les chrétiens face aux précarités

Tout ce que vous aurez fait pour le plus petit de mes frères...

  Le service de formation permanente organise chaque année trois journées “enjeux et questions” sur un thème précis. La journée du 2 décembre apportait le témoignage de chrétiens face aux précarités aujourd’hui. Ces journées sont proposées par le service diocésain de formation à l’intention de toutes les personnes en responsabilité dans le diocèse, d’abord aux équipes diocésaines des mouvements et services, aux animateurs laïcs en pastorale, mais aussi aux nombreux acteurs de la pastorale dans les paroisses.


Quatre témoignages
significatifs furent apportés su la présence des chrétiens auprès des plus petits : du Secours catholique (Mr Vincent Deconynck, délégué diocésain), du soutien aux migrants de Calais (Andri et la Cimade) ; de la présence auprès des détenus, (Pierre Guisnet, aumônerie de la prison d’Arras) et de l’aide sociale en milieu rural (Brigitte Barras, travailleuse sociale MSA). Quatre témoins qui ont su évoquer en toute discrétion non seulement les situations, mais plus encore ce que signifiait leur présence auprès des personnes qualifiées “en grande précarité”.

 

Secours catholique

 

Enjeux questions (Vincent Deconynck) Enjeux questions (Vincent Deconynck)  Mr Deconynck, a présenté en chiffre le dernier rapport du Secours catholique. Puis il interroge : que peut signifier la gestion d’un budget pour une personne dont les revenus s’élèvent à 515 € alors que le seuil de pauvreté en France est fixé à 949€ (pour une personne seule).

Pour ces personnes qu’on accuse trop rapidement de ne pas savoir gérer leur budget, le délégué du Secours catholique affirme qu’elles ne le peuvent pas. A nous de revoir nos jugements.

 

Cimade et droits des réfugiés

 

Enjeux questions (Andri) Enjeux questions (Andri)  Pour ses compétences juridiques et humaines, Andri travaille avec la Cimade sur les dossiers d’accueil des migrants. Avec une législation qui se durcit de mois en mois, comment apporter un peu de fraternité auprès de ces personnes qui fuient la guerre et la misère, qui cherchent asile au pays de la fraternité ou qui espère gagner l’Angleterre, où la législation est moins restrictive. Dans son témoignage, il évoque le souci de donner un peu de fraternité à des adultes séparés de leur épouse depuis deux, trois, voire quatre ans, le temps que l’administration veille bien donner (ou non) une autorisation de vivre en France… complexité des démarches mais aussi d’une législation qui n’est plus au service des plus démunis : comment la loi protège-t-elle les plus faibles ?

 

Auprès des personnes détenues

 

Auprès des détenus, surtout ceux qui commencent leur vie en détention, Pierre Guisnet a rappelé l’importance d’une parole échangée, parole qui redonne dignité à celui que l’on visite, ou avec qui on célèbre la Parole ou/et l’eucharistie. Savoir dire, à partir du livre de la Genèse : « votre nom est écrit dans la paume de Dieu » ; relever les gestes des détenus entre eux pour se soutenir ; inviter les paroisses à accueillir et mettre en relation d’association celui qui, sorti de prison, n’a plus de liens pour redémarrer dans la vie… Il précise encore : Quelles relations pouvons-nous entretenir avec le plus faible ? Une paroisse peut-elle soutenir un sorti, par un logement, un petit emploi, ne serait-ce qu’un chèque-service, etc ?

 

Travailleurs sociaux

 

Le quatrième témoin a su exprimer ce qu’elle vivait dans les relations directes et duelles avec des personnes qui parfois ne peuvent exprimer la réalité de l’isolement ou de la détresse. Mme Brigitte Barras nous parle des bouts de chemins et d’accompagnement auprès de personnes, accablées de difficultés familiales, ou de ruptures et de veuvage, de mise à la retraite, de vieillissement, ou atteinte d’un handicap. Beaucoup d’écoute ; une relation d’aide ; un souci de recréer des liens et de recommencer des projets avec la personne et les associations…
En écoutant ces témoignages, même s’ils ne l’ont pas dit eux-mêmes ce jeudi matin, je crois que la parole du Christ résonne encore plus : “ Ce que vous aurez fait pour le plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait…”

 

Parcours biblique

 

Au cours de l’après-midi l’abbé Paul Agneray parcourt la Bible avec le thème du pauvre et de l’agir envers eux, de la part de Dieu et de ses amis. Il faisait remarquer que, dans la phrase ci-dessus, de Matthieu 25, il n’était pas question de religion ou de poser un geste religieux, tout simplement d’avoir vu et d’avoir répondu à une attente touts humaine. Dans le récit de Lazare et du riche, le reproche fait à ce dernier est de n’avoir pas vu. L’évangile de Jean, ch.1, lu à la messe de Noël nous redira qu’il est venu chez les siens, qu’il n’a pas été reçu… et Jean complète dans sa lettre aux chrétiens : celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas (1 Jn 4).

