Père Congar et le Concile Vatican II

Théologien et expert au concile. A pris une grande place dans les échanges sur l'Eglise

Congar Congar    Le Père dominicain Yves Congar (1904-1995) est considéré comme l’un des principaux théologiens du Concile Vatican II, tant par ses écrits que par sa participation aux travaux du Concile.

 

Dès les années 30, il cherche à renouveler l’ecclésiologie (théologie de l’Eglise) par un retour aux Ecritures et à la Tradition antique et médiévale. Il est alors convaincu que l’incroyance moderne est favorisée par la présentation trop juridique de l’Eglise. Parallèlement, Congar est l’un des premiers à s’engager dans le mouvement œcuménique, persuadé que le rapprochement avec les autres Eglises contribuera à un renouveau de l’Eglise catholique. Cette orientation du théologien est d’ailleurs en phase avec les recherches pastorales qui marquent cette époque : mouvement liturgique, Action Catholique, adaptation missionnaire, etc.


Dans les années 40 et 50, ses écrits provoquent la suspicion à Rome ; il est démis de sa charge d’enseignant et limité dans son travail d’édition. Certain que l’Eglise catholique a sans cesse besoin d’être réformée et qu’il faut redonner une place plus importante, tant aux évêques qu’à tout le peuple chrétien, il prépare ainsi le Concile à venir.

 

Sa contribution aux travaux préparatoires

 

congar congar  C’est pourquoi l’annonce par le Pape Jean XXIII d’un Concile œcuménique en janvier 59 réjouit le Père Congar. Il y voit une occasion d’ouvrir le dialogue œcuménique avec les autres Eglises, de compléter Vatican I par une doctrine de l’épiscopat, notamment dans la dimension de la collégialité, et, plus profondément, de mettre en valeur une vision plus riche de l’Eglise, de la communauté chrétienne et de sa mission dans le monde.
Nommé consulteur à la Commission théologique préparatoire en juillet 60, il est sollicité pour proposer des textes sur différents thèmes. Cependant, il n’est invité qu’à quelques sessions et n’est guère associé aux travaux de la Commission. Il se désole d’ailleurs que les textes produits par la Commission s’en tiennent généralement aux positions officielles sous Pie XII et restent fermés au renouveau théologique et à et l’ouverture œcuménique souhaitée par Jean XXIII. Mais, il garde l’espoir que l’assemblée conciliaire saura manifester ses véritables attentes et aller au-delà de ces textes préparatoires.

 

Une reconnaissance progressive


Nommé expert officiel au seuil du Concile, il participe à la première session durant l’automne 1962 et s’y sent inutile. Cependant ses conférences à divers épiscopats sont appréciées. Il est aussi est associé à la retouche du schéma sur l’Eglise, orchestré par le théologien belge Gérard Philips avec, notamment, le concours du jeune Josef Ratzinger, à la demande du Cardinal Suenens. Au fil des sessions, il se sent plus écouté et qu’un esprit commun au sein de l’assemblée des évêques se construit peu à peu.

Entre les deux premières sessions, en février 1963, le schéma Philips est choisi comme base de travail par la Commission doctrinale du Concile. On lui demande alors de venir à Rome pour mettre ses compétences au profit de la rédaction de Lumen gentium, la future constitution sur l’Eglise.
A partir de ce moment, Congar se trouve pleinement engagé dans l’aventure conciliaire. Il est associé à la rédaction de tous les grands textes doctrinaux du Concile au sein de la Commission doctrinale, puis progressivement dans d’autres Commissions du Concile.

 

Vers une Eglise communion


Son journal est ainsi le témoin des combats parfois âpres entre la majorité conciliaire favorable au renouveau et une minorité conservatrice dont la taille varie selon les sujets.
Certes, les textes ainsi mis au point lui semblent imparfaits, fruits d’un compromis nécessaire, voulu par le Pape Paul VI pour préserver l’unité de l’Eglise au-delà du Concile. Mais il se réjouit de tout ce qu’il considère comme les germes d’un renouveau. Bien des valeurs, plus ou moins atténuées, reprennent leur place dans la théologie de l’Eglise. Se dessine peu à peu la vision d’une Eglise, communion de tous les baptisés dans la foi et dans la mission, peuple de Dieu inséré dans l’histoire des hommes, signe du salut pour le monde. La collégialité retrouvée des évêques, unis au Pape, est l’un des aspects majeurs de cette Eglise communion.
A la fin du concile, Congar est heureux d’assister aux premiers fruits de l’orientation œcuménique du Concile, encore inconcevables quelques années plus tôt. Les frères séparés se parlent et prient ensemble !


Pour Yves Congar, le Concile est une étape majeure dans ce renouveau de la doctrine et de la vie ecclésiale ; un renouveau qui doit se poursuivre en entretenant la collaboration confiante entre évêques et théologiens, initiée à Rome.
Le Pape Jean-Paul II, avec lequel il avait collaboré dans la rédaction de la constitution Gaudium et Spes, le créera cardinal en 1994, manifestant ainsi publiquement la reconnaissance et l’estime de l’Eglise envers ce précurseur de Vatican II.


Père Eric MAHIEU
Source : Eglise de Lille 2012, n°13

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 2622 visites