le Samedi 08 sept 2018


Abbaye Notre Dame                                                                          Samedi 8 septembre 2018

WISQUES

 

 

 

 

 

BENEDICTION ABBATIALE

de Sœur Anne-Laetitia DERREUMAUX

 

 

Proverbes 21, 1-9

Romains 8, 28-30

Matthieu, 1, 18-23

 

 

Dans les limites de son humanité, Joseph n’a que de bonnes raisons de renvoyer Marie. Aucun doute n’est possible. Nul raisonnement ne le persuadera du contraire : Il est trompé et bafoué.

                Seule une intervention divine lui ouvre un tout autre horizon et sollicite sa foi : l’enfant qui est engendré en Marie vient de l’Esprit-Saint. D’une certaine manière, l’humble et discret Joseph nous dévoile le mystère de la Vierge Mère. Certes, il était en germe dans les annonces prophétiques de l’Ancien Testament, mais si Joseph n’avait pas accordé de crédit à l’ange du songe, Marie était définitivement enfermée dans le rôle de la femme légère et volage et le Fils de Dieu lui-même n’aurait été qu’un enfant illégitime.

                Si nous suivons l’enseignement de Saint Paul, nous pouvons penser et proclamer que Dieu avait d’avance fait de Joseph un juste qui contribuerait à la mise en œuvre de son projet de salut, mais l’homme juste de l’Evangile de Saint Matthieu aurait pu se contenter de répudier Marie en secret. La foi de Joseph le mène bien au-delà.

Cette foi est en parfaite harmonie avec celle de Marie qui après les objections qui s’imposent à la logique se rend à la volonté de Dieu : « Que tout s’accomplisse en moi selon ta parole. » Marie a été préparée dans son Immaculée Conception à sa propre mission. Mais à quoi aurait servi ce privilège sans le oui de Marie prononcé dans sa liberté, sa foi et sa confiance ?

Notre rencontre d’aujourd’hui avec Marie et Joseph souligne le fossé, l’abime presque, qui éloignent presque fatalement nos cultures contemporaines de la démarche de la foi. La science, la technique, la communication confèrent, de plus en plus, à l’être humain un pouvoir considérable. Celui-ci est bienfaisant et utile à bien des égards, mais il risque d’éloigner chaque jour davantage de l’accueil du don de la foi. Il faut aujourd’hui bien plus qu’un ange ou un songe pour faire pressentir à l’homme que tout n’est pas dit de lui-même dans les immenses capacités qui lui donnent parfois le vertige.

Tout au plus, l’homme et la femme doivent-ils admettre ou découvrir encore que leur puissance toujours croissante peut se retourner contre eux et engendrer des ruptures dans les relations fondamentales de l’être humain à lui-même, à la nature, à ses semblables, à Dieu. Nous n’en finirons pas de constater et d’inventorier les dégâts causés par la trilogie : je veux, je peux, je fais. Elle semble toutefois s’imposer comme une évidence à laquelle rien ni personne ne saurait raisonnablement s’opposer.

L’hyper-évidence contre laquelle bute Joseph, trouve son dépassement dans les propos de l’ange du Seigneur : « L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit-Saint. » Une parole analogue est adressée à Marie : « L’Esprit Saint te couvrira de son ombre. » Là est bien l’expérience fondamentale, celle de la foi dont la vérité et la fécondité relèvent en quelque sorte tous les défis qui se manifesteront dans les ombres et les lumières des personnes et de l’histoire.

L’œuvre de l’Esprit-Saint pourrait apparaître comme un rêve, une chimère, un mirage si elle n’assumait pas les richesses et les pauvretés, les générosités et les faiblesses, les grandeurs et les bassesses qui habitent le cœur et la vie de tous les personnages cités dans la généalogie de Jésus.

L’homme contemporain ne sait pas, ne sait plus que l’Esprit-Saint peut accomplir une œuvre insoupçonnée en lui. Jésus dira que la Parole du salut est proclamée, mais qu’elle se heurte à des yeux, à des oreilles et à des cœurs fermés. La cécité et la surdité ne sont pas des tares. Elles ont besoin d’être guéries. Il faut découvrir ce que, malgré elles, l’Esprit-Saint, peut accomplir en nous.

