Fiche 8 1 Corinthiens 15-16

ch.15-16 Résurrection du Christ et finale de la lettre

Zoom 15, 1-11  Résurrection et proclamation

 

Section précédente.

La lettre aux Corinthiens est une succession de réponses que Paul adresse aux Corinthiens. Paul a opéré un classement dans les sujets qu’il a traités : il commence par les questions de la vie ordinaire (1-4) ; puis mène la réflexion à propos des obligations envers les rites païens (5-10). Dans les chapitres 11 à 14, Paul s’explique au sujet des assemblées chrétiennes : la place et les codes vestimentaires des femmes ; la recherche de supériorité par l’exploitation et la valorisation des dons de l’Esprit.

 

Le discours explicatif au sujet du “parler en langues” a pu paraître parfois ennuyeux ou rébarbatif. Pourtant, c’est dans ces réponses qu’apparaissent les points de discernement sur les manifestations spirituelles. Ces règles de discernement sont valables aujourd’hui comme hier, dans la conduite de la vie et de la communauté : tout pour la gloire de Dieu et pour l’édification de l’Eglise.

Voici bientôt la fin de la lettre. C’est ici que Paul place le sujet le plus important : la foi en la résurrection du Christ et en notre propre résurrection. Auprès des Corinthiens, cela ne semble pas gagné. Ils sont influencés par le mépris du corps véhiculé par les courants philosophiques grecs. Cela entraîne un déni de la résurrection des corps. D’où l’interrogation de Paul en 15, 12 : “Comment se fait-il que certains disent qu’il n’y a pas de résurrection des morts ?”

 

Lecture d’ensemble

Sur les pas de saint Paul 9 Sur les pas de saint Paul 9  
Osios Loukas: le Christ ressuscité entraine les défunts
Osios Loukas: le Christ ressuscité entraine les défunts
L’aspect solennel de la formule introductive ne nous saute pas aux yeux, hélas ! “Je vous rappelle l’Evangile, reçu… transmis…”. Au cours de notre lecture, nous avons pu repérer les différents degrés d’expression de Paul : ‘c’est moi qui vous dis’, ou ‘sur la parole du Seigneur’. Paul insiste sur la chaîne de transmission. Relisons les v. 1-3 : “je vous rappelle…. L’Evangile… que je vous ai annoncé,… que vous avez reçu,… auquel vous restez attachés… si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé. Je vous ai transmis… ce que j’avais reçu moi-même”. L’insistance pour énoncer les liens de transmission n’a d’autre but que de signifier la très haute importance des affirmations qui suivent.

 

Ces affirmations  sont antérieures à Paul : j’ai transmis ce que j’ai reçu… Paul a utilisé le même type de présentation à propos du repas du Seigneur 11, 23-26. Il distingue ses propres points de vue de ce qu’il a reçu “de la Tradition” (si on peut parler de Tradition pour ce qui n’a pas encore vingt ans d’existence !). Les v. 3-5 constituent l’énoncé catéchétique traditionnel dans l’Eglise, appelé kérygme : l’annonce de la mort-résurrection du Christ. Ce fondement que Paul appelle “Evangile” fait l’objet d’un consensus général. Ce fondement, acte de foi, est aux origines des communautés ; il est antérieur à Paul. Il a probablement reçu cet enseignement à Damas, ou à Antioche où il a demeuré un certain temps avant son envoi en mission avec Barnabé. Lorsque Luc rédigera les premières homélies de Pierre, en Actes 2, en Actes 10, 39-40, il emploiera les mêmes expressions : “Ce Jésus que vous avez crucifié, Dieu l’a ressuscité, nous en sommes témoins.”

 

Zoom 15, 1-11

Paul rappelle ce qui vient d’avant lui. Mort pour nos péchés, enseveli, ressuscité, il est apparu à…, c’est un ensemble d’expressions qu’il serait vain de disséquer en pièces indépendantes. Mort et résurrection vont ensemble. Mort et enseveli pourrait correspondre à notre expression “mort et enterré”, pour signifier la réalité définitive au sujet du Christ. “Ressuscité et apparu” vont aussi ensemble, pour signifier une autre réalité à propos du Christ. Suit une liste de témoins, telle que nous la retrouvons globalement dans les Evangiles, exceptée la précision : “La plupart sont encore vivants”, c’est-à-dire qu’au moment de la rédaction, ils peuvent encore témoigner. C’est sur eux que se fonde la certitude que Christ est ressuscité.

