FAQ-10 Ch 18-20 Discours communautaire

Le plus petit, le service du frère, le pardon, les ouvriers de la dernière heure

Cette page répond à quelques-unes des questions posées en Maison d'Evangile pour la lecture de Matthieu, ch 16 à 20, "la communauté des disciples". Il est utile d'avoir d'abord lu ces chapitres 16-20 ainsi que la fiche d'accompagnement n°10 Bien sûr tout n'est pas dit de la compréhension de Matthieu avec ces fiches de lecture, ni même avec ces questions/réponses complémentaires.

La section 10 correspond aux ch. 16 à 20 où Matthieu a rassemblé comment Jésus s'adresse davantage aux disciples, à ceux qui forment la communauté nouvelle. Matthieu pense explicitement aux premières communautés chrétiennes, ce qui explique certaines expressions.

 

La conscience de Jésus, des disciples?

 Quelle conscience Jésus avait-il d'être fils de Dieu? c'est une question moderne que ne se posaient pas les anciens. Les évangiles n'abordent pas leur vie de Jésus sous cette optique. De même la question :"Quelle conscience les disciples avaient-ils de vivre avec le Fils de Dieu?".

 

Les anciens ne s'intéressent pas à la psychologie du Christ. Pour eux, la difficulté première, ce sur quoi ils réfléchissent, c'était la possibilité que Jésus soit à la fois homme et Dieu. Or, on ne connaît Jésus que par ce qu'en a dit la communauté chrétienne primitive, après la résurrection. Jésus n'a pas laissé d'écrits, de confessions, qui permettraient de saisir de l'intérieur de lui-même sa manière de se voir dans le monde et de se comprendre lui-même. Notre curiosité est légitime, et les théologiens demeurent trés prudents.
 

C'est en regardant Jésus, en vivant avec Lui que les disciples découvrent certainesd attitudes qui font penser aux paroles des prophètes sur l'amour, la justice, le respect des pauvres, des petits... cela amènera les apôtres à dire: cette manière de vivre aun milieu des hommes c'est cela vivre en fils de Dieu. Le message final du synode des évêques sur la nouvelle évangélisation incite à prendre le temps de repérer quelles sont les relations entre Jésus et ceux qu'ils rencontrent, quelles sont ses attitudes et comportement (message, §1, §4). C'est tout autre chose d'observer les rapports ds gens avec le Christ (et réciproquement) que de rechercher quelques idées sur Jésus et sur son enseignement : regardons-le tel qu'il est présent aux hommes de son temps, alors nous verrons comment être présents aux hommes de notre temps.

[Les théologiens continuent leur réflexion sur la conscience que Jésus pouvait avoir de lui-même, de sa relation au Père, de la mission pour le monde, mais cela dépasse le cadre d'une simple lecture des Evangiles.]

 

 Le verset 18, 11 est absent de notre Bible, pourquoi?

Il arrive parfois que l'on se trouve devant un verset absent signalé uniquement par des crochets ou parenthèses vides. Cela est le résultat d'un travail effectué au début du XXème siècle, où les recherches comparatives entre les différents manuscrits aujourd'hui en notre possession, ont fait apparaître que tel ou tel verset de la version "Vulgate de St Jérôme" n'avait pas sa place dans le texte d'origine.

 

Des scandales: "certes il est nécessaire qu'il y en ait..." 

18,7. Plusieurs personnes ont été choquées par cette traduction “nécessaire”, ou fatal. et c’est très intéressant comme l'ont fait certains groupes  de faire la comparaison entre traductions. Une traduction appropriée mais en langage populaire : “il faut bien que des choses comme çà arrivent !”. Ou encore “il est inévitable que de telles choses arrivent. 
 

