Fiche 6 1 Corinthiens 10-12

Dans l'assemblée des chrétiens ? Le repas du Seigneur

Ch.10-12. L’assemblée des chrétiens.

Zoom : 11, 17-34, le repas du Seigneur

 

Section précédente.

En raison de la longueur de la section précédente, nous avons reporté le ch. 10 au début de cette section. C’est une mise en garde de Paul qui rappelle l’attitude des Hébreux au désert ; c’est aussi la conclusion des chapitres 5 à 10. Paul revient encore sur le sujet des viandes immolées. Il donne encore des critères de discernement : ne pas être occasion de chute pour personne ; tout pour la gloire de Dieu ; non mon intérêt, mais celui du plus grand nombre. 10, 31 à 11, 1 sont les derniers mots de sa conclusion : “n’être occasion de chute pour personne et chercher l’avantage du plus grand nombre, afin qu’ils soient sauvés… Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Christ !”.

Après avoir abordé nombre de questions de l’existence concrète des chrétiens au milieu du paganisme de Corinthe, après avoir donné quelques règles de discernement, Paul traite maintenant des règles à respecter dans les assemblées, ch. 11-12 et 13-14.

 

Lecture d’ensemble

 

Lisons séparément le ch. 10, comme indiqué ci-dessus. Il est en continuité avec la question des viandes immolées et du “tout m’est permis”. Paul s’adresse encore à ceux qui s’estiment forts et qui ne sont pas assez attentifs aux faibles… Il ne s’agit pas de mener une vie chrétienne de tranquillité, mais de se rendre fort dans le combat à la suite du Christ, comme lui, Paul. Pour cela, il utilise une première image, celle du sportif et de son entraînement en vue de la couronne de laurier. (N.B. Tous les deux ans, près de Corinthe, avaient lieu des jeux isthmiques, ce qui explique les images sportives). Suit une seconde image prégnante en monde juif, tirée de l’histoire d’Israël : l’échec des Hébreux au désert va servir de mise en garde : malgré leur “baptême” et “nourriture spirituelle” au désert, les Hébreux ont péri en punition de leur faute… Sous-entendu : malgré le baptême et l’eucharistie, le salut des Corinthiens n’est pas définitivement assuré. Il leur faut lutter. Que celui qui se croit solide fasse attention à ne pas tomber ! Il est probable que des chrétiens, assurés du salut en Jésus-Christ, aient mené une vie relaxée. Pour Paul, il faut de la discipline pour gagner la course et pour gagner le salut d’autres païens. De là vient l’invitation finale d’imiter Paul qui cherche à en gagner le plus grand nombre.

 

La manière dont Paul utilise l’histoire biblique pour en tirer des leçons pour son auditoire du premier siècle peut nous surprendre. Aujourd’hui on ne pourrait plus raisonner de la même manière. L’exégèse des pères de l‘Eglise sera autre, celle des théologiens du Moyen-âge autre encore. Pour éviter n’importe quelle méthode d’interprétation, des garde-fous ont été posés par la Commission biblique internationale, puis par le pape Benoit XVI (exhortation Verbum Domini). Différentes méthodes, oui, mais pas n’importe lesquelles.

 

Le début du ch.11 fait partie des morceaux choisis cités pour condamner la misogynie de Paul. Remettons ces paroles dans leur contexte. Si Paul a été choqué des mœurs grecques en général, il craint que cela ne déteigne dans les assemblées chrétiennes.

Après les explications sur la vie dans la cité, Paul en vient maintenant aux règles au sein de l’assemblée. Trois sujets : la place des femmes dans l’assemblée, le respect du repas du Seigneur et l’usage des dons (charismes) pour l’édification de la communauté. Les chrétiens se réunissaient dans la maison de l’un ou l’autre, plus spacieuse, qui pouvait contenir 40 à 50 personnes, c’est-à-dire chez les plus aisés de la communauté. Les Juifs avaient leur synagogue, les Grecs leurs confréries… Hommes et femmes y ont leur place. Chez les Grecs, il arrivait même aux femmes d’exercer des fonctions sacerdotales, de prendre la parole. Cela se faisait aussi chez les chrétiens. Sans doute y a-t-il eu des exagérations, et Paul essaie de mettre bon ordre.

