Fiche 5 1 Corinthiens 7-9

Le mariage, les sacrifices païens, la vie en Christ

Ch. 7-9. Le mariage ; les sacrifices païens, la vie en Christ.

Zoom : ch 7, 29-35, au sujet du mariage

 

Section précédente.

Les ch 5-6, intitulés “questions concernant la vie ordinaire”, étaient une succession de sujets différents concernant la vie au sein de la communauté. Il était question de mœurs licencieuses, mais aussi d’affaires qu’on traîne auprès des tribunaux païens. La fin du ch. 6 se référait aux revendications à la liberté en toute chose. Paul avait interrogé les exigences personnelles en posant la question : est-ce profitable et à qui ? Sous-entendu : je fais ce que je veux de mon corps, mais mon corps est à Christ, il est pour le Seigneur, il est temple de l’Esprit saint. Ainsi faire n’importe quoi de son corps est un sacrilège. La fiche précédente avait aussi évoqué le tort fait à la communauté d’appartenance.

 

Lecture d’ensemble

croyants en terres paiennes2 croyants en terres paiennes2  Aux ch. 7-9, Paul continue son tour d’horizon de la vie ordinaire. Il aborde les rapports homme/femme en diverses situations “courantes“ dans la société : célibataires, prostituées, mariés, veuves, vierges, etc. Au ch. 8 c’est la question de manger les viandes offertes aux dieux païens. Au ch.9 Paul revient sur la liberté, mais à partir de lui-même : libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous. C’est l’exact contraire de “tout m’est permis” 6,12. A plusieurs reprises nous lirons des phrases où Paul est un combattant qui ne se laisse pas faire : ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre ? L’intérêt de cette lecture est de repérer les critères de discernement qui amènent les choix de Paul dans la vie au quotidien. Paul ne dit pas “en principe…”, mais il répond : “concrètement…” Peut-être pourra-t-on lui reprocher de se mettre en avant, de mouiller sa chemise. Peut-on sérieusement le lui reprocher ?

 

Ch. 7 : Homme et femme dans la société ? Dans l’Antiquité, une femme ne peut subsister si elle est seule. Ce principe de dépendance est aussi présent dans les Evangiles à propos du lévirat, (la femme aux 7 maris, Mt 22, 23), ou quand Jésus confie sa mère à Jean (Jn 19, 26). La civilisation gréco-romaine était très permissive et elle avait de profondes divergences avec le monde juif. La confrontation de civilisation devait être rude ; dans la civilisation gréco-romaine, certains auteurs disent : “Les prostituées, nous les avons pour le plaisir, les concubines pour les soins de touts les jours et les épouses pour avoir une descendance légitime et une gardienne fidèle au foyer” (pseudo-Démosthène). Autres lieux, autres mœurs !

Quelle peut être l’approche de Paul dans cet univers, que nous appellerions laxiste ou dépravé ? (Evitons d’y introduire les notions de relation amoureuse telles qu’elles sont véhiculées au XXIème siècle, car cela n’aide pas à comprendre Paul en son temps). Garder en mémoire que les chrétiens, à Corinthe ou à Thessalonique, attendent la fin des temps, le très prochain retour du Christ. Aussi, l’état marié ou célibataire pouvait sembler moins important, dans l’attente du retour imminent. Les réponses de Paul se situent dans un contexte socio-historique bien précis qu’il faut savoir évaluer et éviter d’en faire des normes moralisantes. Ces remarques aident à nous rendre plus compréhensifs à l’égard de Paul.

 

Les réponses de Paul concernant les différentes situations témoignent d’un certain souci d’égalité entre l’homme et la femme, (nombreuses paroles en symétrie, par ex. 3-5). Aux v. 26 et 28, il précise que l’alternative (marié ou non) est dégagée de toute notion de péché. La dynamique du chapitre peut se résumer ainsi : on présente à Paul un principe général : “s’abstenir”. Paul répond par une succession de situations, au cas par cas, donnant son avis. Il n’évoque pas des arguments théologiques, mais “ce qui est bon” ou “ce qui est le meilleur”. Ces réflexions de Paul sont donc à recevoir comme des conseils plutôt que comme des ordres, que ce soit aux gens mariés, aux veuves... Est abordée aussi la question d’un conjoint avec un non-croyant. La décision de rompre revient au conjoint non-croyant.