 

Paul se désigne aussi dans la liste, comme le dernier des apôtres, l’avorton, celui qui n’est rien sauf grâce la puissance de Dieu. La foi est le résultat d’une parole transmise par des gens et non le fruit d’un raisonnement (même si le raisonnement et la théologie peuvent aider l’acte de croire).

 

“Selon les Ecritures” L’expression, répétée deux fois, rappelle la base de l’enseignement de la primitive Eglise : les chrétiens voulaient manifester que le Christ a vécu en fidélité à l’Ecriture, à la Loi et aux Prophètes, alors que les Juifs l’ont condamné parce que “non conforme” aux Ecritures. Les chrétiens ont recherché dans la Bible tout ce qui pouvait être rapproché de la vie du Christ, justifier ce qu’a fait et dit Jésus-Christ. Ils ont construit un discours apologétique à opposer aux Juifs. Evitons de dire que “Le Christ était condamné à mourir, puis à ressusciter, puisque c’est écrit” ! Les chrétiens ne raisonnaient pas ainsi. Les nombreuses citations de l’Ancien Testament dans le texte des Evangiles sont les traces des débats avec les Juifs et ont pour but d’aider à croire. Les chrétiens n’ont jamais séparé la vie du Christ (le Nouveau Testament) de l’Ecriture (ou Ancien Testament). Ce serait hérétique de faire commencer les Ecritures chrétiennes uniquement à partir du temps de Jésus.

 

“Mort pour nos péchés”. Associée à ressuscité, l’expression fait partie des toutes premières affirmations du credo. Les périodes doloristes de la piété religieuse, fin Moyen-âge, ont pu faire oublier le second volet “et ressuscité”, que certains ont traduit par ‘mais il est ressuscité’, comme un simple complément. Il y a là des glissements de sens. Paul précise sa pensée en Romains 4, 25 : “livré pour nos fautes, ressuscité pour notre justification”, les deux ensemble, mort-résurrection, comme source de notre salut. St Jean l’affirme à sa manière : le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde (Jn 6, 51).

 

“Le troisième jour”

L’expression mériterait d’être étudiée, car elle n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. A trop matérialiser l’expression en précisant vendredi, samedi, dimanche, on a oublié sa portée symbolique. Troisième jour est associé à la résurrection du Christ. Marc écrit : après trois jours. Ce langage est et reste flou, car il cherche à exprimer une courte durée, le peu de temps, entre l’évènement et ce qui a suivi, l’intervention de Dieu. Cela fait allusion à la parole des prophètes (cf. Osée 6, 1) qui laissaient entendre l’intervention imminente de Dieu alors que le peuple semblait voué à la destruction. On devrait dire ‘bientôt, peu après… viendra le salut’. Le troisième jour ne signifie pas nécessairement le surlendemain, mais annonce la proximité du jour de la victoire eschatologique de Dieu sur la mort. Pour la communauté chrétienne, c’est arrivé avec Christ ressuscité. Notre foi porte sur la certitude de la victoire de Dieu qui nous emporte avec lui.

 

 

Suite du chapitre 15

Dans l’ordre des affirmations du chapitre, la foi en Christ ressuscité est première et c’est d’elle que découle la foi en la résurrection des morts, v.12-30, et non l’inverse. Souvent nous défendons le principe général de la résurrection des morts et, ensuite, nous appliquons le principe pour le Christ. Ce n’est pas le chemin de foi de Paul. A partir du credo “Christ est ressuscité”, Paul défend l’idée d’une vie après la mort, sous forme d’un corps spirituel. Il a entendu parler des doutes des Corinthiens : “Comment se fait-il que… ?” Il rend compte de sa conviction en la résurrection des morts par une suite de questions. C’est un modèle de “rhétorique par l’absurde”. Dans ce type de raisonnement, une fois posées les prémisses “Christ est ressuscité”, il n’est plus possible de s’en sortir ! “Mais non, Christ est ressuscité…”

 

Deux figures : Adam, le Christ.

Vient alors un autre mode de raisonnement où Paul pose deux figures : Adam et le Christ. C’est comme un jeu de balance intellectuel : comme Adam, mais c’est l’inverse avec Christ. Adam est l’homme par lequel la mort est venue, cause de la mort de tous ; le Christ est l’homme par lequel la résurrection a surgi, cause de la vie qui sera donnée à tous. Dans un cas comme dans l’autre, tous sont associés, dans la mort comme dans la vie. Au v. 45 l’antithèse est confirmée “premier Adam et le Nouvel Adam” pour signifier que Christ donne la vie. On retrouve cet argument théologique en Romains 5, 14-21.