Il est nécessaire… Il faut que… Nous avons ici un problème de traduction : le mot grec d’origine est “ananké” qui signifie “quelque chose de l’ordre de la fatalité”. (Ce n’est donc pas une volonté divine). On aurait pu traduire : “Hélas, il faut bien que cela arrive”… sous-entendu : un tel scandale est inévitable ! Tant qu’il y a des hommes, il y aura du scandale (de la chute) en l’air ! Cela ne vient pas d’une volonté divine, mais du simple constat que l’homme est capable du meilleur, comme du pire. Par petit, caractérisé par l’enfant que Jésus place au centre, il faut comprendre "celui qui, dans l’existence, est en situation de dépendance comme un enfant". Les apôtres attendaient une toute autre réponse à leur question.
Le contexte dans lequel est prononcé ce mot est celui d’une discussion pour savoir qui est le plus grand… Or, nous connaissons la proposition que Jésus développe. Il invite à ne pas se mettre en avant, au-dessus du petit, mais de se mettre au service du petit. La proposition est explicitée par une image de type prophétique et extravagante : accepter de se séparer de son bras, de son pied ou de son œil pourvu que le petit ne soit pas outragé par ce membre. Or la logique habituelle est de se faire passer soi-même avant l’autre et non après. N’en est-il pas ainsi dans la société dite libérale ?


La conclusion de Jésus est de faire comprendre que, dans ce genre de logique, il est inévitable que des plus petits soient lésés, qu’ils chutent. Tant que l’on estime devoir se faire passer avant l’autre, plus petit, il y aura fatalement des petits qui tomberont ! Ce genre de scandale est inévitable.

 

"Je suis au milieu de vous" Est-ce vrai dans les situations difficiles?

“Je suis au milieu de vous…” Nous avons tellement l’habitude de citer à part cette phrase, que nous oublions qu’elle est prononcée au moment où Jésus évoque un conflit où le frère refuse l’appel à conversion demandée par un, puis deux, puis Eglise… et il est exclu de l’Eglise. Cela laisse entendre que même dans ces circonstances difficiles, Jésus est présent au milieu de nous. Ca vaut la peine de méditer cette affirmation sur la présence de Jésus les jours où, chez nous et dans notre Eglise, il y a de l’orage dans l’air !
 

Quel sens a le passage où il est question d'eunuque?

 

Ch. 19, 10-12. "Il y a  des eunuques qui sont nés ainsi; il y a des eunuques qui le sont devenus par l'action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux... L'eunuque est celui qui ne peut plus avoir de descendance. L'évangile explicite trois situations différentes: de naissance, par action castratrice subie, ou par décision personnelle. 

Dans certaines cours royales du Proche-Orient, des hauts fonctionnaires, responsables de la maison du roi et de la reine étaient castrés. (Dans les Actes, Etienne baptisera le trésorier eunuque de reine d’Ethiopie, Actes 8, 27). En monde juif, le célibat et la non-fécondité sont déconsidés, voire méprisé. Et voici que Jésus ajoute cette phrase énigmatique à la fin d’un enseignement sur le mariage restauré dans sa dignité originelle. C'est surprenant. L’enseignement de Jésus a été bien compris des disciples : l'homme ne peut pas faire n'importe quoi des relations matrimoniales. Le choix de ne pas se marier invite à penser autrement que ce qui était habituel. Cela peut faire allusion au fait qu'au premier siècles se développait le refus du mariage dans quelques courants Juifs (le courant essénien, certains du courant Baptiste…) [Plus tard, à partir du 3ème siècle, certains se réfugient au désert pour une vie toute orientée vers Dieu et le refus de la vie ordinaire(moines comme Siméon le stylite)].

 

Pour Jésus, le mariage n’est pas la seule possibilité d’existence. Jésus n’en fait pas une obligation, cela demeure un choix personnel “à cause du Royaume des cieux”. Ce n’est pas non plus un état “supérieur” au mariage, c’est une autre forme pour rendre témoignage. Matthieu est le seul a ajouter cette phrase :sans douter y avait-il dans les communautés jdéo-chrétiennese des gens mariés et des gens qui ont choisi le célibat. Or, selon les habitudes et règles mosaïques en vigueur, le célibataire était considéré d’un rang inférieur, il n’était pas vraiment “adulte”. Jésus refuse qu'il sit discriminé. Retenons qu'il y a une grande distance de mentalité entre l’époque actuelle qui privilégie chez les catholique l’état de célibataire et l’époque au temps de Jésus où être célibataire était déconsidéré.

