.


Que de pages l’Eglise et la société n’ont-elles pas écrites concernant le mariage et le divorce ? Et le chemin du Royaume avec le chameau devant le trou d’une aiguille ? N’oublions pas que le début du récit est une question-piège posée à Jésus : cela situe le niveau de la discussion : à question piégée, réponse piégeuse. Cela explique que Jésus renvoie à l’Ecriture, aux premières lignes de la Bible, un peu comme s’il refusait d’engager la discussion : il y a les principes et les réalités de la vie : “C’est à cause de votre dureté de cœur que Moïse…”

 

Jésus ne condamne pas Moïse pour avoir eu une attitude plus libérale que les principes ! Aujourd’hui nos discussions éthiques au sujet du mariage, de l’euthanasie, de la procréation médicalement assistée, ne se situent-elles pas sur deux registres différents : les principes et les réalités ? Le pasteur est celui qui connait les principes, mais qui sait aussi accompagner la brebis sur le chemin où elle essaie de trouver nourriture pour vivre. Nous faut-il des pasteurs ? Nous faut-il des légalistes ?


La suite du récit montre que les disciples se trompent de chemin quand, au nom des grands principes, ils veulent empêcher les enfants d’approcher de Jésus. Le dialogue de Jésus avec le jeune homme est à lire avec la même perspective : il y a les principes de la religion, les commandements, et il y a ce que l’on peut faire pour “suivre Jésus sur le chemin”. Il semblerait que suivre Jésus est encore plus difficile que de respecter à la lettre les commandements. La logique de ce chapitre est une invitation à mettre en première règle “vivre au nom de Jésus”. Sur ce chemin là, il en est des plus petits qui passeront avant les premiers de la classe de religion.

 Zoom : Les ouvriers de la dernière heure 20, 1-16


Cette parabole reflète une situation sociale dégradée, issue de la création de grandes propriétés foncières par l’occupant. Bien des villageois expropriés de leur lopin de terre espèrent le passage d’un propriétaire qui les emploierait quelques heures pour une miche de pain. Il suffisait à Jésus de fréquenter la rue pour voir la réalité et en parler justement. Matthieu présente cette journée en deux parties. D’une part la journée de vendanges, scandée par les embauches, jusqu’au dernier appel une heure avant la fin du travail ; d’autre part l’heure des comptes où chaque journalier est appelé à recevoir son dû.


Si la “justice sociale” ne semble ni équitable ni respectée par ce maître d’une grande propriété, le regard de Jésus nous entraîne sur l’attitude des ouvriers à l’égard des derniers d’entre eux… et c’est le maître qui est considéré comme injuste. Le temps des vendanges, comme le temps de la moisson, signifie la fin des temps et le Jugement de Dieu. La parabole nous projette donc au dernier jour. Que Dieu accepte que des derniers entrent dans son Royaume avant nous, voilà qui dérange, et voici qu’il rétribue également les derniers au prix des premiers… voilà un étrange comportement de Dieu. Tel est le Dieu miséricordieux annoncé par Jésus : “Heureux les pauvres, le Royaume des cieux est à eux !”


L’application de la parabole peut se faire en trois temps.

  • 1. Le Royaume de Dieu embauche à toute heure, et les derniers ont autant de prix pour Dieu que les justes, laborieux depuis le début.
  • 2.Quand l’Eglise s’ouvre aux païens : les derniers venus, des païens, seront-ils autant considérés que les premiers (chrétiens d’origine juive) ?
  • 3. Enfin il semble bien que Matthieu insiste sur le renversement des valeurs : dans la section que nous venons de lire, on trouve l’épouse répudiée, l’enfant écarté, le pauvre qui n’a pas le confort spirituel du jeune homme riche, les aveugles assis au bord du chemin… : voilà des derniers que Dieu considère comme premiers. Voilà qui est bien dérangeant au XXème siècle, quand Jean XXIII décide d’ouvrir l’Eglise au monde et d’accorder autant de prix à ceux qui vivent dans le monde qu’à ceux qui demeurent à l’intérieur de leur église. “Ne faut-il pas fermer au plus vite ces portes ouvertes par Jean XXIII ?”, entend-on alors.

