Philippiens 3-4

Maison d'Evangile section 2

 Lire les lettres de Paul-2

Fiche de lecture. Lettre aux Philippiens Fiche 02

Section 2

 

L’enseignement de Paul confronté à d’autres courants. Tenir ferme dans l’Évangile reçu.

Section 2. Lettre aux Philippiens Ch. 3 et 4

Zoom : Ph. 3, 4-11. De la Loi juive à Christ mort et ressuscité.

 

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Sur les pas de saint Paul 3 Sur les pas de saint Paul 3  
Philippes, mosaïque chrétienne
Philippes, mosaïque chrétienne
La lettre est affectueuse envers les Philippiens, et Paul se présente en serviteur, non comme celui qui a autorité sur eux. Paul se réjouit de voir que même son emprisonnement (à Ephèse) devient témoignage en faveur du Christ qu’il annonce. Nous ne savons pas grand-chose de la vie des Philippiens, sinon leur soutien à Paul, lorsqu’il était à Thessalonique et dans son apostolat. C’est davantage par des sous-entendus que nous devinons qu’il y a des difficultés chez les Philippiens, mais elles ne sont pas du même ordre que chez les Corinthiens. L’hymne au Christ (ch.2) apparaît comme le roc sur lequel Paul s’appuie pour contester d’autres enseignements proclamés par des adversaires (appelés chiens, mauvais ouvriers, faux circoncis au ch.3). Le nom de Jésus-Christ est souvent évoqué, (2, 1-16), signe que les tensions tournent autour de l’adhésion à la personne du Christ.

 

Présentation générale

 

Partout où il est passé, Paul a rencontré des oppositions. A Philippes, ce furent les propriétaires d’une esclave qui rapportait de l’argent à ses maîtres par ses divinations. Ce n’était pas très grave. Paul parle maintenant de chiens et de mauvais ouvriers, de faux circoncis. Il avait invité déjà les Philippiens à ne pas se laisser intimider par des adversaires, 2, 27-28. Mais nous n’avons pas de détails sur leurs enseignements. Il nous faut lire entre les lignes pour comprendre que c’est l’adhésion à Christ qui est minimisée, le retour à la loi juive qui est l’objet des mises en garde de Paul. D’autres lettres expliciteront plus tard ces dévSur les pas de saint Paul 6 Sur les pas de saint Paul 6  
Athènes, cariatides
Athènes, cariatides
iations.

 

Retenons qu’à Corinthe, Paul s’était rendu compte que le “langage de la croix” ne passait pas aisément. Ce blocage, constaté lors de son discours à Athènes, l’avait amené à développer l’enseignement de la croix et de “ne rien savoir sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié” 1 Co 2,2. Lui, Paul, le pharisien, fils de pharisien ne retient rien d’autre que Jésus… c’est le combat de sa vie ! Pour lui, “la circoncision n’est rien et l’incirconcision n’est rien” (1Co 7, 19). Or, bien des prédicateurs, derrière Paul, relancent l’obligation de la circoncision et l’application stricte de la loi de Moïse et l'alimentation casher. Il faut se souvenir de la lettre de Jacques, à la fin du concile de Jérusalem, qui n’impose pas toutes les obligations  (Actes 15, 28-29).

 

Après avoir rappelé au ch. 2 le mouvement du Christ pour nous, Paul rappelle ses origines, autant de titres qui lui donnent le droit de parler. Ce n’est pas pour se vanter, mais pour que sa réflexion ait du poids. C’est la première fois où, par écrit, Paul prend position contre des juifs, baptisés mais restés dans la mouvance traditionnelle de l’observance de la Loi. Pour Paul, le salut est obtenu par Jésus-Christ et sa résurrection, non par l’observance de la Loi de Moïse.