 

Si quelqu'un veut être grand, qu'il soit votre serviteur.

 

capharnauem-91227-135888-135899_4 capharnauem-91227-135888-135899_4   20, 25-27 devenir serviteur. "Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n'en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d'entre vous, sera votre esclave". Un autre exemple donné par Jésus, c’est le lavement des pieds tel qu’en parle Jean 13. L’attitude des chrétiens a lavement-jpg-134844-135889-135900_4 lavement-jpg-134844-135889-135900_4    souvent calqué les habitudes de la société. Avec le concile Vatican II il y a eu un coup de balai pour nrevenir à l'authentique notion de service. Par exemple, le pape autrefois mettait la triple couronne, signe qu’il était au-dessus de toutee les autorités, de tous les pouvoirs. Paul VI déposera cette tiare et l’offrira aux pauvres. Après Jean XXIII, on ne verra plus le pape porté sur la sedia gestatoria. Se comporter comme prince de l’Eglise et non comme serviteur des pauvres, il peut arriver de le faire inconsciemment (peut-être !). Autre exemple: on invite à suivre le chemin de Marie, chemin de servante et méditer je suis la servante du SQeigneur", plutot que de mettre en premier l'attitude de Marie-Reine. De même ppour l'attitude du  Christ Roi par opposition au Christ serviteur.


Ip1100342-olivier-lavement-jpg-134845-135890-135901 p1100342-olivier-lavement-jpg-134845-135890-135901  l faudrait reprendre la fin de l’enseignement de Jésus selon Marc, au moment où Jésus va entrer à Jérusalem  (Mc 10, 42) “Les ayant appelés près de lui, Jésus leur dit : "Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir.[43] Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, [44] et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l'esclave de tous. [45] Aussi bien, le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude." Se faire serviteur est une constante pour Jésus et pour ceux qui acceptent de le suivre. Ce n'est pas le sens de la demande des fils de Zébédée.
Il faudrait s’interroger sur “homme de pouvoir“ et “homme de service”. Cela ne signifie pas qu’il faut refuser les responsabilités qui élèvent la situation mais cela invite à purifier cette responsabilité pour qu’elle demeure moyen de servir… Ce n’est pas toujours simple. Les relectures ou révisions de vie en mouvements d’action catholique sont un des moyens pour purifier notre attitude : “ Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres” Jean 13, 14.
 

Qu'est-ce que la gloire

 

Le sens premier du mot kabôd en hébreu qui est traduit par gloire signifie d'abord “quelque chose ou quelqu’un qui a du poids”, par opposition à ce qui n’est que du vent, ne fait pas le poids (les bales qui enveloppent le grain de blé et qui seront éliminées par le vent et jetées au feu selon Jean-Baptiste). La gloire c’est ce qui fait que la personne pèse, qsu’elle a de la renommée dans la conscience de son environnement. Ainsi en sera-t-il pour le Fils de l’Homme… Le titre Fils de l’Homme est repris au livre de Daniel 7. Il faudrait ici développer l'imaginaire des courants apocalyptiques  l'origine de l'expression.

 

Pourquoi Jésus se dit-il Fils de l'Homme?

