Amos et Osée fiche 03

Osée, 3ème section.

Amos Osée Amos Osée  Ch. 7-9, Les visions. Zoom 9, 5-15 Les pécheurs châtiés et les justes sauvés. Restauration du Royaume

 

Section précédente. Au cours de la seconde section, nous avons mieux entrevu l’activité du prophète. A la fois il annonce et il dénonce. Ce qu’il dénonce c’est la désinvolture avec laquelle les possédants vivent dans le luxe et ignorent les pauvres (ch.6). La fin du chapitre faisait allusion à l’invasion du pays par l’Assyrie. Ce qu’Amos espère, c’est une plus grande justice entre les habitants : que coulent le droit et la justice. On peut même supposer qu’Amos a une nostalgie pour un passé révolu où les gens des tribus vivaient en plus grande proximité, sans doute davantage égalitaire, comme au temps des Hébreux au désert où l’on respectait le code de l’Alliance.

On peut aussi supposer qu’Amos a fréquenté ceux qui travaillaient à la révision des livres hérités du temps de Moïse-Josué, ce qui deviendra le Deutéronome. Amos laisse aussi entendre que les catastrophes survenues auraient dû amener Israël à “revenir vers Dieu”. Hélas, vous n’êtes pas revenus ! Son enseignement est invitation à rechercher le bien, à haïr le mal, à faire venir la justice aux portes de la ville. Toute la bonne société profite des biens acquis, honore Dieu du bout des lèvres, pas du cœur. Aussi Amos annonce pillage et destruction, pour faire plier l’orgueil de Samarie.

 

La troisième section, ch. 7-9 : les visions

Cette section rassemble la description de visions de destructions et pourtant, au début, Dieu serait prêt à pardonner (7, 1-9). Les premières visions font apparaître une dimension prophétique particulière, celle du prophète qui intervient en faveur de ceux dont il a dénoncé les méfaits. Les v. 10-17 décrivent le conflit entre Amos et Amasias, le gardien du temple de Béthel. Amasias conteste l’homme aux visions et l’expulse au nom du roi : Va faire ailleurs tes visions de fin du monde. Mais ne reviens pas ici, car c’est le santuaire du roi. (Expulsion d'Amos. Voir image en haut de pase.)

Cette rupture-expulsion explique probablement le changement de ton chez le prophète qui, de prophète de salut et d’oracles en vue de la guérison, devient prophète de malheur, annonçant les choix de Yahvé qui sont maintenant condamnation et destruction. C’est l’ensemble du ch. 8 et une première partie du ch 9 : “Je fixerai les yeux sur eux pour leur malheur… tous les pécheurs de mon peuple périront par l’épée”.

Les dernières lignes du livre, 9, 11-15, ont probablement été ajoutées après coup, paroles qui laissent entendre qu’un petit reste pourra survivre et que Dieu lui-même veillera à “reconstruire la hutte branlante de David”. Nous avons donc intérêt à bien repérer la rupture, en forme de récit, entre les trois premières visions (7, 1-9) ; l’expulsion par Amasias  (7, 10-17) puis les deux dernières visions (8, 1-3 et 9, 1-4) entre lesquelles sont intercalées de nouvelles dénonciations des exactions de la classe possédante à l’égard du reste de la population  (8, 4-14).

 

8, 4-14 Enumération des reproches : écraser le pauvre, faire disparaître les humbles, aspirer aux lendemains de fête pour reprendre les “bonnes affaires” et truquer les balances, fausser le commerce, acheter le faible et le pauvre, vendre y compris ce qui n’a pas de valeur (criblure ou déchets de la moisson). Amos laisse alors entendre que la colère de Dieu deviendra jour de deuil universel. Si, à la fin du XXème siècle, des prédicateurs d’apocalypse finale ont pu annoncer la fin du monde, ils n’ont cependant pas dénoncé avec autant de vigueur les exactions commises autour d’eux par des classes dominantes à l’égard d’une masse de petites et pauvres gens qui n’avaient que peu de moyens de défense, tout comme le décrivait déjà le prophète Amos !

