Amos-Osée fiche 02

Amos ch. 4-6

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Amos Osée Amos Osée  

 

Ch 4-6. Avertissement et menaces pour Israël

Zoom 5, 5-25 : Sans conversion, pas de salut.

 

 

Section précédente. Lorsque les discours d’Amos ont été mis en forme, l’écrivain a rassemblé en introduction au livret, les récriminations de Yahvé contre les nations voisines, ch 1-2. Cela concernait la manière de conduire les guerres. Le ton change quand on parle de Juda puis d’Israël : le prophète récrimine contre Juda pour non-respect de la Loi de Moïse, et contre Israël pour les injustices envers les pauvres (2, 4-16).

 

L’image que le prophète présente de Dieu est celle d’un Dieu qui punit ou qui enverrait les catastrophes pour obliger ses sujets à revenir vers Lui. On ne dirait plus cela aujourd’hui, car on n’accepterait pas un Dieu qui oblige en provoquant des évènements naturels. Cependant, hier comme aujourd’hui, le souci des petits et des pauvres, l’appel à la justice, restent des constantes de la foi juive puis chrétienne.  Le Sermon sur la montagne, que Matthieu présente aux ch. 5-7 de son Evangile, nous fait passer d’une loi d’obligation à une loi qui donne la première place à l’amour, à la relation de fraternité. L’évolution du discours sur Dieu, ainsi qu’une meilleure compréhension de ce qu’il attend de nous, vont de pair. Aujourd’hui, quelle image de Dieu avons-nous, quelle évolution du discours de l’Eglise percevons-nous ? Les deux guerres de 14-18 et 39-45, la Shoah, ont amené les penseurs juifs et chrétiens à revoir leurs discours sur Dieu. Le concile Vatican II héritera de ces réflexions.

Nul n’accuserait aujourd’hui Dieu d’avoir provoqué la canicule de cet été,  encore que certains courants religieux l’auraient bien évoqué. La pensée sur Dieu depuis 2500 ans a évolué.

 

A partir du ch.3, les récriminations contre Israël sont détaillées. C’est une obligation, pour le prophète, de parler. L’affirmation “Le Seigneur a parlé, qui ne prophétiserait ?” arrive à la fin d’une série d’évidences auxquelles on ne peut échapper (3, 3-8). Vient alors une accumulation de reproches. Ils sont à la première personne : derrière le prophète, c’est Yahvé lui-même qui s’exprime, en forme de procès : “Je n’ai connu que vous de toutes les familles de la terre”. Il peut être fastidieux de reprendre chacune des accusations, et pourtant, il est utile d’en dresser la liste, à partir des ch. 4 à 6 : “quand vous m’offrez des sacrifices, je ne regarde pas…” 5, 22-24 !

 

Lecture de la section.

Pour rendre le texte plus facile à lire, il faut sans doute reprendre le texte à partir du ch. 3 jusqu’au ch.6, en rassemblant par thèmes les sujets abordés : les œuvres de Dieu pour son peuple, les reproches, les traits de langage.

 

 

Les œuvres de Dieu pour Israël :

·         Création de l’univers : les Pléiades et Orion, les montagnes et le vent.

·         Maître du jour et de la nuit, qui change les ténèbres en aurore 5,8.

·         La sortie d’Egypte, la conduite 40 ans au désert.

·         L’anéantissement complet des autochtones Amoréens, pour laisser place aux Hébreux.

 

Parmi les reproches :

·         Ils n’agissent pas selon le droit.

·         Ils multiplient rapines et violences.

·         Insouciance des femmes du pays (4,1), des gens en général (6,1.6).

·         Multiplicité des lieux de culte (autels) et surabondance des actes du culte 4,5.

·         Les malheurs survenus : sécheresses, sauterelles, rouille et nielle, peste, tremblements de terre…n’ont pas entrainé un réveil religieux : “Vous n’êtes pas revenus.”

·         Ils changent le droit en absinthe.

·         Le non-respect des pauvres au conseil de la ville (à la porte).

·         L’étalement du luxe plusieurs fois évoqué (3,15 ; 5, 11-12 ; 6,4-6).