Les évangiles et Jésus lui-même en parlent à la 3ème personne.C'est nous qui assimilons et identifions Jésus au Fils de l'Homme. L'expression trouve son origine au livre de Daniel ch.7 où il est question d'une envoyé, venu des nuées pour sauver les persécutés d'Israël. L'expression fils de l'homme est un des nombreux titres attribués par la Tradition chrétienne à Jésus. On retiendra comme sens principal : l'envoyé, de la part de Dieu, qui sauve son peuple. Lire aussi la réponse à propos de st Marc

 

Les titres donnés à Jésus

Les titres donnés à Jésus sont nombreux. Outre celui de Fils de l’Homme, donné dans cette section, il y a : Fils du Dieu Vivant; Christ ou Messie; fils de David, Seigneur (kurios), Emmanuel, agneau de Dieu, pasteur ou berger d'Israël, Logos ou Verbe... Etude détaillée sur le site web du genevois Jacques Blandier  . Les titres donnés à Jésus sont les expressions des communautés chrétiennes quand elles cherchent à dire quelque chose de leur foi, souvent en référence à des textes de l'Ancien Testament (agneau de Dieu renvoie à Isaïe; de même pasteur d'Israël; Fils de l'homme renvoie à Daniel 7; Seigneur renvoie au titre donné à Dieu. Emmanuel reprend une parole d'Isaïe 7,ch. au roi Achaz à propos d'un fils à naître, etc.  

 

Pardonner 70 fois 7 fois?

Quand l'évangéliste rappelle la demande de Pierre de ardonner, il prend le contrepie de la vengeance  propos de Lamek, rapporté dans le genèse:Lamek sera vengé sept fois. On connaissait la loi du talion, c'et-à-dire rendre un pour un, ou  loi du talion, soit œil pour œil, dent pour dent.  Pardonner 7 fois preend le contrepied de venger 7 fois. Ce devait être un exploit. En effet, le chiffre 7 est lui-même un chiffre parfait qui ne désigne pas une ensemble de 7, mais la plénitude, la totalité : la totalité des jours d’une semaine, c’est 7.

Demander àpardonner très totalement, topuours, c'est la signification d'un chiffre symbolique: 7x7x10.

Ce chiffre renvoie au Lévitique ch. 25, ou chacun est amené, tout comme Dieu, à remettre la dette totalement la cinquantième année. Cela s'appelle le jubilé. Cete année-là, Dieu et chacun remettent les compteurs à zéro. En l’an 2.000, cela avait été proposé partiellement entre pays riches et pays très pauvres. Il y avait le pardon à accorder au septième jour, Jour du seigneur (si tu as pris un vêtement en gage, le jour du Seigneur, tu le rendras…). Désormais, dans la bouche de Jésus cela devient pardon tout le temps, autant qu’il le faut. L’idée de jubilé pour le pardon est demeurée jusqu’à aujourd’hui puisque l’Eglise maintient l’année jubilaire : 1900, 1950, 2.000.

 

Prêtres, prophètes et rois. Quand utilise-t-on cette expression ?

Les trois ensemble ne se trouvent pas dans les Ecritures. Mais c'est repris dans la litrugie chrétienne lors du baptême, dans la prière sur le nouveau baptisé avec onction du saint chrême: à l'Esprit-saint. “Toi qui fais maintenant partie de son peuple, il te marque de l’huile sainte, pour que tu demeures éternellement membre de Jésus-Christ, prêtre, prophète et roi”
 Prêtre, roi, prophète est une trilogie qui a été étudiée par Congar dans son livre : 'Jalons pour une théologie du laïcat' Cerf 1952. Il démontre combien ces mots sont ancrés dans de la tradition biblique et théologique pour désigner la “charge” du Christ, c’est-à-dire charge d’enseigner, de sanctifier, de diriger le peuple de Dieu, et à sa suite, c’est la mission des évêques qui ont cette charge en plénitude. Dans son étude, Congar fait apparaître que cette triple responsabilité est partagée, pour leur part, par les baptisés laïcs à cause du baptême qui les configure au Christ (cf.prière ci-dessus).