 

La description de la femme dans les assemblées, donnée par Paul, fait penser à certaines céramiques grecques où la Pythie est présentée ébouriffée, en transe quand elle prononce des paroles dites divinatoires, inspirées par les dieux. Corinthe est proche de la ville de Delphes. Il est possible queà des chrétiennes converties aient continué l’art de la divination. Paul ne s’offusque pas de la présence et de la prière des femmes au milieu des assemblées chrétiennes. Il invite les femmes à porter le voile, comme il sied dans la société grecque. La polémique sur la coiffure est à replacer dans ce contexte : pas de cheveux ébouriffés comme à Delphes ! Paul essaie de se justifier comme il peut, avec des arguments tout relatifs. On devine son agacement au v. 16 : “Et si quelqu’un se plait à contester, nous n’avons pas cette habitude…”. Argument d’autorité, à défaut d’autres arguments !

 

Le repas du Seigneur. Second sujet autrement important : les repas lors des assemblées : voir le zoom. Paul va rappeler le sens du partage et du partage du repas du Seigneur. Il va ensuite interroger le parler en langues et la prise de parole ainsi que l’attribution des dons de l’Esprit, tout cela dans l’unique corps du Christ. Ici encore Paul fait appel à quelques principes de discernement, dont la construction du corps. La réflexion continue aux ch. 13 et 14

 

Zoom. Le repas du Seigneur 11, 17-34

Cène jeudi-saint Cène jeudi-saint  Les chrétiens avaient coutume de se rassembler le premier jour de la semaine. Enseignement, prière, partage dans la charité et rappel du repas du Seigneur (résumé en Ac 2, 42 : “Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières”). Les confréries païennes avaient aussi leurs assemblées et repas fraternels. Le reproche de Paul est que l’assemblée n’a rien de fraternel : les uns s’empiffrent tandis que les autres n’ont rien à manger. Cela ne ressemble en rien au partage tel que l’enseignait le Seigneur. Paul va alors reprendre les mots de la catéchèse habituelle au sujet de la Cène. Il utilise la formulation des écoles rabbiniques : “j’ai reçu… ce que je vous ai transmis…” On retrouvera la même formulation à propos de la Résurrection au ch. 15.

 

Ce texte est antérieur de 20 ans au premier récit de la Cène rédigé par Marc. C’est le plus ancien témoignage écrit que nous avons de la Cène. A quoi porter attention ? Reprenons la question de la fiche 0 ; c’est un exercice technique fort utile ici : Quels sont les rapports entre personnes mis en avant par Paul dans cette séquence ? ‘Scission entre vous ; repas, l’un a faim, l’autre… mépris de l’Eglise ; la tradition (=moi j’ai reçu), mon corps pour vous ; annoncer la mort du Seigneur…’ Une fois l’exercice technique réalisé, nous comprenons mieux ce dont Paul veut entretenir les chrétiens : rapport entre frères, rapport à la Tradition, rapport à l’avenir “jusqu’à ce qu’il vienne”…

 

Paul ne suggère pas de consignes, de comportements. Il rappelle la foi qui doit inspirer ces comportements en rappelant que cela vient du Seigneur lui-même. Le souci de Paul est que le repas du Seigneur soit un temps de communion, non un temps de condamnation.

Parmi les nombreux détails, l’expression nouvelle alliance … nouvelle par rapport à celle du Sinaï. Paul renvoie à l’alliance annoncée par le prophète Jérémie.

 

Pour aller plus loin

11, 10-16 La chevelure ; à cause des anges.

couple Grece antique couple Grece antique  Le citoyen romain portait d’ordinaire des cheveux courts, tandis que son épouse soignait une coiffure plus longue éventuellement arrangée d’un foulard ou d’un bandeau. Que la femme prie à égalité avec l’homme dans la même assemblée ne dérange pas Paul. Pourtant il évoque une hiérarchie, sans doute héritée de l’Ancien Testament : Dieu, les anges, l’homme, la femme. Le voile est sans doute une manière de ne pas remettre en cause l’autorité du pater familias… En public, ce serait la marque effective du respect envers le mari. Nous avons là, chez Paul, l’héritage d’une lointaine logique… Mais Paul n’avait-il pas davantage le souci missionnaire envers ceux du dehors, les non-croyants qui participeraient à l’assemblée (souci aussi exprimé en 14,23) ? Etait-ce vraiment dans l’intention de Paul de régler ce qui est du look masculin et du look féminin ? Certainement pas !