Nous ne pouvons pas condamner les jeunes et les adultes qui ne perçoivent plus la splendeur de leur propre personne et de leur dignité. Bien souvent, ils n’ont jamais découvert qu’Il y a un Esprit-Saint.

Frères et Sœurs de Saint Paul et de Notre-Dame, dans la fidélité à la Règle de Saint Benoît, par le signe du Royaume que vous donnez, par le silence d’une vie évangélique plus éloquente que n’importe quel discours, appelez ces jeunes et ces adultes à se laisser saisir par l’Esprit-Saint. Il est capable d’engendrer le Fils de Dieu dans le corps de Marie. Il peut, bien sûr, faire éclore des merveilles en eux.

Selon ce qu’il dit lui-même, Saint Benoît n’a écrit qu’une « toute petite règle pour les débutants. » En la pratiquant avec l’aide du Christ, Mes Sœurs et mes Frères, vous recevez dans un monde si souvent troublé et incertain la mission d’orienter la cohorte humaine « vers les sommets les plus élevés. » Vos communautés qui vivent à l’écart du monde ne fuient pas les chemins terrestres. Elles les éclairent et les débroussaillent au bénéfice de la rencontre avec le Christ sauveur.

Les conseils que saint Benoît donne à l’abbé ou, en l’occurrence, à l’abbesse décrivent finalement toute l’attitude pastorale vécue à l’intérieur de l’Eglise, et incarnée par elle quand elle annonce la Bonne Nouvelle. A celles et à ceux qui, à bon droit sont toujours prêts à guerroyer dans l’Eglise et hors de l’Eglise, il rappelle que l’abbesse fait « toujours passer la tendresse avant la justice. » Dans la correction fraternelle, elle ne doit rien exagérer, « sinon en grattant trop la rouille, elle va trouer le plat. » Voilà, revisités par Saint Benoît, les judicieux propos du livre des Proverbes.

« Domine, tu omnia nosti. » « Seigneur, tu sais tout ! » Chère Mère Anne-Laetitia, vous avez choisi comme devise abbatiale, ces mots prononcés par l’apôtre Pierre. Quand ils jaillissent de ses lèvres et de son cœur, le disciple fait l’expérience d’une extrême pauvreté. Il éprouve le cruel sentiment de ne plus trouver en lui les paroles qui persuaderont Jésus que son serviteur l’aime vraiment. Le triple reniement n’est pas loin. Alors s’en remet totalement à Jésus. C’est lui qui peut savoir et dire que Pierre l’aime vraiment. Il est alors prêt à recevoir l’incroyable invitation : « Sois le berger de mes brebis. » Ne rien préférer au Christ, selon l’enseignement de Saint Benoît, c’est reconnaître humblement qu’il sait tout de nous-mêmes et que dans cette sagesse divine reçue et acceptée, se cache la voie du don total et du véritable bonheur.

Dans l’acceptation de Marie et de Joseph, il y a déjà cet aveu de faiblesse et cette absolue confiance. Oui, le Seigneur sait tout et il nous le révélera comme il a su voir l’amour de Pierre à travers ses fanfaronnades, ses peurs et ses rejets.

 

 

Chère Mère Anne-Laetitia, si vous êtes bien convaincue que le Seigneur sait tout, c’est dans la pauvreté, la chasteté, l’humilité que vous remplirez votre mission. Alors la prière de bénédiction que je chanterai sur vous dans quelques minutes sera exaucée : « Sous ton inspiration, qu’elle ait toujours le souci de régler et disposer toutes choses, de manière à ce que toutes, progressant dans l’amour du Christ et la charité fraternelle, se hâtent, le cœur dilaté, dans la voie des commandements. »

Mes Sœurs, sous la conduite de votre abbesse, ne préférant rien au Christ, avec l’aide de la Vierge Marie vous n’avez rien de plus grand et de plus précieux à offrir à notre famille diocésaine, à notre Eglise, à notre société qu’un cœur dilaté par l’amour du Christ et la charité fraternelle. Nous le recevons avec joie et reconnaissance et nous lui ouvrons le nôtre et celui du monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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