Le travail de Congar a servi de référence pour la réflexion du Concile Vatican II et définir la place du baptisé dans l’Eglise. (Lumen Gentium ch 2, §10 y fait référence ; de même ch.3, ce que l’on appelle “sacerdoce commun des baptisés”. Ces mots se retrouvent dès l’ancien Testament en ordre dispersé : prêtre, prophète et roi… Le Christ est prophète, prêtre et roi. Prophète : il suffit de relire les évangiles pour voir les nombreuses références aux prophètes, qui le situent dans ce courant. Il est roi, en tant que Fils de David (cf. récit de la naissance et entrée à Jérusalem), enfin il est prêtre, le seul prêtre de l’alliance nouvelle, puisqu’il fait entrer dans la vie de Dieu tous ceux qui professent son nom… (relire la difficile lettre aux Hébreux). Un des dangers est que le français utilise le même mot prêtre pour désigner des attitudes différentes exprimées par

*** iéreus, ou sacerdos, c'est-à-dire faire du sacré, rendre sacré

***presbuteroi, employé dans les Actes des Apotres désigne les anciens chargés de la responsabilité des comunautés fondées par les apotres.
 

La lettre aux hébreux comme l'ensemble du Nouveau Testament n'emploie le mot sacerdos qu'à propos du Christ. Personne ne peut se revendiquer l'égal du Christ(sacerdos). 

 

Les ouvriers de la dernière heure sont-ils ds chômeurs?

 

Contexte socio-économique. Bien des paraboles ont leur origine dans le regard de Jésus sur ce qui se passait autour de lui. Au sujet des ouvriers de la dernière heure, comme pour l’intendant malhonnête, il faudrait se référer au contexte social de l’époque. Les ouvriers en attente sont l’équivalent de nos chômeurs, et il en était ainsi parce que la civilisation changeait : les armées romaines ont introduit le commerce international. Ils ont regroupé les propriétés et cultures autour de riches ropriétaires, pour envoyer huile et blé vers Rome (en Italie on parlait de latifundia http://www.civilisation-romaine.com/la-vie-economique/l-agriculture-romaine-les-latifundia ).
Les petites gens avaient dû vendre leur lopin de terre pour payer les impôts etc. donc, ils devenaient dépendant du grand propriétaire qui avait récupéré les terres (= mondialisation avant l’heure, captation des biens au profit de quelques-uns). De même pour la parabole de l’intendant malhonnête, l’écart de richesse témoigne d'un changement de société. La dette entre lui et le petit serviteur ne s’explique que par l’accumulation des biens aux mains de quelques-uns de la richesse, tandis que bien d’autres se retrouvaient sans le sou… Jésus, sans faire encore d'aanalyse socio-économique a su se rendre attentifs à ces questions de relations changées à cause des richesses. A  chaque fois, il interroge le coeur de l'homme. Ne devrions-nous pas relire l'enseignement social de l'Eglise  ce sujet?
Les ouvriers de la dernière, pour aller plus loin : il faut penser que “les premiers” sont les Juifs, qui depuis les origines sont les légitimes… tandis que “les derniers” sont les païens, arrivés sur le tard à la foi chrétienne et dont bien des communautés judéo-chrétiennes refusaient l’accès. Conflit dont les actes de apôtres ont déjà parlé, dont les paraboles comme les vignerons homicides portent témoignage. La parabole a donc une double leçon ; d’une part : “est-ce que ton œil est mauvais parce que moi, je suis bon ?”. D’autre part, les derniers (les païens ont même accueil que les premiers (le vieux fond Juif).
 

Qui est Elie? De quelle époque?

 
Enlèvement d'Elie Enlèvement d'Elie   On date Elie au 9ème siècle avant J-C, en particulier lors les conflits avec Achab et Jézabel. On parle de ses activités dans le premier livre des Rois et au début du 2ème livre des Rois. On donne le nom de “cycle d’Elie” à cet ensemble. La vérité historique de cette épopée a été remaniée par les rédacteurs successifs qui ont embelli ce qui a dû être un conflit très dur entre les tenants de la religion du Dieu unique (Yahv2) et ceux qui croyaient en plusieurs Dieu.
Selon la tradition, Elie avait été emporté au ciel sur un char de feu, (2 Rois, 2, 11) et son retour coïnciderait avec la venue de l’envoyé de Dieu (Malachie 3). D’où l’hypothèse de certains courants pour dire que Jean était Elie revenu, sous-entendu : la venue du messie est proche. On trouve trace de cette attente aux dernières lignes du dernier livre de l’Ancien Testament en Malachie ch. 3, 22-23.