 

Paul ne renie rien de son passé et de son appartenance au courant des pharisiens. Les pharisiens sont connus pour la qualité de leur zèle au service de la Loi (c’est-à-dire des Ecritures). Eduqué dans cette tradition pharisienne, Paul n’est donc pas un incompétent en matière de respect des Ecritures. Mais sur tout cela, Paul a un autre regard, à cause de Jésus-Christ : “parce que j’ai été saisi moi-même par le Christ” (3,12), ce qui renvoie au chemin de Damas et à sa conversion. Paul fait comprendre la rupture qui s’est produite en lui au moment de sa conversion, et il voudrait que tous soient saisis par le Christ comme Lui. Celui qu’il avait pris jusque là comme le Maudit, devient désormais le seul Juste, le Messie envoyé de Dieu. L’orgueil de se justifier par la pratique de la Loi est désarmé par la rencontre et l’adoration de Jésus sur le chemin de Damas. Peut-être faut-il aussi relire 1 Co 15, 56 : “L’aiguillon de la mort (ce qui conduit à la mort) c’est le péché ; et la puissance (la source) du péché, c’est la loi. Rendons grâce à Dieu qui donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ”.

 

Interprétation de texte. 3,18 :“Se conduire en ennemis de la Croix du Christ” : les prédicateurs passés derrière Paul ont remis en valeur l’observance de la loi au détriment de l’évènement mort-résurrection du Christ. Ce sont eux, les ennemis de la Croix, les adversaires. 3 19 : “Leur dieu, c’est leur ventre”, c’est sans doute une évocation des règles alimentaires juives (cf. note dans la Traduction œcuménique TOB). “Leur honte” : allusion à la circoncision, sachant que nombre de sympathisants au judaïsme, d’origine hellénistique, se refusaient à la circoncision. Il y a un piège dans l’interprétation des ces expressions, si nous n’y prêtons pas attention, au sens où l’on peut penser aux péchés capitaux. Or, Paul et les Philippiens comprennent ces expressions, car elles sont “de leur temps”. Paul met tout son poids dans l’annonce de Christ mort et ressuscité et la foi qu’on lui accorde, et non sur l’observance de la Loi mosaïque.

La fin du texte consiste en une succession de recommandations concernant la concorde, la paix, la joie, la communion.

 

Zoom : De la Loi juive à Christ mort et ressuscité Ph 3, 4-11

Paul vient de mettre en garde ses amis de Philippes contre des adversaires : chiens, mauvais ouvriers, faux circoncis, c’est-à-dire ceux qui défendent à tout prix l’observance de la Loi, laissant en marge la place centrale du Christ pour le salut de tous. Paul aux Corinthiens avait déjà rappelé la place centrale de la Croix  (1 Co 1-2). A partir de Ph 3,4, commence l’argumentation de Paul. Il commence par dire qu’il a observé et vécu tout cela depuis sa naissance, v.4-6. On ne peut donc rien lui reprocher. Il a même persécuté les chrétiens ! Son “expérience” de la loi et son passage à la foi, c’est digne d’être entendu.

 

Pour lui, croire qu’il suffit d’observer la loi pour s’ajuster à Dieu, pour être justifié, est faux. Seul le Christ peut nous ajuster à Dieu, nous justifier (v.9) : “n’ayant pas ma justification à partir de la loi, mais à partir de la foi au Christ”. Paul utilise alors une image sportive, celle du coureur au risque de faire croire que ses efforts sont source du salut. Mais les expressions comme “la justice qui vient de Dieu” ou “être saisi” permettent de comprendre d’où vient le salut : c’est un don de Dieu par Jésus-Christ et la puissance de sa résurrection, et non le fruit de nos efforts. Il s’agit donc de connaître le Christ et la puissance de sa résurrection et de communier à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort. La mort dont il est question n’est pas du masochisme mais une mort à toute forme de suffisance. Cf. La croix comme abaissement ; quand il invite à “ne rien faire par rivalité par gloriole, mais avec humilité, considérant les autres comme supérieurs”, ou encore quand il les traite avec ironie de “parfaits”.

 

De la loi à la foi. Bien plus tard, quand l’Eglise du Moyen-âge aura développé les œuvres de salut et que le discours des clercs insistera sur le salut par les œuvres, Luther s’élèvera contre cette prétention en s’appuyant sur la pensée de Paul. Il faudra des siècles pour considérer la miséricorde de Dieu comme source première du salut. A Vatican II, Lumen Gentium écrit : “ Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l'univers ; il a décidé d'élever les hommes à la communion de sa vie divine”. Les bonnes œuvres sont le signe que nous sommes sauvés et non la source de notre salut.

