Nous publions ci-dessous l'article paru dans l'Indépendant du 16 Août 2018

 

     Sans campagne électorale, ni tambours, ni trompettes, sœur Anne-Lætitia Derreumaux a été élue abbesse de Notre-Dame de Wisques, le 25 juin dernier. À l'âge de 51 ans, cette moniale bénédictine est devenue la Mère supérieure de cette communauté de sœurs contemplatives et cloîtrées, qui suivent la règle de saint Benoît. Elle succède à Mère Marie-Élisabeth Bossu. Bien qu'élue à vie, cette dernière, sentant ses forces diminuées, avait présenté sa démission, à 78 ans.

 

             « Pour m'aider à accomplir cette mission, je recevrai les grâces et la prière de tous ceux qui seront là. » Mère Anne-Lætitia

 

Une bénédiction abbatiale en septembre

 

     Mère Anne-Lætitia prend la direction spirituelle de l'abbaye, qui compte 17 moniales, âgées de 21 à 90 ans. Mais assumer cette fonction n'est pas une promotion. « Il n'y a pas eu de meeting ou même de candidates. Chacune a voté dans le secret de son cœur. C'est la foi qui nous guide, sans calcul humain », confie la nouvelle abbesse, qui nous reçoit au parloir, séparée par la grille de clôture. « Mon rôle sera désormais d'aider chaque sœur à croître dans sa fidélité à Dieu. Une mission un peu écrasante, mais en même temps un appel à aimer davantage. Nous pensons que c'est la volonté de Dieu qui s'est exprimée par la voix des sœurs et qui sera confirmée par la bénédiction abbatiale. »

Cette cérémonie ouverte aux chrétiens sera célébrée par Mgr Jaeger, samedi 8 septembre, jour de la Nativité de Marie, dans l'église abbatiale de Notre-Dame, qui risque de se révéler trop petite. « Je recevrai une crosse et l'anneau abbatial, mais surtout les grâces et la prière de tous ceux qui seront là pour m'aider à accomplir cette mission », explique Mère Anne-Lætitia, dont le regard pétillant et le sourire chaleureux sous son voile vous font instantanément oublier la clôture.

 

Un cheminement depuis l'adolescence

 

     C'est à l'adolescence, par l'intermédiaire du scoutisme, que cette jeune Lilloise a découvert le monastère de Wisques. « Je venais régulièrement, sans penser une seule seconde à devenir bonne sœur. C'était pour moi un lieu de calme et de paix. Mais en grandissant, on se pose les grandes questions de la vie, l'amour, le bonheur... Tout en ayant un peu peur d'y répondre », se remémore-t-elle. Anne Derreumaux suit à l'époque des études de commerce. « Et je me disais, le bonheur, ce n'est pas attendre la prochaine fête... J'avais une quête intérieure très forte, une recherche de sens qui me taraudait et la crainte de me réveiller à 40 ans, en ayant le sentiment d'avoir manqué ma vie. »

     Alors, elle part huit mois au Sénégal, dans le cadre d'une coopération, pour donner des cours, mais surtout « pour se poser, prendre du recul, faire le clair avec moi-même ». Un cheminement s'opère doucement en elle. « C'est difficile de mettre des mots sur ce sentiment, mais j'ai senti que le Seigneur me demandait de lui donner ma vie », se souvient-elle. De retour en France, elle retourne à l'abbaye de Wisques. Après un séjour en clôture pour découvrir la vie de la communauté qui la conforte, elle entame les étapes pour devenir moniale.

 

Lætitia, la joie en latin

 

     Postulante, puis novice, elle reçoit l'habit et prend le nom de sœur Anne-Lætitia, « Lætitia signifiant joie en latin ». Après une période de discernement, elle prononce ses vœux temporaires, puis définitifs. Et porte depuis lors le voile noir. Depuis 18 ans, elle assumait la responsabilité de la vie matérielle de la communauté, en tant que cellérière, et depuis deux ans, celle de prieure, qui seconde la Mère Abbesse.

 

   Cette joie communicative qu'elle transmet nous fait croire qu'elle a trouvé une réponse à sa quête de sens. « Oui, mais le bonheur se construit tous les jours. Ce n'est jamais acquis. Comme dans un couple, l'amour de Dieu est quelque chose qu'il faut alimenter chaque jour. C'est tous les matins qu'on Lui dit oui. »

 

 

      Les moniales de Wisques sont des Bénédictines, qui vivent selon la règle de saint Benoît. 

        Cette règle, qui comprend 73 chapitres, a fixé les bases de la vie monastique, depuis le Ve siècle.

Ce sont des soeurs contemplatives cloîtrées, c'est-à-dire « vivant dans un cloître, à l'écart du monde, mais pas séparées.

Notre vie est une vie de prière et d'intercession pour le monde, explique mère Anne-Lætitia.

Nous sommes la face priante de l'Église. Notre mission, c'est la louange de Dieu, sans rien attendre en retour. »

La clôture les y aide, pour s'abstraire du « bruit » du monde.

« Le silence est important pour être en soi-même et pouvoir écouter Dieu. »
   

      « C'est une vie marquée par la gratuité. Ce qui interpelle beaucoup aujourd'hui.

Nous ne produisons rien. Nous ne servons à rien, mais nous servons Dieu.

Dans une société où tout se monnaye, on a besoin de cette gratuité.

Nous vivons quelque chose d'essentiel à l'être humain, le don de soi et l'amour. 

C'est ce témoignage-là que nous apportons », confie la nouvelle Abbesse.

 

AM



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