 

croyants en terres paiennes croyants en terres paiennes  Aux jeunes hommes et jeunes femmes non encore mariés, Paul conseille de ne pas franchir le pas du mariage dans le souci de ne pas affronter tourments et angoisses (ce n’est pas un argument très théologique !), mais s’ils se marient, cela n’entraîne aucune conséquence au niveau de Dieu… La fin du ch. 7 demanderait plus de temps que ne le permet une lecture en maison d’Evangile. Les réponses de Paul sont plutôt nuancées. Constatons que plusieurs réponses montrent un équilibre entre diverses propositions. Puissions-nous reconnaître à Paul des nuances et plus d’ouverture d’esprit qu’on ne le lui concède d’ordinaire !

 

Mariage ou célibat. C’était un débat entre philosophes stoïciens et cyniques. Paul semble plutôt favorable au célibat. Son développement n’a rien d’un traité systématique et intemporel. Sa situation personnelle de célibataire et la perspective du retour du Christ ont pu orienter sa réponse.

 

Les mariages mixtes. Si l’un des conjoints devient chrétien, doit-il ou non continuer à cohabiter ? Evitons d’appliquer au premier siècle des règles canoniques bien postérieures. Paul n’invite pas à abandonner le couple. Les pères de l’Eglise, à sa suite, ont plaidé pour la préservation de l’union.

Non mariés, fiancés, veuves : Paul invite moins à l’indifférence qu’à la vigilance, en considérant le temps qui passe.

 

Zoom. Au sujet du mariage. 7, 29-35

Ces quelques versets font partie d’un ensemble où Paul a énuméré diverses situations. Les opinions émises sont plutôt mesurées. L’objectif final que conduit Paul dans sa réflexion est invitation à faire ce qui convient le mieux et à être attachés au Seigneur sans partage. A partir de 7, 29 on approche de la conclusion de l’ensemble consacré aux différents types de relations homme/femme. L’expression : “Le temps est écourté” ne nous parle plus. C’est une expression de la marine pour dire qu’on a rentré les voiles, qu’on est proche du port, c’est-à-dire, pour Paul, proche de la parousie. Cela conditionne l’organisation des derniers temps à vivre. Paul écrit aussi “la figure de ce monde passe”. Ces expressions sont à comprendre dans un regard sur le temps qui n’est pas le nôtre. Aujourd’hui on insisterait plutôt sur le temps qui dure, sur le dernier soir qui n’est pas pour demain. Paul n’édicte pas des commandements divins, mais des conseils, en homme sensé, compte tenu du retour du Christ. Pour la conduite de notre vie et le discernement en toute chose,  faire tout pour demeurer attachés au Seigneur.

 

Remarque : On pourrait méditer ce chapitre en ignorant le contexte religieux dans lequel Paul est installé, l’attente de la parousie. Cela transformerait notre interprétation en une succession d’absolus. Or, Paul donne des conseils relatifs à un temps donné. Il parle au présent et non pour l’éternité. Estimant que le retour du Christ est proche, il invite à se soucier davantage de Celui qui vient. Cela explique l’indécision au sujet des quelques exemples qu’il donne encore concernant la perspective d’un mariage, ou d’un remariage.

 

Ch. 8 : La consommation des viandes immolées

Les questions sur la consommation des offrandes lors des sacrifices païens par des chrétiens pourraient sembler saugrenues. Cette question n’a plus de sens aujourd’hui. C’était une question sérieuse aux premiers temps et Paul s’en explique longuement. Les chrétiens sont une minorité dans le monde païen rythmé par des liturgies. Que doivent-ils faire ? Les chrétiens étaient dans l’obligation de partager, ne serait-ce qu’un minimum de vie sociale, et c’est au minimum une présence à un rituel païen et au partage du repas qui s’ensuivait. Ne pas être présent aux rites officiels de la religion de l’empire pouvait donner l’impression que les chrétiens étaient asociaux. Dans les années 80, on obligera à sacrifier aux dieux, l’empereur lui-même étant considéré comme un dieu… Outre la participation à la vie sociale, les gens pouvaient acheter à bas prix les restes des sacrifices. Le petit peuple de Corinthe n’avait pas toujours de quoi s’offrir la viande aux repas. Devaient-ils se serrer encore plus la ceinture, parce que chrétiens ?

Pour Paul, la nourriture sacrifiée à un rite païen, ce n’est qu’une nourriture quelconque. Cependant si la conscience du voisin peut être troublée par la liberté de manger, mieux vaut s’abstenir. Au nom de ma liberté, puis-je être occasion de chute pour les faibles ? Conclusion au v.13. “Renoncer plutôt que de faire tomber mon frère”. Question sérieuse !