 

Ch. 12. Les charismes, les dons, le parler en langues, les ministères. Troisième sujet qui fait question dans les assemblées, ce sont les dons de l’Esprit ou charismes et en particulier les langues. Paul ne remet pas en cause qu’il puisse y avoir diversité de dons. C’est le sujet du ch. 12 mais encore des ch. 13 et 14. A voir le texte de Paul (qui est réponse à des questions préalables), il semble que chacun défende le don qu’il a, comme surpassant les autres. Au ch. 13, il sera question d’être supérieur aux autres. Le ch.12 donne l’impression de “moi, je…”. Paul met tout le monde d’accord : en fait, c’est le même Esprit en tous. Nous formons un seul corps où chaque membre apporte au bien de l’ensemble du corps. Cette métaphore était connue des Anciens. L’analogie avec le corps permet à Paul d’orienter vers la solution : tous différents, avec des dons différents, mais au service de l’unique corps qu’est le Christ. Pour compléter la solution, Paul fait appel à une hiérarchie : apôtres, prophètes ; chargés d’enseignement, don de miracles, de guérison, d’assistance et en tout dernier parler en langues. Le parler en langues est ainsi déclassifié, alors que les possesseurs de ce don voulaient se propulser en avant au sein de l’assemblée… Si ce n’est pas pour être compris, mieux vaut se taire (ch. 14, 10-19)

 

Comment se valoriser dans un monde où l’on est rien ? Invitation à un détour par la sociologie et la psychologie. Les historiens parlent de ce premier siècle comme d’une époque où l’histoire est bloquée, où personne n’espère rien, ni pouvoir rien modifier à la situation dans laquelle il est. Tout au plus, peut-on inviter les dieux à porter attention à ce que l’on est. Ainsi se multiplient des groupes religieux, des religions à mystères, au sein desquelles on existe. Le fait de pouvoir manifester un don particulier signifierait que l’on est habité par l’Esprit, qu’il y a un plus pour celui-là. Or, les Corinthiens vivent dans un monde empli de divin, où tout est habité par le divin… Il suffit d’affirmer que telle particularité est d’origine divine pour se dire habité par l’esprit, et chacun cherchera à recevoir ces dons, manifestant ainsi qu’il est “au-dessus du lot”. Nous ne sommes plus aujourd’hui dans ce monde où l’on croit que tout est divin. Paul, en son temps, devra clarifier ce que l’on appelle dons, dons de l’Esprit. Il le fera en particulier à propos du parler en langues (ch. 14)

 

Corps du Christ. S’il faut se valoriser, c’est d’être le corps du Christ. Paul reste un sémite et ne sépare pas le corps de l’âme. C’est la personne tout entière qui participe et devient corps du Christ. Cette identification au corps du Christ est originale, d’autant plus que la philosophie grecque ne fait pas grand cas du corps, voué à disparaître. Le thème du corps du Christ est propre à Paul. Il sert à exprimer l’unité du corps dans la diversité des membres, unité que réalise le Christ lui-même. On peut y associer le Christ tête et époux de l’Eglise (la tête de l’Eglise qui est son corps, Ephésiens 2, 22).

 

 

Prier la Parole.

Nous formons un même corps

Nous formons un même corps

nous qui avons part au même pain,

et Jésus Christ est la tête de ce corps: l'Eglise du Seigneur.

 

2 La nuit où il fut livré, le Seigneur prit du pain

il rendit grâce et le rompit en disant:

« Ceci est mon corps livré pour vous.

Faites ceci en mémoire de moi. »

 

3 A la fin du repas Jésus prit la coupe en disant:

« Voici la coupe de la nouvelle alliance.

Faites ceci en mémoire de moi.

Ainsi vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à son retour.

 

4 Le corps est un, mais il y a plusieurs membres,

qui malgré leur nombre ne font qu'un seul corps.

Nous avons été baptisés dans un seul Esprit

pour être un seul corps abreuvé au même Esprit.

 

6 Dieu a voulu que chaque membre ait un rôle à jouer;

et les plus faibles en apparence sont nécessaires à la vie du corps.

Dieu a voulu que tous les membres aient le souci les uns des autres

et partagent les souffrances et les joies des autres membres.

Jean-Pierre Lécot

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 644 visites

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