 

Pour aller plus loin

Les parfaits. Quelques lignes plus loin, au v. 15, Paul parle de “Nous tous, les parfaits”. On se demande si ce n’est pas avec ironie que Paul emploie l’expression, faisant ainsi allusion à ceux qui, dans la communauté, se croient irréprochables par leur observance et les enseignements qu’ils proclament.

 

Imitez-moi, frères.

Certains parmi nous pourraient, une fois de plus, accuser Paul de manquer d’humilité. Or nous oublions les principes des moralistes de l’Antiquité qui étaient astreints à être eux-mêmes des modèles, à montrer l’exemple, s’ils voulaient que leurs discours soient crédibles. Nous connaissons l’expression “fais ce que je dis, pas ce que je fais” comme manière de critiquer les donneurs de leçon. Paul veut ici associer ce qu’il dit et ce qu’il fait et non chercher à se vanter.

 

Sur les pas de saint Paul 10 Sur les pas de saint Paul 10  
Corinthe, le Temple
Corinthe, le Temple
Christ et la résurrection.
A plusieurs reprises, la lettre aux Philippiens associe Christ et la résurrection comme source de justification pour les croyants. Ce n’était pas dit précédemment, dans la lettre aux Corinthiens. Bientôt viendra le mot réconciliation (Colossiens 1,20, Ephésiens 2,16). Au cours de l’histoire de l’Eglise, à partir du XVème siècle on a tant insisté sur les souffrances et la mort du Christ qu’on en a oublié la résurrection comme source du salut. Il faut attendre les années 1950 et les travaux de François-Xavier Durrwell pour que se développe à nouveau une théologie qui prenne en compte la Pâque du Christ et pas seulement la mort comme source du salut.

 

Evodie, Syntyche, Compagnon

4, 1-2. Nous voici à la fin de la lettre. Si elle était jusqu’à présent adressée à une communauté, Paul n’en oublie pas moins de désigner personnellement quelques membres : les noms d’Evodie et de Synthyche, au sens étymologique, pourraient désigner deux personnes qui auraient choisi la voie de la facilité. Paul fait appel à un troisième Compagnon, (Syzygos ou compagnon) pour les ramener sur le bon chemin (eu-odos, ou Evodie, bon chemin).

Les autres détails de la conclusion montrent que règne une réelle harmonie chez les Philippiens. Paul les remercie pour les aides apportées à l’annonce de l’Évangile. Quoique dans un style un peu alambiqué, on comprend qu’ils sont les seuls à avoir soutenu Paul et qu’ils n’ont pas lésiné sur leur aide depuis que Paul a été obligé de quitter Philippes pour Thessalonique, puis Athènes et Corinthe. Ils sont encore une aide alors que Paul est emprisonné à Ephèse.

 

4, 21-23. La salutation finale est on ne peut plus brève. Habituellement Paul donne des détails sur ses projets, nomme personnellement quelques personnes à saluer, ici rien. Peut-être voulait-il n’oublier et ne vexer personne, sachant que tous sont destinataires de ce salut en Jésus-Christ ?

 

Prier la Parole

 

Seigneur,

Fais que jamais, nous ne soyons insensibles

A l’appel que tu nous as révélé dans ton Evangile,

Qui est le secret, la force et la joie

De notre véritable destinée.

 

Fais que nous qui sommes tes disciples

Et marchons à ta suite,

Nous entrions en toute liberté et docilité

Dans le mystère de l’unité, dans ton Eglise

Qui vit en ta vérité et de ta charité.

 

Fais que ton Esprit imprègne et transforme notre vie

Qu’il nous donne la joie de la fraternité sincère,

La force de servir généreusement,

L’ardent désir d’être apôtre.

 

Fais aussi que nous sachions mieux unir nos efforts

A ceux de tous les hommes de bonne volonté,

Afin de réaliser pleinement le bien de l’humanité

Dans la vérité, la liberté, la justice et l’amour.

 

Paul VI

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Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 413 visites

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