 

Expressions caractéristiques

·         Vous n’êtes pas revenus.

·         Prépare-toi à rencontrer ton Dieu.

·         Je vais passer au milieu de toi.

·         Peut-être Yahvé prendra pitié.

·         Je hais, je méprise vos fêtes.

·         Recherchez le bien et non le mal, afin que vous viviez 5,14.

·         Que le droit coule comme l’eau, la justice comme un torrent.

 

Zoom 5, 5-25 : Sans conversion, pas de salut

Cherchez Yahvé et vous vivrez. Cette expression ressemble à un refrain du prophète. Le prophète fait allusion aux œuvres de Dieu, ainsi qu’aux catastrophes qui auraient dû faire réfléchir. Mais cela ne pousse pas à la conversion. Israël préfère multiplier les pèlerinages (Gilgal, Béthel, Beer-Shéba) mais ne court pas après la justice et le droit. “Vous déboutez le pauvre à la porte” est une accusation grave. La porte est le lieu qu’on appellerait aujourd’hui le conseil municipal. Villes ou villages sont entourés d’un mur. La porte, à l’entrée de la ville, est le lieu où l’on traite des affaires concernant l’ensemble de la population. Certaines portes de grandes villes étaient de vrais monuments. Pour le prophète, ce lieu est perverti. Grâce à la corruption, les plus puissants trouvaient dans l’administration de la justice un relais efficace au service, notamment, de l’accaparement des terres, de la spoliation des légitimes propriétaires…

 

Le prophète présente en opposition les activités religieuses (cultes et pèlerinages, holocaustes, dîmes et offrandes) qui plaisent aux populations (4,5) et sont privilégiées, tandis que sont ignorés les efforts de justice et l’attention au pauvre. Les mots comme juste ou pauvre n’ont sans doute pas, à l’époque du prophète, toute la charge spirituelle qu’ils acquerront au cours de l’histoire et dans la doctrine sociale de l’Eglise. L’attention au pauvre faisait pourtant déjà partie des traditions, par exemple, la parabole de Nathan au roi David (2 Samuel 12), ou le questionnement à Achab et Jézabel à propos de la vigne de Nabot (1 Rois ch 21).

 

Ce serait trahir le prophète Amos que d’oublier ses appels à la conversion. Ses paroles (ou oracles de Dieu) sont des appels : “Recherchez le bien et non le mal, afin que vous viviez... Peut-être Yahvé prendra-t-il en pitié le reste de Joseph”. Alors que le sage (l’homme avisé) se tait (5,13) devant la situation désespérante décrite dans le zoom, Amos ose encore parler et espérer. A retenir le contraste entre ce peuple qui change le droit et la justice en poison, tandis que le Seigneur est celui qui change en aurore ce qui est ténèbres de la nuit (5,8).

 

 

Pour aller plus loin

La construction des oracles fait apparaître, comme une première constante, le “Je” qui ouvre la plupart des phrases. C’est le prophète qui parle au nom de Yahvé, mais c’est Yahvé qui parle à Israël. “Ecoutez cette parole que je prononce contre vous” (5,1). Il y a un rappel des œuvres de Yahvé envers son peuple, ce qui peut laisser entendre qu’il s’agit d’un procès de Yahvé envers son peuple. Le dialogue est interpersonnel, entre moi et vous.

 

Guilgal et Béthel sont de très anciens lieux de sanctuaires ; Samarie, la capitale, est dotée d’un temple dont le roi était le protecteur. Beersabée (Beer-shéba) est un lieu de culte fondé du temps des ancêtres (Cf. Abraham, Gn 21).