 

Dieu est bon. Pourquoi expulse-t-il quelqu'un du festin?

 

Matthieu vient de dire que le salut dépend de Dieu en toute gratuité Mt 19, 26 : "aux hommes c’est impossible, mais à Dieu, tout est possible…"  Dieu est bon, oui, mais ce n'est pas une raison, pour nous, de faire n'importe quoi. Expliquons-nous: au chapitre 20, la parabole du festin des noces présente quelqu'un, expulsé pour n'avoir pas le vêtement de noces. Cela nous choque... 

Matthieu apporte la même parabole que Luc, mais il ajoute ce détail d'expulsion en fin de parabole. La raison en est que, dans la communauté de Matthieu il y a, peu à peu, un refus de vivre selon les prescriptions de Jésus, pour préférer vivre "comme avant", selon la loi de Moïse ou même n'importe comment. C'est comme si on était baptisé, mais sans obligation aucune, sans rien changer à sa vie d'avant. "Puisque Dieu est bon, il saura bien nous accueillir !", devaient se dire cerrtains chrétiens. Ils ne tiraient aucune conséquence de leur baptême et adhésion à la communauté. C'est comme s'ils ne portaient pas le vêtement blanc du baptême, volontairement.  

On comprend mieux la réaction de Matthieu en forme de mise en garde. De manière populaire, on pourrait reprendre l'expression populaire "Bon ne s'écrit pas avec un "c"!"

 

Dieu peut-il pardonner aux très grands criminels

(multi-recidivistes, assassins d'enfants...)?
 A vue humaine, certains péchés sont impardonnables... Alors, qu'en est-il, du point de vue de Dieu ? Personne ne peut se mettre à la place de Dieu devant cette question. Il est pourtant normal qu’on se la pose un jour ou l’autre… et qu’on cherche à y répondre.

L’affirmation fondamentale de la foi chrétienne est que Dieu désire faire participer tout homme à sa vie :“il a décidé d'élever les hommes à la communion de sa vie divine …” (Lumen Gentium §2). Je ne pense pas qu’on puisse discuter pour estimer si Dieu pardonne “selon la gravité de la faute”. En effet, nul ne mérite le pardon de Dieu. Il nous est obtenu par Jésus-Christ venu chez nous. Jésus venu chez nous fait de chaque homme son frère (cf. Jean 1, 1-18).

A côté du mot pardon, la théologie emploie le mot rédemption. C’est par Jésus qu’est rétablie la communion d’amour avec Dieu que le péché avait brisée : communion entre Dieu et l’homme et communion des hommes entre eux. Le chemin de la réconciliation, c’est Jésus-Christ lui-même.