 

 

 

Deux textes de St Jean Chrysostome : “culte et solidarité”


Jean Chrysostome Jean Chrysostome  Saint Jean Chrysostome, patriarche de Constantinople et martyr, disait ceci “Rien d'autre ne nous fait des imitateurs de Jésus-Christ que de montrer un intérêt vif envers le prochain. Ni le miracle, ni le martyre ne pourront nous sauver si nous n'avons pas une solidarité parfaite entre nous”. Concernant le sommet de la vie du Chrétien, l'Eucharistie, il y plaçait cependant un étrange contrepoids, de valeur équivalente et inséparable : le prochain. C'est à dire, dans l'anthropologie biblique, la sœur ou le frère en humanité. 

 

Les critères de justice du Christ rapportés par saint Matthieu (25, 31-46) "avoir nourri les affamés, vêtu les nus, visité les malades et les prisonniers, etc.", un grand saint de l’Eglise de Rome, saint Jean de la Croix, résumera fort bien:" à la fin de notre Vie, c'est uniquement sur l’amour que nous .serons jugés. Pour saint Jean Chrysostome, le "sacrement de autel" et le "sacrement du frère" sont aussi inséparables que les 2 commandements du Christ : amour de Dieu (que l'on ne voit pas) et amour du prochain (que l'on voit). Plus la relation directe et mutuelle entre le "sacrement de l'autel" et le "sacrement du frère " sera forte, plus l'Eglise sera vivante et féconde.

 

"Tu veux honorer le Corps du Christ ? Alors, ne l'honore pas ici, dans l’église, avec des vêtements de soie tandis que tu le négliges au dehors où il est nu et a froid... A quoi sert-il de charger la table du Christ de coupes d’or alors que lui-même meurt de faim ? D’abord nourris-le quand il a faim et, après, utilise les moyens qui te restent pour orner sa table" Attention, pour autant il ne s'agit pas de jouer au "robin des bois' et de dépouiller à gauche pour donner à droite!

 

L'aumône est toujours précédée de la justice."Quiconque ne renoncera point aux rapines ne saurait faire l'aumône. Vous auriez beau jeter des richesses sans nombre aux mains des indigents, tant que vous serez ravisseur injuste du bien d’autrui, vous resterez, aux yeux de Dieu, l'égal des homicides. C’est pourquoi il vous faut commencer par rompre avec l'injustice; vous exercerez ensuite la miséricorde envers les indigents" (3ème Homélie sur l'esprit de foi). Quelques paroles fortes de ce qu'est l'application de la justice!
 

L'autel et le frère


 "L'autel dont je vous parle est fait des membres mêmes du Christ, et le corps du Christ devient pour toi un autel. Vénère-le dans la chair, tu y fais le sacrifice au Seigneur. Cet autel est plus terrible que celui qui se dresse en cette Eglise, et, à plus forte raison, que celui de L'ancienne loi. "Ne vous récriez pas. Cet autel-ci est auguste, à cause de la victime qui y vient ; celui de l'aumône l'est davantage, parce qu'il est fait de cette victime même. Celui-ci est auguste, parce que, fait en pierres, il est sanctifié par le contact du corps du Christ; et l'autre, parce qu'il est le corps même du Christ. II est donc plus vénérable que celui-ci devant lequel, mon frère, tu te trouves.

 

Qu'est-ce donc encore qu'Aaron quand on songe à ces choses ? Que sont la couronne, les sonnettes, le Saint des Saints ? Et pourquoi parler de cet autel ancien quand, comparé à notre autel lui-même, l'autel de l'aumône est si splendide ? Et toi, tu vénères cet autel-ci, lorsque le corps du Christ y descend. Mais l'autre qui est le corps du Christ, tu le négliges et tu restes indifférent, quand il périt. "Cet autel, tu peux le vair dressé partout, dans les ruelles et sur les places, et, à chaque heure, tu peux y faire le sacrifice car c'est là aussi le lieu des sacrifices, Et comme le prêtre, debout à l'autel, appelle l'Esprit, de même, toi aussi, tu appelles l'Esprit, comme cette huile répandue en abondance.”(Homélie 82 sur saint Matthieu.