La question des viandes n’est plus d’actualité, mais le cheminement de la pensée de Paul peut éclairer aujourd’hui nos pratiques de discernement : que devons-nous faire ? Un des critères de Paul est l’édification de la communauté. On peut imaginer le libertaire dire ‘je fais ce que je veux’. Le raisonnement de Paul invite à penser au faible qui ne comprendrait pas. Ce critère peut être encore utile aujourd’hui. Il invite aussi à faire œuvre d’éducation.

La question des viandes immolées est à replacer dans l’histoire du christianisme des premiers temps. Les débats furent vifs pour admettre ou ne pas admettre les païens au baptême s’ils ne respectent pas les règles du judaïsme, en particulier les règles d’observance légale et de pureté. Les Actes des Apôtres signalent la première assemblée à Jérusalem (vers 50) où la question de la circoncision est débattue. Certaines règles alimentaires seront maintenues (Ac 15).

 

Ch 9 : N’êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur ?

N’entrez pas dans le débat où Paul entraîne les Corinthiens. Cherchez seulement des relations ou distances entre les uns et les autres évoquées par Paul. Quelle mouche a bien pu le piquer ? Il éprouve le besoin de se justifier comme apôtre et de justifier son activité missionnaire, y compris son salaire. Paul prend à témoins ses Corinthiens contre des opposants, accusateurs de sa liberté et, sans doute, remettant en cause son autorité d’apôtre. Dans le groupe des chrétiens de Corinthe, il y a les partisans de l’ouverture et les partisans d’un judaïsme pur et dur, même pour les christianisés. Il ne nous est pas interdit de penser aux situations conflictuelles dans notre propre environnement, après le concile Vatican II.

 

Pour aller plus loin :

“A mon avis… Je crois, moi aussi, avoir l’Esprit de Dieu” 7, 40. Ces quelques mots à la fin d’un long chapitre sont interprétés par des commentateurs comme la trace que Paul revendique pour lui le droit de parler… ; ce qui laisse entendre que d’autres aussi donnent leur avis, différent ! On retrouvera encore l’agacement de Paul à propos de la tenue des femmes dans les assemblées : “Et si quelqu’un se plaît à contester, nous n’avons pas cette habitude et les Eglises de Dieu non plus !” 11, 16

 

L’inculturation, être tout à tous. En relisant le parcours missionnaire de Paul, avec ses tensions et ses combats, nous pouvons penser au langage du pape François : il sait l’importance de l’action de grâce, mais il sait aussi provoquer pour aller aux périphéries, à la rencontre des moins-que-rien. Il invite à mettre en œuvre ce qu’il a reçu du Christ et il bouscule “ceux qui savent”. En même temps, il invite à ne pas froisser les petits. Paul montre qu’il connaît ses classiques, puisqu’il cite Moïse (ch. 9, 9-12 ; ch. 10, etc.), et il reprend cette histoire juive comme un retour de bâton pour interroger ses opposants. Il ne suffit pas de faire ‘comme avant’. Il y a le neuf de l’Evangile à transmettre ; c’est le combat de Paul, lui qui a d’abord été fidèle disciple de Moïse.

 

Liberté et sclérose. Ce que Paul dit de la liberté pourrait justifier l’immobilisme. Ce serait alors oublier que l’amour bien compris de frères faibles et de l’ensemble de la communauté se doit de refuser la sclérose et de chercher à aider tous et chacun sur le chemin de l’Evangile.

 

Prier la Parole.

Seigneur, tu sais bien que je n'arriverai jamais à être tout à tous.

Je ne suis pas un caméléon I Paul non plus, d'ailleurs !

Mais comme pour lui, tu m'invites à me laisser faire,

à me laisser 'saisir' par ta présence au cœur des familles

et des personnes que je rencontre.

 

A l'écoute des galères de leur vie,

tu me donnes d'accueillir des richesses de solidarité.

A l'accueil des démarches qu'ils accomplissent pour s'en sortir,

tu me fais voir des témoins persévérants,

capables de recommencer et de rebondir encore.

A l’écoute de leurs cris de révolte, tu m'offres la chance

de côtoyer des personnes en qui des ressorts me surprennent toujours !

 

Je pense ce soir à cette famille venant de perdre

leur vieille maman : 12 enfants, 23 petits-enfants.

Aucun ne partage la foi chrétienne,

mais tous tiennent à ce que leur maman croyante

puisse avoir une célébration priante...

 

Paul était passionné par la rencontre des autres,

quels qu'ils soient!

Merci, Seigneur, de me faire goûter

à cette ouverture de regard et de cœur.

Cela me fait vivre. A cause de l’Evangile.

 

Emmanuelle, Martine, Monique, Jacques. ACO

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 658 visites

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