A partir de texte du Nouveau Testament, on peut aussi “mesurer” l’amour, le pardon accordé par Dieu (cf. Ephésiens 3, 18) : un amour sans limites.
La parabole du père, du fils cadet et de son fils aîné (Luc 15) est une illustration de la miséricorde de Dieu. La parabole du berger qui part à la recherche de la brebis égarée (Mt 18, 11 et suivants) oriente la compréhension de l’amour de Dieu : Jésus n’est pas venu pour les bien-portants mais pour les malades… La dernière parole du Christ en croix : “Père pardonne-leur ils ne savent pas ce qu’ils font” est aussi un indice sur le pardon de Dieu pour tout homme, quelle que soit la faute. De même, le discours de Paul à Antioche Actes 13, 38-39 : “c'est grâce à lui (Jésus) que vous vient l'annonce du pardon des péchés, et cette justification que vous n'avez pas pu trouver dans la loi de Moïse, c'est en Lui qu'elle est pleinement accordée à tout homme qui croit”. Cette parole est la fin d’un argumentaire sur le rôle joué par Jésus en vue du pardon (justification) de tout homme à la différence de ce que pouvait apporter la Loi de Moïse.
La seule question qui mérite d’être posée : y-a-t-il quelqu’un pour recevoir ce pardon ? Le père des deux fils a le pardon au fond du cœur, dès le début, mais il faut que le fils se tourne vers lui (se tourner = conversion). Dans l’histoire de Caïn et Abel, la Bible nous présente un Dieu qui prend la protection de Caïn, le meurtrier, au cas où quelqu’un voudrait faire justice à la place de Dieu (Gn 4, 15) ; avant cela, il y a eu dialogue de Caïn avec Dieu. Il faudrait aussi relire le psaume 50 “pitié pour moi, selon ta grande miséricorde, lave-moi de mon péché…”)
Enfin, une parole, difficile d’interprétation, de Jésus en Mt 12, 31 : “Voilà pourquoi, je vous le déclare, tout péché, tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas pardonné”. Ce qui est appelé blasphème contre l’Esprit est à comprendre au sens que quelqu’un met en doute que Dieu puisse pardonner (me pardonner). Il ne nous appartient pas de mettre des limites à la miséricorde de Dieu : aurons-nous assez de foi pour croire au pardon de Dieu, jusque là. “Aux hommes, c’est impossible, mais à Dieu tout est possible” (Mt 21, 26).
On peut aussi penser à sainte Thérèse et sa prière, du fond du Carmel, pour un condamné à mort.

 

Lier et délier, sur la terre comme au ciel. Que comprendre?

  

« Lier et délier » est, en judaïsme, une expression consacrée qu’il ne faut pas disséquer. Elle exprimait la responsabilité qui incombe à la synagogue, donc aux responsables juifs, pour lier ou délier, par exemple par rapport à un vœu, mais aussi pour exclure ou réintégrer quelqu’un de la communauté. On pense aussi à la responsabilité qui leur incombait, d’ouvrir au sens des Ecritures, de donner des précisions sur l’interprétation des Ecritures (le permis et le défendu). A Qumran, on trouve trace de ces règles d’expulsion (excommunication)..
 
Comment et pourquoi cela a-t-il été repris par Matthieu ?
Que Pierre lie “sur la terre comme aux cieux” est une manière imagée de dire que Pierre est en total accord avec Jésus dans ce qu’il décide…. Non seulement Pierre, mais aussi la communauté-Eglise (18, 18). Notre éducation a trop séparé le ch 16 du ch 18, la communauté Eglise locale a aussi cette responsabilité (on peut parler de collégialité !). Le verset 18, 18 rappelle le sérieux de la parole communautaire qui lie ou délie, qui rend esclave ou libère. La communauté locale, tout comme Pierre, a la responsabilité de dire ce qui est juste pour vivre selon l’Evangile de Jésus, d’exclure ou de réintégrer.
 
Si Matthieu signale cette responsabilité, (à la différence de Marc et Luc qui ne disent rien), c’est sans doute parce que, dans les communautés issues de Matthieu, il devait y avoir des problèmes d’autorité et de conduite des communautés. Au début du ch. 18, on trouve une insistance sur l’attention au petit, puis sur le pardon. C’est donc que Matthieu éprouve le besoin de mettre les points sur les “i”, de mettre de l’ordre dans la maison-Eglise. De nombreux indices laissent entendre que les communautés issues de Matthieu avaient de graves problèmes dans le vivre ensemble et le respect des paroles de Jésus.  Au ch. 22, il sera question d’un invité exclu du festin des noces royales… parce qu’il ne portait pas le vêtement… n'en soyons pas choqués, on peut sans problème penser au vêtement blanc du baptême, dont l’un ou l’autre se serait rendu indigne et aurait été exclu…

 

Caïn vengé sept fois?