Cet évangile a inspiré la méditation de Jean-Paul II quand il écrit l’exhortation christifideles laici (Les fidèles laïcs du Christ) en 1988 : “Des situations nouvelles, dans l’Eglise comme dans le monde, dans les réalités sociales, économiques, politiques et culturelles, exigent aujourd’hui, l’action des fidèles laïcs. S’il a toujours été inadmissible de s’en désintéresser, présentement c’est plus répréhensible que jamais. Il n’est permis à personne de rester à ne rien faire” §3.
 

 

Pour aller plus loin
 

Pardonner 7 fois.

Guérison du ppralysé Capharnaüm  
Guérison du ppralysé
Guérison du ppralysé
On connait la puissance symbolique du chiffre 7 pour dire “beaucoup”. Mais alors, 70 fois 7… cela fait penser à 7 fois 7 X10. Le nombre 49 renvoie à la veille de l’année jubilaire (sabbatique) où l’on devait remettre toute dette à chacun (Lévitique 25, 10). Jésus ne demande pas à Pierre une remise de dette tous les 50 ans, mais tout le temps, toujours ! Ces chiffres rappellent la malédiction sur Caïn et Lamek : Caïn sera vengé 7 fois et Lamek 70 fois 7 fois (Genèse 4). A la vengeance de l’Ancien Testament fait place le pardon du Nouveau Testament !Monnaie Qumran Monnaie Qumran  

 

Un débiteur à dix mille talents :

 Il n’est pas difficile de comprendre la différence entre la dette remise à l’un et le refus de remise à l’autre. Quoique difficile à transposer, on estime qu’un talent représenterait 600.000 € d’aujourd’hui. Le revenu annuel d’Hérode le Grand était de 1000 talents, soit 600 millions d’euros. .

 

La logique de la croix (20, 17-34).

Quoi de commun entre la requête de la mère des fils de Zébédée, désireuse de gloire pour ses fils, et l’annonce de la passion ? D’abord, elle n’a rien compris à l’annonce de la passion ; ensuite la vraie question demeure celle de suivre Jésus en devenant serviteur. La mise en garde de Jésus : “Si quelqu’un veut être premier… ” est pour Matthieu, une invitation à ce que les Eglises ne fonctionnent pas sur le modèle du pouvoir mais sur celui du service pour la multitude…

 

“Que nos yeux s’ouvrent”. On peut ne retenir que la guérison physique des aveugles. Mais placer ainsi leur prière en fin de l’Evangile, juste avant l’entrée à Jérusalem et le temps de la Passion, c’est une invitation de Matthieu à la première communauté pour qu’elle entre dans le dessein de Jésus, qu’elle comprenne le chemin de Jésus : “ Seigneur, que nos yeux s’ouvrent !”

 

Prier la Parole.

 

Travailler à la vigne


Seigneur,
À tes yeux, chaque être humain a une valeur.
Pour le travail de ta vigne, tu as besoin de tous les hommes.
Ton œuvre d'amour et de justice concerne chacun,

quelle que soit sa situation sociale.


Chômeur, salarié, retraité sont conviés.
La vigne n'attend pas. Tant de périls la menacent.
Tu verses une rétribution quels que soient les mérites.
Devenir ouvrier, employé à la vigne, suffit.

 

Tu sais accueillir et inviter sans sélection préalable.
Les compétences et les curriculum vitae te sont égal.
Tu ne supportes aucune exclusion, aucune ségrégation, aucun privilège.


Aussi, je me réjouis quand des chômeurs

substituentau désespoir l'appétit de vie.
Quand ils acceptent de participer à la vie sociale.
Je me réjouis quand ils découvrent ou retrouvent

le sens d'un avenir à écrire, reliés à d'autres.


Je me réjouis quand les capacités humaines s'accordent,

au prix de patients débats,
pour concilier l'intérêt des chômeurs et des salariés.
Car travailler à ta vigne, quelle que soit l'heure, quel que soit le talent,
revient à prendre part concrètement à la Création.

 

Le travail à la vigne, œuvre de justice et d'amour,
remet des hommes debout, les réconcilie avec eux-mêmes.
Donne-nous l'audace de dire comme toi : "Allez donc vous aussi à la vigne."

 

 

N’oubliez pas des faire parvenir vos questions ou découvertes à :
Lire l’Évangile, Maison diocésaine BP1016 – 62008 Arras cedex
Ou par mail à hennart-eh@orange.fr
Retrouvez le dossier des évangiles : http://arras.catholique.fr/matthieu

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Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 3483 visites