 

Concernant la fin, le retour du Christ, Paul ne reprend pas le discours de style apocalyptique comme dans sa lettre aux Thessaloniciens. La Tradition n’a rien laissé à ce sujet et Paul n’invente pas. Pour Paul, la Résurrection du Christ ne peut qu’annoncer celle des morts (par ex. Jésus premier-né -prémisses- d’entre les morts 1 Co, 15, 20). Il se contente de dire que tout est mis sous les pieds du Christ. Nous voudrions savoir le comment, mais rien n’est dit. Paul raisonne à titre de comparaison à partir de ce qui est visible dans la nature. Il évoque continuité, différence, transformation entre la condition présente et celle de ressuscité. Paul tente de compléter là où la Tradition n’a rien laissé, à la différence de 15, 1-12 (reçu…transmis) . Jusqu’à la fin du chapitre, Paul prend le contrepied de ceux qui nient la résurrection, il joue sur des antithèses : périssable/impérissable, sans valeur/plein de gloire ; faible/puissant ; corps humain/corps spirituel… (v.35-50).

 

Pour aller plus loin, dans le ch.15

 

Reçu… transmis. Ce n ‘est pas une simple formule. C’est de cette manière que les pharisiens, les scribes, puis les rabbins, dans les débats d’école, faisaient la distinction entre ce qui est leur commentaire et ce qui est le texte originel des Ecritures. Paul aussi, dans ses écrits, fait la distinction entre ce qui est transmis, et ce qui est l‘expression de sa propre pensée. Dans sa jeunesse, Paul a été formé aux techniques de discussion à Jérusalem.

 

Le baptême pour les morts, v. 29. On ne trouve aucune trace de cette pratique ailleurs dans l’Eglise ancienne. Peut-être y a-t-il eu, ici ou là, une pratique de baptême par procuration, de quelqu’un pour une personne décédée. Cela n’a pas été retenu dans la liturgie sacramentelle.

 

Le combat contre les bêtes : l’expression est à prendre ici au sens figuré, à savoir que Paul à Ephèse a eu à défendre le point de vue des chrétiens devant les autorités. Elles avaient pouvoir de vie et de mort sur tout sujet qui comparaît devant elles. Mais Paul, comme citoyen romain, ne pouvait pas être ainsi jugé et condamné.

 

La trompette 15, 52. Cette image n’est pas à prendre au sens propre, c’est une manière de signifier, comme dans l’Ancien Testament, que le Jour de Dieu est arrivé. Paul reprend aux littératures apocalyptiques de son temps l’image de la trompette finale, comme un signal en liturgie. Ce n’est pas une description du dernier jour, mais seulement la conviction que le retour du Christ sera un jour éclatant, mais dont on ne sait rien.

 

Ch 16, dernier chapitre

Ce chapitre est la conclusion de la lettre. Cela ressemble un peu à un fourre-tout : la quête pour l’Eglise-mère de Jérusalem, les projets de voyage de Paul, les salutations aux amis. On notera que Paul a une bonne carte de relations. Près de cinquante noms sont donnés par Paul au fil de ses lettres. Pour les derniers mots, (la salutation est de ma main), Paul reprend la plume. Auparavant, c’est un scribe qui avait écrit sous la dictée de Paul.

Marana tha (araméen) est une prière : “Viens, Seigneur”. D’autres traduisent : “Le Seigneur vient” et pourrait signifier une mise en garde envers ceux qui n’aiment pas le Seigneur et que Paul vient d’interpeller.

La toute dernière ligne, les derniers mots, littéralement “Mon amour avec vous tous en Christ Jésus”, signifierait l’amour que Paul porte aux Corinthiens au-delà des critiques qu’il a pu émettre au long de sa lettre, envers ceux qu’il a engendrés en Jésus-Christ (cf. 4,15). C’est un peu de baume au cœur de la part de Paul au moment de quitter les Corinthiens  qu’il a un peu chahutés !

 

Prier la Parole. Christ est ressuscité, Alléluia !

 

Souviens-toi de Jésus Christ ressuscité d'entre les morts.

Il est notre salut, notre gloire éternelle !

 

1 - Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons.

Si nous souffrons avec lui, Avec lui nous régnerons.

 

2 - En lui sont nos peines, en lui sont nos joies.

En lui l'espérance, en lui notre amour.

 

3- En lui toute grâce ; en lui notre paix.

En lui notre gloire, en lui le salut

 

Lucien Deiss, d’après Paul à Timothée. 2 Tm 2, 8

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 555 visites