 

Zoom 9, 5-15 : Les pécheurs châtiés et les justes sauvés. Restauration du Royaume

A cause de notre lecture en continu, les dernières lignes donnent une conclusion positive à un livre tout entier consacré à la dénonciation des groupes au pouvoir. Pour les biblistes, le livre d’Amos est constitué d’une multiplicité de paroles du prophète que différents rédacteurs ont compilées sur plusieurs siècles (entre les premières, à l’époque de Jéroboam vers -750, et les dernières méditations, au retour de l’exil vers -530). Les premiers oracles concernent le Nord d’Israël ; ils ont été relus à la lumière de la destruction de Jérusalem (-587), au temps de l’Exil puis après le retour. La conclusion (9, 7-15) a été ajoutée après le retour des exilés et notre lecture peut donner l’impression qu’Amos dresse un bilan de l’histoire après les catastrophes de Samarie et de Jérusalem : désormais on va reconstruire, tout le monde plantera et pourra récolter ce qu’il aura semé.  La construction du livre d’Amos, c’est un peu plus compliqué. La lecture du zoom nous donne cependant une assez bonne idée de la réflexion initiée par Amos et ses héritiers :

1)      Amos affirme la grandeur souveraine de Dieu sur tout l’univers 9, 5-6

2)      Le peuple d’Israël n’est rien aux yeux de Dieu et tous les pécheurs périront 9, 7-10

3)      Pourtant le Seigneur rebâtira ce qui fut en ruines et cela demeurera pour toujours 9, 11-15

 

Quelle peut être la foi d’Israël à cette époque ? Tous les évènements qui surviennent, en bien comme en mal, sont attribués à la divinité. Ce qu’on appelle religion est constitué de liturgies, pèlerinages et cultes publics, considérés comme témoignages de l’adhésion à cette divinité. On fabrique des statues ou idoles, comme au temps de l’Exode. Un des reproches formulés par le prophète est de dissocier le culte de la vie quotidienne : “je hais vos fêtes et holocaustes” (5, 21-22).  “M’avez-vous offert des sacrifices au désert ?” Ainsi les yeux du Seigneur tombent sur un peuple pécheur qui sera exterminé. Il ne suffit donc pas de belles cérémonies pour recevoir automatiquement les bénédictions divines (cf. “Malheur à ceux qui sont tranquilles en Sion, confiants sur la montagne de Samarie” 6,1).

 

Les images utilisées pour exprimer un avenir de la part de Dieu sont tirées du monde rural, on ne s’en étonnera pas : il s’agit de reconstruire, de replanter. Il s’agit aussi de bénéficier des fruits de son travail. C’est aussi une manière de signifier que Dieu est à l’œuvre avec son peuple : “Je les planterai sur leur terre et ils ne seront plus arrachés de la terre que je leur ai donnée”. Le dernier mot de Dieu ne peut être de destruction, de rejet. C’était déjà inscrit dans les premières visions : “Cela n’arrivera pas”, dit le Seigneur, c’est confirmé dans les dernières lignes du livre d’Amos, comme cela est exprimé chez les autres prophètes, et jusqu’à la fin du dernier livre de la Bible qu’est l’Apocalypse.

 

Pour aller plus loin.

Que signifie Yahvé Sabaot ?

Yahvé est souvent associé à Sabaot, que nos traductions écrivent : Dieu des puissances, Dieu de l’univers ou Dieu des armées, parfois aussi : Dieu tout-puissant. Quand nous chantons dans la liturgie “Saint, Saint, Saint”, nous signifions quelque chose de semblable. Quand nous disons “Dieu des armées”, que veut-on dire : armées des anges, armées du ciel ou des étoiles, ou encore Dieu des victoires ?  Il semble qu’Amos a voulu se référer au Dieu vénéré à Silo, sanctuaire à mi-chemin entre Jérusalem et Samarie, lieu où était déposée l’arche de l’Alliance avant qu’elle ne soit transférée au Temple de Jérusalem après David. Pour Amos, c’est à la fois une manière de signifier “Dieu au-dessous de tout” (cf. Il touche la terre, elle fond) et en même temps, signe de présence de Dieu : “Dieu rattaché à l’Alliance”, ce qui signifie une relation privilégiée entre Dieu et le peuple qu’il s’est choisi et avec qui le peuple a fait alliance (Sinaï, Moïse, etc).