A propos de pardonner 7 fois ou 70 fois sept fois. Certains se souviennent de Caïn vengé sept fois mais Lamek septante–sept fois. Pourquoi sont-ils “vengés”. Ce terme est-il approprié? Nous n’avons pas compris cela, cette vengeance? Explication. Les onze premiers chapitres de la Genèse se situent hors du temps historique. Ces récits tentent de donner solution à nombre de questions que se pose l’humanité : l’origine du monde, la hiérarchie des éléments de la création, la place de l’homme dans la création, la relation homme/femme, le couple, relation homme/Dieu, le mal, la souffrance, les sources de la violence, etc. On appelle récits mythologiques ces récits qui, sous couverture d’une histoire survenue à une personne (ou un couple), évoquent les questions fondamentales de l’humanité et les réponses apportées par une civilisation bien concrète.

 

L'histoire de Caïn et Abel sont une manière de provoquer les tribus à contrôler la violence inhérentes entre groupes différents. En relisant la fin de l’histoire de Caïn apparait la question de la violence et de la vengeance : elle ne peut être solutionnée. On reporte donc la décision/solution sur Dieu pour qu’arrête le cycle de la violence/vengeance. En Genèse 4, 13-16 : “Alors Caïn dit à Yahvé : "Ma peine est trop lourde à porter.[14] Vois ! Tu me bannis aujourd'hui du sol fertile, je devrai me cacher loin de ta face et je serai un errant parcourant la terre : mais, le premier venu me tuera !" Yahvé lui répondit : "Aussi bien, si quelqu'un tue Caïn, on le vengera sept fois" et Yahvé mit un signe sur Caïn, afin que le premier venu ne le frappe point. Caïn se retira de la présence de Yahvé et séjourna au pays de Nod, à l'orient d'Eden”. L’idée sous-tendue est que l’on veut venger Abel, l’innocent, en faisant violence à Caïn… Un dialogue s'établit entre Caïn et Dieu. Finalement, Dieu décide de prendre la défense de Caïn, et le “vengera” (c’est-à-dire : prendra sa défense) sept fois pour le mal qu’on lui aura fait. C'est une manière de canaliser la violence.

 

On trouvera plus tard dans la Bible la loi du talion… ce qui représentait un progrès, une tentative pour gérer de manière légale les violences/vengeances entre tribus et familles (penser à la vendetta). Avec Jésus une autre étape apparait dans le rapport à la violence. C’est le discours sur la montagne en Matthieu ch. 5 à 7 : "Vous avez entendu qu'il a été dit : oeil pour oeil et dent pour dent. Eh bien ! Moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu'un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l'autre ; veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau ; te requiert-il pour une course d'un mille, fais-en deux avec lui. A qui te demande, donne ; à qui veut t'emprunter, ne tourne pas le dos.” Mt 5, 38. Le chiffre soixante dix fois sept fois est une manière, pour Jésus, de renvoyer à l’année sabbatique, où Dieu remet la dette, et l’exceptionnelle année du Jubilé (la cinquantième année, soit celle qui suit 7x7) selon Lévitique 25. Peut-être avez-vous souvenir du Jubilé de l’an 2.000 où Jean-Paul II demandait aux pays riches de remettre la dette aux pays très pauvres…
 

 

La dîme, la menthe et le cumin

 

La dime , le cumin , la menthe, le moustique et le chameau. Ce n’est pas dans le lectionnaire des dimanches! Aussi beaucoup ne connaissent pas ces détails et accusation de Jésus contre les scribes et pharisiens. C’est un texte qu’on n’aime pas trop… Pourtant il est significatif des accusations portées à chaud, entre frères ennemis: les juifs chrétiens viennent d’être exclus des synagogues par les pharisiens. Quand on en est à ce point d’opposition on ressort les vieilles rancunes (même si elles sont justifiées). Ici il y a l’accumulation portant sur les mesquineries des scribes et pharisiens… Les chrétiens, à froid, reprendront ces accusations, là cela devient de l’antijudaïsme… C'est l'accusation de porter trop attention à des détails et de ne pas s'intéresser à la miséricorde et la justice, choses bien plus importantes. La fiche 10 donne des précisions sur le moucheron

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