 

 

L’annonce de la destruction d’Israël : “Il n’en restera que deux pattes et un bout d’oreille”. L’expression a été relue positivement : tout ne sera pas détruit, il y aura un reste ! Pourtant l’annonce d’Amos est terrible pour exprimer le rien qui subsistera, surtout si l’on mesure le contraste avec ce qu’était la ville auparavant : maisons d’hiver et maisons d’été, maisons incrustées d’ivoire, etc. ; “On vous enlèvera avec des crochets” 4,2. “Je vous emmènerai captifs au-delà de Damas” 5,27 ou “Repoussés vers l’Hermon” 4,3, évoque par où passera le troupeau des déportés vers l’Assyrie. Quand Amos parle, il n’y a pas de crise (pas encore) entre Ninive et Samarie. La destruction surviendra vingt ans plus tard. Ces annonces qui se réaliseront, ont beaucoup marqué les populations qui se sont réfugiées plus au sud (à Jérusalem et en Juda), au point qu’on en reparlera lors de la chute de Jérusalem en 587 : “Malheur pour ceux qui sont tranquilles en Sion !”. Evoquer Sion dans le texte d’Amos est la trace d’une relecture des oracles, quand ils seront appliqués à leur tour à la ville de Jérusalem à l’époque de Nabuchodonosor.

 

Le couple “Droit et justice” est fréquent chez les prophètes. D’abord chez Amos, 5,7.24 ; 6,12. On le trouve aussi chez Isaïe 9,6 ; 16,5 ; 33,5 ou Jérémie, Ezéchiel, dans les Psaumes. Le droit est l’ensemble des lois qui règlent la vie du peuple d’Israël, conscient de les avoir reçues de Dieu dans le cadre d’une alliance (cf. Ex.19-24). La justice, c’est l’attitude du juge qui se conforme au droit pour décider de l’innocence ou de la culpabilité du prévenu. Etendue au domaine des relations des croyants avec leur Dieu, la justice définit l’attitude de celui qui, par toute sa vie, s’efforce de s’ajuster à la volonté divine. Il revient au roi de faire respecter le droit et la justice. Amos insiste sur la responsabilité des tribunaux et des juges, mais pour lui, c’est aussi au peuple tout entier de porter ce souci.

 

En prenant la défense du pauvre, Amos se trouve à prendre la défense de son Dieu. Car les causes de l’un et de l’Autre sont liées. Autrement dit, le “théologal”, c’est-à-dire tout ce qui concerne la relation à Dieu, dépend du théologique, c’est-à-dire la perception du mystère de Dieu. Ainsi pour Vatican II, dans Gaudium et Spes : “Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur”.

 

Paroles pour aujourd’hui. Le livre d’Amos oblige à réfléchir sur l’impact social de la foi. Le prophète évoque ceux qui courent les grandes cérémonies du culte et n’ont aucun scrupule à exploiter les pauvres. Les décisions prises aux portes de la ville ne peuvent être en contradiction avec les lois divines enseignées au temple. Plus tard, Jésus dira de lui-même : “Je suis la porte, celui qui passe par moi sera sauvé” (Jn 10,9). “Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, vous aussi, faites-le pour eux, car c’est la Loi et les prophètes” (Mt 7, 12-13). L’insistance du pape François à propos de l’agir social ne devrait donc pas étonner si l’on garde en mémoire les paroles d’Amos et qu’on cherche à les mettre en œuvre aujourd’hui.

 

Enseignement social et Compendium de la doctrine sociale : “Le fondement essentiel de la doctrine sociale de l’Eglise réside dans la Révélation biblique et dans la tradition de l’Eglise” (§74). “La doctrine sociale comporte un devoir de dénonciation en présence du péché : c’est le péché d’injustice et de violence… Cette dénonciation se fait jugement et défense des droits bafoués et violés, en particulier des droits des pauvres, des petits, des faibles” (Compendium § 81).

 

 

 

 

Prier la Parole : Je cherche le visage du Seigneur.

John Littleton

 

Je cherche le visage, le visage du Seigneur.

Je cherche son image, tout au fond de vos cœurs.

 

1) Vous êtes le Corps du Christ, vous êtes le Sang du Christ,

Vous êtes l'Amour du Christ Alors ?… Qu'avez-vous fait de Lui ?

 

2) Vous êtes le Corps du Christ, vous êtes le Sang du Christ,

Vous êtes la Paix du Christ. Alors ?… Qu'avez-vous fait de Lui ?

 

3) Vous êtes le Corps du Christ, vous êtes le Sang du Christ,

Vous êtes la Joie du Christ. Alors ?... Qu'avez-vous fait de Lui ?

 

 

 

Article publié par Emile Hennart - Maison d'Evangile • Publié • 145 visites

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