Quel est le Dieu d’Amos ? Il est le Dieu de l’univers. Il est aussi celui qui s’attache à un peuple qu’il a sorti d’Egypte et guidé au désert. C’est un Dieu qui parle de manière exigeante. C’est un Dieu qui souffre de voir les possédants ne pas faire couler le droit et la justice, un Dieu qui souffre de voir ceux qu’il a délivrés mépriser les pauvres de son peuple. Un Dieu qui ne peut voir séparer le culte qui lui est rendu du service des pauvres. C’est un Dieu qui espère la droiture dans l’administration de la justice et l’équité dans la rétribution des paysans.

 

Chez Amos, il n’y a pas l’annonce d’un Dieu qui va venir comme on le comprendra avec Isaïe et “l’Emmanuel”. Sans doute trouvera-t-on Amos trop terre à terre, trop enclin à vouloir que règnent la justice et la droiture. Il ne serait pas assez spirituel. En ce sens, il dérange. En même temps, nous aurions tendance à vouloir plaquee ses oracles sur toutes les inégalités que nous percevons dans le monde d’aujourd’hui. Il est à la fois lointain et proche. Il peut nous faire penser à l’Evangile : “Ce n’est pas en disant Seigneur, Seigneur, qu’on entrera dans le Royaume, mais en faisant la volonté de mon Père” (Mt 7,21). On pourrait aussi écouter St Jacques : “A quoi sert-il que quelqu’un dise j‘ai la foi, s’il n’a pas les œuvres” (Jc 2, 5-17).

 

On pourra remarquer qu’Amos désigne deux lieux de la cité importants à ses yeux : le temple et la porte de la ville. En ne séparant pas la fréquentation de l’un et de l’autre, il signifie l’attention que tout croyant doit porter aux affaires de la cité et aux relations entre Dieu et son peuple. Le pape François, dans “La joie de l’Evangile”, écrit : “Nous devons dire non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale” §53. Pour le pape, on ne peut séparer foi et vie sociale. Mais ceci ouvre un autre débat dans la société française actuelle : la place que nous donnons à la foi chrétienne dans la manière dont les chrétiens organisent la société.

 

 

 

Prier la Parole : Heureux les pauvres

 

Les pauvres nous gênent.

On fuit les pauvres.

On leur ferme notre porte, on la verrouille.

 

 

Les pauvres nous gênent. On se penche vers eux

Mais on prend garde de ne pas tomber parmi eux,

Car on pourrait devenir l’un d’eux.

 

Les pauvres nous gênent. On ne se risque pas d’entrer chez eux.

Ils pourraient nous garder avec eux,

On serait alors l’un d’entre eux.

 

Le Pauvre nous gêne. Il est venu pour eux.

Ils lui ont ouvert leur porte.

Il est entré chez eux. Ils sont venus chez Lui,

Il leur a ouvert sa porte.

 

Il a bavardé avec eux. Il a pleuré avec eux.

Il a ri avec eux. Il a fait la fête avec eux.

Ils en furent tous heureux. Il en fut tout heureux.

 

Et il a crié fort… et longtemps…

Et eux, ils ont crié avec Lui et pour toujours :

“Heureux les pauvres…”

Un écho venu de l’Eternel leur a répondu :

“Le Royaume des cieux est à eux”.

Raymond Hatte.

 

Article publié par Emile Hennart - Maison d'Evangile • Publié • 158 visites

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